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Politique

Crise sanitaire

Vaccination : le MEDEF met la pression au gouvernement et envisage des mesures liberticides

Le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, affichait au micro de France Info ce mercredi son mécontentement face à la lenteur de la campagne de la vaccination. Ses inquiétudes sont loin de concerner la santé publique, elles touchent seulement à la concurrence économique.

mercredi 6 janvier

Crédit photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT/ AFP

La lenteur de la campagne de vaccination de la France, qui après avoir démarrée le 27 décembre ne comptabilisait que 516 personnes vaccinées le premier week-end de janvier, ne cesse de susciter des critiques. Malgré les promesses d’Olivier Véran qui annonçait ce mardi au micro de RTL une « accélération exponentielle » des vaccinations, le retard de la France face à ses voisins européens continue de se creuser : selon le site OurWorldInData, au 4 janvier, l’Allemagne compterait plus de 300.000 personnes vaccinées et le Royaume-Uni près d’un million, tandis que la France avoisine désormais les 7000 personnes vaccinées en date du 5 janvier, selon le site Covidtracker.

Les difficultés du gouvernement à mettre en place une stratégie de vaccination efficace témoigne une nouvelle fois, après la pénurie de masques et l’échec de la stratégie des tests, de l’impréparation du gouvernement quant à la gestion de la crise sanitaire, continuant donc d’exposer la population au danger. Alors que s’agite le spectre d’une troisième vague, alimenté par le retour des fêtes, seuls 27 centres de vaccinations étaient déployés sur l’ensemble du territoire ce lundi. Mais l’impréparation du gouvernement se trouve aussi sur le terrain logistique, puisqu’une source proche de Jean Castex déclarait que 20 à 30 % des doses de vaccins pourrait être perdues à cause du manque de supercongélateurs pour les conserver – les vaccins ARN messager devant être conservés à -70°C.

La campagne de vaccinations est donc une nouvelle crise au sein du gouvernement Macron, qui essuie encore une fois des critiques de toute part. Ce mercredi 6 janvier, c’est au micro de France Info que le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, a voulu afficher son mécontentement quant à la campagne menée par le gouvernement. Le patron des patrons affirmait en effet que le gouvernement « s’est quand même planté au départ », et que si « le gouvernement a l’air de changer de cap », il a pris « un retard terrible ».
Seulement, il ne faut pas se méprendre sur les raisons de sa colère. Loin d’être fondée sur des questions de santé de la population, elle réside plutôt dans des intérêts de concurrence économique : « Si nos voisins vaccinent plus vite, ça veut dire qu’ils repartiront plus vite. Et on a déjà eu un confinement plus strict […] donc on risque aussi d’avoir ce phénomène de perte de parts de marché. ». C’est bien la reprise de l’activité économique la plus rapide possible qui préoccupe le président du MEDEF, réaffirmant encore une fois que ce qui prime pour les patrons, ce sont les profits et non pas nos vies. Rien de nouveau pour celui qui, dès l’annonce du premier confinement, adressait un courrier aux chefs d’entreprises le 19 mars expliquant que : « nous devons assurer la continuité de l’activité dans les domaines vitaux bien sûr, mais aussi dans tous les domaines connexes, puisque notre économie est intégrée et les secteurs interdépendants les uns des autres  » en poussant donc à la reprise du travail, alors que le monde entier se confinait.

Pourtant, c’est la concurrence capitaliste qui inquiète tant Roux de Bézieux qui est la principale responsable de la répartition inégalitaire du vaccin à échelle planétaire. La course aux profits des grandes puissances impérialistes, dont la France fait partie, a entraîné une chasse au vaccin barbare, dans laquelle les états semi-coloniaux sont jetés aux oubliettes, entravant directement la lutte contre la pandémie à échelle internationale. Alors même que le vaccin reste la meilleure solution contre le Covid-19, sa production, sa répartition et son utilisation sont tous guidés par des intérêts de compétition économiques entre les puissances capitalistes, et c’est dans cette logique que le président du MEDEF s’inscrit.

Et pour imposer la vaccination, le patronat ne recule devant aucune perspective coercitive, tant que ça favorise le retour le plus rapide de l’activité économique. Geoffroy Roux de Bézieux s’est d’abord prononcé favorable à ce que les entreprises jouent un rôle actif dans la campagne de vaccination, en permettant « aux salariés de quitter le travail plus tôt » ou de « pouvoir vacciner en entreprise » lorsque que le vaccin d’Astrazeneca sera disponible – sa conservation étant moins contraignante. Mais il est allé plus loin, puisqu’il également prononcé favorable à la mise en place d’un « passeport sanitaire » obligatoire pour « des usages précis qui permettent de relancer des activités » comme les voyages à l’étranger ou la participation à des salons professionnels, rejoignant le projet initial du gouvernement qui prévoyait de rendre obligatoire la vaccination, qui a ensuite été retiré suite au tollé engendré. Ce « passeport sanitaire », qui masque mal une obligation de vaccination pour les salariés, constituerait une énième mesure liberticide au nom de la crise sanitaire, puisqu’elle permettrait de s’assurer de la vaccination des salariés afin qu’ils puissent

Aujourd’hui, face à la logique de course aux profits menée par le gouvernement et le patronat main dans la main, l’urgence est à la mise en place d’un vrai plan sanitaire en toute indépendance du gouvernement à travers l’auto-organisation des travailleurs de santé et de la population pour mener la campagne vaccinale dans l’intérêt de la population et non pas des patrons. Il faut aujourd’hui exiger l’embauche massive de personnels hospitaliers et éducatifs pour soulager hôpitaux et écoles.




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