^

Culture et Sport

Chronique football

Le Clasico reporté après les mobilisations en Catalogne

Depuis ce lundi, la Catalogne connaît un regain de mobilisation après que neuf leaders indépendantistes ont été condamnés à des peines de prison allant de 9 à 13 ans. Une situation qui a contraint les autorités du football espagnol à reporter la rencontre entre le Barça et le Real Madrid, initialement prévue le samedi 26 octobre.

jeudi 17 octobre

C’est l’un des plus grands rendez-vous annuels de la planète football, un match regardé dans le monde entier. Au point que la fédération espagnole avait cette année fait le choix de le programmer un samedi à 13h, de manière à être diffusé en prime time sur le continent asiatique, au grand dam des supporters locaux. Le 26 octobre prochain, le Barça de Lionel Messi doit recevoir le Real Madrid de Zinédine Zidane, un choc entre deux des meilleures équipes du continent. Ou plutôt devait.

En effet, les récents événements qui secouent la Catalogne depuis le début de la semaine ont contraint la fédération espagnole à prendre la décision de reporter le match. En effet, ce lundi la Cour suprême de l’Etat espagnol a condamné neuf leaders indépendantistes à des peines de prison allant de neuf à treize ans. Une décision qui a agi comme une trainée de poudre, déclenchant d’importantes mobilisations dans toute la Catalogne.

Face à cette situation, et alors que de nouvelles manifestations pourraient avoir lieu le jour du match, la ligue espagnole a dans un premier temps demandé aux deux clubs leur accord pour inverser le match. Autrement dit, le 26 octobre, le match se tiendra à Madrid, loin des mobilisations catalanes. Le match retour aurait donc lieu à Barcelone en mars 2020. Une manière pour les autorités du football espagnol de maintenir ce match à plusieurs centaines de millions de téléspectateurs à la date et à l’horaire prévus. Une solution refusée par les deux clubs, ce qui a contraint la fédération à reporter le match au mois de décembre. Les deux clubs doivent désormais se mettre d’accord sur une date.

« Le club appelle tous les leaders politiques à mener à bien un processus de dialogue »

Au-delà des enjeux sécuritaires mis en avant par la ligue, se cachent des enjeux politiques puisque historiquement, le Barça a toujours été le club symbolique de la Catalogne. Un rôle qu’il a particulièrement joué pendant les années de la dictature franquiste ; une période où le Camp Nou était l’un des rares endroits où l’on pouvait parler catalan par exemple. Sans prendre ouvertement parti en faveur de la cause indépendantiste, le club s’est en revanche prononcé en faveur de la tenue du référendum d’auto-détermination en 2017. Tout le monde se souvient alors de Lionel Messi et ses coéquipiers écrasant Las Palmas (3-0) le 1er octobre dans un Camp Nou à huis-clos, sur décision du club pour protester contre la répression policière (aussi pour éviter un envahissement de la pelouse qui aurait empêché le match de se dérouler et aurait entraîné des sanctions). Ce jour-là, des dizaines de personnes avaient été blessées par les forces de répression alors que se tenait le référendum.

C’est pourquoi dès l’annonce de la décision de la Cour suprême ce lundi, le club s’est fendu d’un communiqué condamnant cet emprisonnement. « Les peines de prison prononcées aujourd’hui ne résoudront pas le conflit, car la prison n’est pas la solution », a ainsi écrit l’une des « institutions les plus importantes de Catalogne » ce lundi. « C’est pourquoi, maintenant plus que jamais, le club appelle tous les leaders politiques à mener à bien un processus de dialogue et de négociation pour résoudre ce conflit. Ce qui devrait permettre la remise en liberté des dirigeants politiques condamnés. »

Depuis plusieurs années, plusieurs membres historiques du club, joueurs actuels ou passés ont publiquement pris position en faveur de l’indépendance. C’est notamment le cas du défenseur Gérard Piqué, au club depuis son enfance (excepté 4 années passées à Manchester United) et qui déclarait après la fameuse rencontre contre Las Palmas : « Je suis catalan, je me sens catalan et c’est pour ça qu’aujourd’hui plus que jamais, je me sens fier des gens de Catalogne. »

Autre personnage mondialement connu de tout amoureux du football, Pep Guardiola a passé la majeure partie de sa carrière de joueur sous le maillot blaugrana, avant d’y débuter avec un grand succès sa carrière d’entraîneur. D’ailleurs ce dernier lui non plus n’a pas manqué de réagir à la condamnation de ce lundi. « C’est inacceptable dans l’Europe du XXIe siècle. Les leaders condamnés aujourd’hui [lundi] représentent la majorité des partis politiques en Catalogne. L’Espagne connaît une dérive autoritaire dans laquelle les lois antiterroristes sont utilisées pour poursuivre les dissidents. La lutte ne s’arrêtera pas tant que la répression continuera et que nous ne trouverons pas une solution pacifique et démocratique. »

En attendant, la ligue et les représentants des deux clubs se réuniront lundi pour se mettre d’accord.

Credit Photo - Icon Sport




Mots-clés

Catalogne   /    football   /    Etat Espagnol   /    Culture et Sport