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Politique

Nos vies, pas leurs profits !

Pfizer : le PDG profite de l’annonce du vaccin pour empocher 5,6 millions de dollars

Après l’annonce de l’efficacité de son vaccin, le PDG de Pfizer, profitant du bond des actions de son entreprise en bourse, a vendu toutes les siennes, empochant un pactole de plus de 5 millions de dollars. La recherche d’un vaccin efficace est aujourd’hui vitale pour le monde entier, mais elle ne doit pas être laissée entre les mains des capitalistes.

jeudi 12 novembre

Crédits photo : AFP

Pour endiguer une épidémie qui a déjà fait plus de 1 287 051 morts dans le monde, l’industrie pharmaceutique s’est mis en branle-bas de combat. Plus de 130 vaccins contre le Covid-19 sont actuellement à l’étude dans le monde. Les laboratoires Pfizer et BioNtech ont annoncé ce lundi que leur vaccin, actuellement en phase III de son développement, était efficace à 90%. Fruit d’une collaboration entre les laboratoires allemand et américain, le vaccin en est à la phase III de son développement, c’est-à-dire au stade où l’on teste son efficacité, et est pour l’instant le produit le plus prometteur du marché.

L’annonce de ces résultats a provoqué un véritable bond des places boursières mondiales, avec en première ligne les actions de Pfizer, qui ont connu un saut spectaculaire. Et, alors que des centaines de millions de gens sont contaminés chaque jour, que certains en mourront et que certains en garderont des séquelles graves, Albert Bourla, le PDG de Pfizer, a profité de cette aubaine pour vendre toutes ses actions, et a ainsi empoché 5,6 millions de dollars, soit 4,7 millions d’euros, pour un vaccin qui n’est pas encore disponible, et ne le sera pas de si tôt.

En effet, si le vaccin développé est prometteur, il n’est pas encore prêt à être utilisé dans la population. Premièrement, parce que son stockage et son transport doivent être effectués à -72°C, ce qui pose des problèmes considérables. Deuxième problème, son prix : selon Le Monde, aux Etats-Unis, où le prix des médicaments ne sont souvent pas pris en charge par les assurances maladies, le prix d’une dose de vaccin serait établi à 19,50 dollars (16,51 euros), « soit 39 dollars (33 euros), en supposant l’approbation par les autorités réglementaires du schéma vaccinal à deux doses de vaccin par patient.  » Une somme non négligeable, donc, qui sera sans doute similaire dans les autres pays du monde, et qui est d’autant plus scandaleuse dans une période où la majorité des travailleurs ont vu leurs revenus baisser, voire ont perdu leur emploi.

L’élaboration d’un vaccin pour être immunisé contre le Covid-19 est aujourd’hui urgente d’un point de vue sanitaire, mais, dans cette société capitaliste, la santé est bel et bien un marché comme un autre. L’annonce de l’efficacité du vaccin est s’est transformé en une tentative des grandes entreprises pharmaceutiques de s’enrichir, et de recevoir plus de fonds de la part des États qui se précipitent pour commander des doses. Partout dans le monde, la quête pour un traitement ou un vaccin contre le coronavirus donne ainsi naissance à une concurrence sans merci. Dans la droite lignée de la politique de Trump envers la Chine, les États-Unis ont lancé les premières accusations d’espionnage de recherches, contre des pirates proches du régime chinois, selon le journal Le Monde. L’objectif des grandes entreprises pharmaceutiques, au coude à coude dans la recherche, est de conquérir le monopole du vaccin afin d’empocher des milliards de bénéfices sur le dos de la santé de centaines de millions de personnes à travers le monde.

En plus des questions économiques, la question d’un vaccin contre le Covid-19 a également pris des proportions politiques et géopolitiques. Être le premier pays à disposer du vaccin donnerait du prestige et plus de pouvoir dans les conflits géopolitiques à la puissance qui le produira. Ce n’est pas une coïncidence si les pays en tête de la course aux vaccins sont les États-Unis, l’Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni et la Chine.

Face à l’ampleur de la pandémie, l’urgence devrait être à la collaboration de toute la communauté scientifique de tous les États, au déblocage des moyens financiers et humains nécessaires pour contenir l’avancée du virus et pour en trouver un remède au plus vite. Mais au contraire de cela, la logique capitaliste amène la bourgeoisie à pousser jusqu’au bout sa « tendance naturelle » à la concurrence et à la recherche de profits. Elle apporte une nouvelle fois la preuve de son incompatibilité avec les intérêts non seulement des travailleurs ou de la majorité de la population, mais de l’humanité elle-même.

Les sommes invraisemblables que l’annonce d’un vaccin a permis au PDG de Pfizer d’empocher ne font qu’alimenter la méfiance envers les vaccins, et l’industrie pharmaceutique dans son ensemble, ainsi que les idées conspirationnistes, qui n’ont malheureusement fait que se développer depuis le début de la crise sanitaire. S’il est légitime de dénoncer le fait que, sous le capitalisme, la santé soit livrée aux lois du marché, un vaccin contre le Covid-19 serait un pas de géant pour endiguer l’épidémie qui fait des ravages considérables, en particulier dans les franges les plus défavorisées de notre classe et dans les pays pauvres.

Le développement de la science et de la technologie peut entraîner de formidables progrès dans nos vies, même sous le capitalisme. C’est justement le capitalisme et son irrationalité qui bride aujourd’hui l’avancée des recherches. La recherche est aujourd’hui guidée par les lois du marché, alors même qu’une coopération entre les laboratoires et centres de recherches serait plus que jamais nécessaire. Le contrôle des travailleurs de l’industrie pharmaceutique est le seul moyen dont nous disposons pour freiner les rêves de ces multinationales de faire des profits sur un futur vaccin. Cette organisation de la production doit être internationaliste et garantir un accès égal au vaccin à travers le monde. Loin de la soi-disant coopération internationale des capitalistes, qui cache en réalité une concurrence acharnée entre grandes entreprises et États impérialistes, nous devons imposer la coopération des travailleurs du monde entier.




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