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Politique

Contre-hommage

Philip, prince des blagues racistes de l’impérialisme britannique, est mort

Le prince Philip est mort vendredi 9 avril. Connu pour ses remarques racistes, misogynes ou encore validistes, il a reçu les hommages non seulement d’une partie de la population britannique mais aussi de personnalités politiques européennes et américaines. Alors que ces remarques sont montrées comme des sorties accidentelles, elles témoignent en réalité d’une idéologie impérialiste puissamment ancrée dans la royauté, mais aussi dans l’Etat britannique.

lundi 12 avril

Crédit photo : express.co.uk

Le prince Philip, mari de la reine d’Angleterre Elizabeth II est mort vendredi 9 avril à 99 ans, un hommage national a eu lieu avec drapeaux en berne, affichages publics comme à Piccadilly Circus, communiqués officiels, rassemblement devant le palais de Buckingham bien que le gouvernement ait demandé à la population de ne pas se mobiliser en raison du Covid. Macron, de son côté, a rendu hommage à « une vie exemplaire définie par la bravoure, le sens du devoir et son engagement en faveur de la jeunesse et de l’environnement ».

Né Prince de Grèce et du Danemark en 1921, Philip appartenait aux rangs de la noblesse et il le revendiquait. Il s’était retiré de la vie publique depuis 2017 avec à son actif plus de 22 000 engagements publics officiels (inaugurations, conférences…) depuis l’arrivée au trône de sa femme en 1952. Son rôle politique consistait principalement à représenter la royauté. On peut dire qu’il a endossé ce rôle avec ferveur, en représentant tout le caractère réactionnaire et impérialiste non seulement de la couronne mais aussi de la noblesse en général.

Dans une avalanche de « blagues », le prince Philip a en effet montré mieux que quiconque le mépris de la noblesse pour une grande partie de la population : femmes, personnes racisées, personnes en situations de handicap, chômeurs, etc … « Je me ferais arrêter si j’ouvrais la fermeture éclair de cette robe  », dit-il ainsi à propos d’une jeune femme vêtue d’une robe zippée en 2012, ou encore en remerciement à une jeune femme lui offrant des fleurs en 1984 au Kenya : « Merci Madame… Vous êtes bien une femme, n’est-ce pas ? ». « Vous êtes tous de la même famille ? ». lance-t-il encore à une troupe de danseurs noirs en 2009, ou encore : « On dirait que vous êtes prêt à aller au lit ! » au président nigérian Olusegun Obasanjo, alors qu’il portait une tenue traditionnelle en 2003. Il conseille également des étudiants britanniques en stage en Chine en 1986 : « Ne restez pas trop longtemps, sinon vous allez avoir des yeux bridés ». La liste semble s’étendre à l’infini et a fait la joie de plusieurs journaux, qui pointaient l’aspect « folklorique » et « décalé » du personnage, citant avec délectation toutes ses pires interventions.

L’impérialisme à visage découvert

Ces remarques sont aujourd’hui, à l’heure des hommages, interprétées comme des [« bourdes » (Le Monde), des « dérapages » ou des « gaffes » (Le Nouvel Obs), et ainsi de suite. Ce seraient des « sorties » maladroites et en tenir rigueur serait un peu dur envers ce bon prince. A la limite, on peut en rire comme des saillies d’un personnage un peu brut de décoffrage, politiquement incorrect. Pourtant, l’accumulation de propos et de photos rend cette interprétation peu tangible, voire franchement hypocrite. Ces « blagues » sont une démonstration directe d’une mentalité coloniale, qui reflète l’impérialisme structurel de l’État britannique incarné par la couronne.

Un article de Hamid Dabashi, professeur à l’université de Columbia paru en 2017 à l’occasion de la retraite du prince, résume bien l’étendue du sens de ces remarques. « Le racisme du Prince Philip est réellement inestimable car il lui vient naturellement. Il ne fait pas semblant. Il ne cherche pas à offenser quiconque. Il est offensant. C’est lui. C’est ce qu’il est, et la longue panoplie de ses préjugés de privilégié de classe racistes, sexistes, élitistes, misogynes est un musée mobile d’intolérance européenne » […] « Il pense ce qu’il dit et il dit ce qu’il pense ».

Alors que la bourgeoisie apprend à dissimuler son racisme mais aussi son mépris de classe derrière divers codes sociaux et l’invocation de concepts creux comme « l’universalisme », les propos nauséeux débités tout naturellement par le prince sont « des reliques inestimables d’un âge aujourd’hui profondément camouflés sous de beaux euphémismes libéraux ». Cet âge, c’est bien entendu « l’âge d’or » de l’impérialisme colonial européen, avec la domination britannique en Inde, française en Algérie ou encore belge au Congo. Alors qu’aujourd’hui l’impérialisme avance sous couvert de discours « démocratiques », de « développement », de « stabilisation », avec toujours la même violence, le florilège de propos crasseux du prince fait voler en éclat le vernis de respectabilité soigneusement élaboré par les classes dominantes et révèle toute l’étendue de l’état d’esprit impérialiste et colonial.
Ces anecdotes font l’état d’une idéologie à combattre, pour l’intégrité des personnes exploitées et faisant face à des oppressions. Elles montrent également que cette idéologie est profondément enracinée dans la royauté mais aussi l’Etat. A rebours de l’analyse superficielle et malhonnête livrée par les médias dominants, elles ne sont pas des blagues un peu maladroites d’un prince décidément bien facétieux, mais bien le reflet de l’impérialisme destructeur de l’État britannique.




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