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Piñera remanie son gouvernement mais les manifestants veulent le voir dégager !

Fabián Puelma

Piñera remanie son gouvernement mais les manifestants veulent le voir dégager !

Fabián Puelma

Après une semaine de mobilisations au Chili, après des affrontements extrêmement violents et une répression brutale, après la manifestation historique de vendredi, dans les rues de la capitale et des principales villes du pays, le président de droite Sebastián Piñera essaye de rétropédaler et a annoncé, samedi 26, un remaniement complet de gouvernement.

« Nous ne le croyons pas », scandent des manifestants, toujours mobilisés, et qui réclament sa tête. Pas simplement le remaniement du gouvernement et de ses principaux ministres, mais la chute de Piñera. C’est sur cette situation, qui évolue très rapidement, que revient depuis Santiago du Chili Fabián Puelma, membre de la direction nationale du Parti des Travailleurs Révolutionnaires, dans les colonnes de La Izquierda Diario - Chili.

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Avec une bonne dose d’hypocrisie, le gouvernement et l’ensemble des partis du régime ont salué la mobilisation historique contre Piñera, contre l’état d’urgence, contre le couvre-feu et contre la militarisation du pays qu’ont connue les principales villes du pays, ce vendredi. Ceux qui nous ont tout volé veulent maintenant nous voler nos manifestations. Mais celles et ceux qui sont descendus dans la rue, vendredi 25 octobre, sont les mêmes qui ont bravé le couvre-feu et qui ont manifesté et affronté les forces de répression, exigeant « que Piñera dégage, et avec lui les militaires ! »

Le ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick, a eu le culot de déclarer qu’avec la mobilisation du vendredi 25, « avec cette splendide manifestation pacifique prennent fin les manifestations,d ans leur ensemble, dans tout le pays »Les seuls qui veulent en finir avec les manifestations, ce sont eux. Au cours de deux conférences de presse, appelées coup sur coup, le gouvernement a remis en avant son « agenda social » qui n’est rien d’autre que quelques miettes qui nous sont données et sont un affront aux morts de la mobilisation. La position n’a donc pas changé depuis mardi 22, lorsque Piñera a annoncé, entre autres, un relèvement des pensions, des salaires minimums et un gel des tarifs de l’électricité. Mais comme le démontrent les enquêtes d’opinion, l’écrasante majorité de la population rejette ces concessions. La seule décision nouvelle qui a été communiquée est le remaniement ministériel et la fin possible du couvre-feu, ce dimanche, après une semaine de répression, de morts, des milliers de blessés et d’arrestations. Il a été par ailleurs dit que « bientôt » serait étudiée la baisse des prix aux péages, ainsi que de l’eau et du gaz.

Le gouvernement affirme avoir compris, mais il n’a rien compris du tout ! Ce que des millions de manifestants ont exigé, vendredi, c’est que Piñera s’en aille. Qui peut bien croire que ce sera lui qui apportera des réponses à nos revendications ? Notre combat a commencé dans la rue, remettant en cause l’héritage de la dictature. « Ce n’est pas une question de 30 centavos [à savoir l’augmentation initiale du prix du ticket de métro à Santiago], mais de 30 années [de néolibéralisme légué par le régime de Pinochet] ». Voilà ce qui a été scandé dans toutes les manifestations, dénonçant un Chili façonné par le pinochétisme et maintenu en place par la droite et la Concertation, la coalition de partis de centre-gauche, PS et Démocratie Chrétienne en tête, qui ont gouverné entre 1990 et 2010 puis entre 2010 et 2014, cette fois avec le soutien et la participation du PC. « La dictature est encore en place », pouvait-on lire sur de nombreux panneaux brandis par les manifestants, ces derniers jours. Il n’y aura aucune solution aux problèmes des Chiliens à moins de détruire l’ensemble de ce régime hérité de la dictature !

Mais comment faire dégager Piñera ? Voilà la véritable question. Nous le disons clairement : la démarche visant à placer sous accusation constitutionnelle, sorte d’impeachment législatif, le président, ce à quoi se préparent des organisations comme le PC, sont une impasse. Comment penser un seul instant que le Sénat, où la droite est majoritaire, acceptera de destituer Piñera ? Les partis de l’ancienne Concertation, quant à eux, sont déjà en train de travailler en faveur de cette farce qu’est « l’agenda social » que propose le gouvernement. Par ailleurs, la politique de « dialogue sans exclusives » que défendent à la fois le Frente Amplio et le PC, à travers la direction de la « Mesa de Unidad Social », qui organise les principales organisations syndicales et du mouvement sociales, à commencer par la Centrale Unique des Travailleurs, ne revient qu’à donner de l’oxygène à ce gouvernement alors que des millions de personnes souhaitent son départ. Ce que cherche l’exécutif, c’est de « normaliser » le pays, et que le Congrès approuve ses mesures.

Pour que Piñera s’en aille, il faut le faire dégager par la mobilisation. Il faut donner une suite à la grève générale de 48h des 23 et 24 octobre jusqu’à obtenir la chute du gouvernement et mettre en place une Assemblée Constituante Libre et Souveraine sur les ruines de ce régime pourri qui puisse être en mesure de discuter de solutions favorables pour le monde du travail, les étudiantes et les étudiants, les peuples opprimés et les classe populaires.

Il faudrait, pour cela, organiser une force pour combattre dans cette direction. Dans plusieurs villes des coordinations, des comités et des assemblées territoriales sont en train de se mettre en place. On songera, ainsi, au « Comité de Emergencia y Resguardo » d’Antofagasta, cinquième ville du pays, qui a été organisé par le syndicat local des enseignants [Colegio de Profesores] et auquel participent différents syndicats de l’industrie, du commerce, des services ainsi que des centaines d’étudiants. Le Comité a déjà voté pour ce programme et se mobilise pour l’étendre et le faire adopter par d’autres secteurs. C’est également ce qu’a fait le « Cordón Santiago Centro », qui a adopté ces motions quelques heures avant la manifestation de vendredi, lors d’une AG. D’autres instances, à l’instar de la « Mesa Social » de Valparaíso, seconde ville du pays, se sont également prononcées en ce sens, appelant vendredi à une mobilisation en direction du Congrès et demandant aux députés de ne pas voter les mesures du gouvernement et appelant à étendre la grève générale.

Santiago, samedi 26 octobre.

Trad. CT

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