^

Monde

Impérialisme

Piñera veut briser la révolte chilienne, en s’appuyant sur le "savoir-faire" français

Alors qu’acte après acte les Gilets jaunes se font très durement réprimer, Macron s’apprête à réprimer « en même temps » la révolte du peuple chilien en apportant le savoir-faire répressif français

mercredi 27 novembre

Crédits photo : JOHAN ORDONEZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Après presque un mois de répression meurtrière rappelant les pires crimes du coup d’État de 1973 et de la dictature de Pinochet, et devant la détermination croissante des manifestants, le gouvernement de Piñera tentait une nouvelle tactique en lançant mi-novembre un projet de réforme constitutionnelle visant à « rétablir la paix » et sauver le régime. Ce projet ambitieux, que le gouvernement lançait en alliance avec la quasi-totalité des forces politiques y compris de l’opposition, visait à mater le processus révolutionnaire ouvert en cooptant tout un secteur dans la voie institutionnelle.

Cependant la réponse des Chiliens aux pseudo-concessions de Piñera et de ses alliés politiques fut claire et massive, le 12 novembre – journée de grève générale – secouait le pays et montrait l’énorme refus du peuple chilien vis à vis du « Congrès constituant » proposé par le gouvernement : « 50 000 personnes se sont manifestées à Antofagasta, 60 000 à Valparaiso, plus de 300 000 à Santiago ou encore 200 000 à Concepción. Du côté de l’économie, 95 % des ports étaient à l’arrêt, les secteurs miniers ont été également affectés, tandis que la santé, l’éducation, et la fonction publique étaient quasiment paralysées. Des barrages et barricades ont été érigés, bloquant de très nombreuses routes dans l’ensemble du pays ».

Devant l’échec de ce projet et la difficulté de coopter un large secteur du mouvement via ses directions politiques, Piñera annonçait ce dimanche lors d’un discours télévisé le durcissement de la répression qui, jusqu’à aujourd’hui, entre les viols, les disparitions, la torture et les blessés, a déjà fait plus de 20 morts. Entre les mesures annoncées par Piñera, au-delà de la réintégration des policiers à la retraite ou de la sortie anticipée des écoles de police pour renforcer les effectifs sur place, on trouve la mise en place « d’un conseil international de police ». Ce conseil permettant la collaboration stratégique sur la question du « maintien de l’ordre » sera intégré par l’Espagne, le Royaume-Uni mais aussi la France.

Rien d’étonnant alors que la France a été à la tête de la répression des Gilets jaunes, la révolte qui a inauguré le nouveau processus de lutte de classes qui s’est ouvert à l’échelle internationale et qui trouve son point le plus développé en Amérique Latine. Cependant, cette collaboration visant à transmettre le savoir-faire militaire et policier français aux forces de répression de l’État chilien, n’est pas un phénomène ponctuel, mais l’actualisation de la collaboration ayant déjà eu lieu lors du coup d’État de Pinochet, où le savoir-faire français avait été une pièce clé dans la répression de masse déployée par la dictature pour mater le soulèvement chilien et pas que. Après l’expérience acquise pendant les années 50 lors des guerres contre-révolutionnaires menées par la France en Indochine et en Algérie, l’hexagone est devenu le leader et le principal « exportateur » en termes de savoir-faire répressif. Derrière les dictatures du Cône Sud des années 70 il y avait l’expérience inestimable de l’armée française.

Si la France est encore une fois prête à donner un appui militaire au gouvernement meurtrier de Piñera sur le plan stratégique et de formation de ses troupes, c’est bien que les intérêts de la bourgeoisie impérialiste française y sont mis en danger par le processus révolutionnaire ouvert au Chili. Tel qu’on le rappelait dans un autre article, « la privatisation de l’eau au Chili est un cas d’école. Elle a été permise par la loi nationale ouvrant le marché de l’eau sous la dictature, en 1981. Aujourd’hui, c’est le groupe français Suez, par le biais de sa filiale Aguas Andinas, qui domine le marché, avec 44 % des parts, rendant difficile pour certains secteurs de la population l’accessibilité à une ressource aussi précieuse que l’eau ». Ainsi, rien d’étonnant à ce que Piñera ait annoncé aussi lors de son discours le recours à l’armée pour protéger les infrastructures comme l’eau potable.

La collaboration entre la bourgeoisie des différents pays, soit pour s’enrichir en généralisant la précarisation dans la vie et le travail via l’offensive néo-libérale, soit pour réprimer et mater la contestation de ceux qui osent s’opposer à ce régime, montre que la lutte contre le capitalisme et ses gouvernements est aussi internationale. Dans ce sens la meilleure manière de montrer notre solidarité vis-à-vis du peuple chilien est de construire pour ce 5 décembre une mobilisation et une grève générale massives capables d’établir un vrai rapport de force contre le gouvernement de Macron. L’affaiblissement de l’État impérialiste français, est l’affaiblissement du gouvernement de Piñera et le renforcement de la révolution chilienne.




Mots-clés

France   /    Chili   /    Impérialisme   /    Monde