^

Notre classe

leur écologie et la nôtre

Piquet Biocoop. « Nous sommes fiers d’être des travailleurs en lutte », retour sur une grève exemplaire

Les travailleurs de Biocoop - Le Retour à la Terre étaient de nouveau en grève ce dimanche. Devant le magasin du 11ème arrondissement de Paris, des étudiants et des salariés d'autres entreprises de la grande distribution et d'autres secteurs sont venus les soutenir. Retour sur un piquet et une grève exemplaire.

lundi 7 septembre

Depuis maintenant deux mois, les salariés de Biocoop – Le Retour à la Terre ont commencé le combat contre une direction qui tente après le confinement d’attaquer leurs conditions de travail. A ceux là mêmes qui ont travaillé en première ligne pendant le confinement pour répondre aux besoins vitaux de la population, la récompense de la part de la direction est celle des dégradations des conditions de travail en imposant le travail le dimanche. Ces mêmes travailleurs qui ont montré que c’était eux qui faisaient tourner la société pendant le confinement, et qui ont dû attendre plusieurs semaines pour obtenir masques et protections sanitaires, travaillant avec des cadences infernales, en prenant tous les risques pour leur santé, subissent aujourd’hui les attaques patronales.

C’est donc autour du refus du travail le dimanche mais également autour des revendications de revalorisation des salaires et de la possibilité pour les salariés d’obtenir une rupture conventionnelle, la direction étant prête à tout pour éviter de verser le chômage aux salariés quittant l’entreprise, que les grévistes ont organisé un piquet de grève devant le magasin au 114 avenue Philippe Auguste. En solidarité, ce sont également plus d’une centaine de soutiens et de travailleurs de différents secteurs et sites de Biocoop qui se sont rassemblés devant le piquet de grève.

Une grève exemplaire

Face à une direction qui après le confinement a décidé de mettre en vente les deux magasins et d’attaquer leurs conditions de travail, les salariés de Biocoop – Le Retour à la Terre se sont donc mobilisés dès le 9 Juillet par une grève suivie massivement dans la boîte. Ils se mobilisaient alors contre le travail le dimanche, pour une revalorisation des salaires qui tienne compte des compétences de chaque travailleur, les salariés étant nombreux à accomplir des tâches pour lesquels ils ne sont pas payés. De plus, ils revendiquent également l’autorisation permanente des demandes de ruptures conventionnelles, la direction du Retour à la Terre étant prête à tout pour éviter que ses salariés ne touchent le chômage en quittant l’entreprise. Le 1er août ils se remettaient en grève également, puis le 6 septembre, continuant à imposer un rapport de force à même de faire plier la direction. Prochainement, ce sont les dates du 12 septembre, journée de manifestation des gilets jaunes puis du 17 septembre, date de mobilisation interprofessionnelle, qui ont été posées par les salariés pour continuer la mobilisation, en lien avec les autres secteurs.

Le mouvement est d’ores et déjà inédit à l’échelle du Retour à la Terre, franchise de Biocoop. C’est la première fois depuis sa création que la franchise est confronté à une grève massive. Dans un secteur comme la grande distribution, un des secteurs les plus précaires, où l’on a longtemps pensé qu’il était impossible de bouger les choses, la grève des salariés de Biocoop doit être vu comme un exemple et comme une inspiration pour le monde du travail. Dans une situation d’attaques patronales généralisées, l’exemple de ces salariés nous montrent la possibilité de relever la tête. C’est par la grève et par l’auto-organisation que les salariés ont pu créer un rapport de force à même de contraindre la direction du leader du bio en France de venir devant le magasin pour tenter de négocier avec les grévistes dès leur première journée de grève. L’un des grands acquis de la lutte est l’auto-organisation des travailleurs, c’est à dire la capacité des grévistes de décider eux même de leur lutte, en toute indépendance et sans compromis avec le patronat. Cela leur a permis de mener une grève locale d’importance, alors même que le calendrier des directions syndicales ne posait aucune date avant septembre dans le secteur.

Les travailleurs ont également réussi à entraîner derrière eux un fournisseur de Biocoop. La Conquête du Pain en soutien aux grévistes a refusé de livrer du pain aux magasins Le Retour à la Terre et chaque matin, c’est le tract des grévistes, qui était livré avec le pain dans les autres magasins Biocoop de Paris. Le mouvement a dépassé les deux simples magasins d’où était partie la mobilisation. Les grévistes du Retour à la Terre, sont en train de rentrer en contact avec d’autres salariés d’autres magasins pour lancer un mouvement national. Le 17 septembre, il est prévu de faire un cortège Biocoop dans la manifestation parisienne.

En remettant en cause de manière aussi frontale la direction de Biocoop, les travailleurs ont également montré l’absurdité d’une écologie capitaliste. Derrière des discours marketting couvert du vernis écologique et sociale, la firme a montré qu’elle utilisait les mêmes méthodes patronales que dans de nombreuses autres grandes entreprises. Comme l’a affirmé plusieurs fois, Konstantin un des grévistes : « l’écologie sans lutte des classes, c’est tout bonnement du jardinage, l’écologie elle doit servir au intérêts de la majorité, elle doit être sociale et populaire. »

Face à une attaque en règle des conditions de travail, la nécessité pour la jeunesse et les travailleurs précaires de faire front avec le mouvement ouvrier organisé.

Dans la distribution, c’est aussi souvent des pans entiers de la jeunesse qui sont exploités. Il n’est pas anodin que Catherine Chalom, directrice du Retour à la Terre, défende la mise en place du travail du dimanche comme « un cadeau fait aux jeunes ». L’argumentaire ne manque pas d’air quand on apprend par la bouche des grévistes qu’il a fallu plusieurs semaines à ces jeunes travailleurs pour obtenir masques et protections sanitaires, qu’on a refusé à ces jeunes une augmentation des salaires et à minima une prime. De plus parmi les grévistes, plusieurs sont de jeunes étudiants qui refusent de voir sacrifier leur temps social pour que la direction fasse toujours plus de profits. La volonté de la direction est évidente, employer des jeunes, des étudiants c’est se garantir une main d’œuvre peu chère, facile à virer. Comme le raconte Konstantin, un gréviste, : « La direction a commencé à remplacer les collègues par des intérimaires aux contrats hyper précaires. On refuse d’être la variable d’ajustement dans cette crise économique. »

Le confinement a révélé au grand jour la variable d’ajustement qu’était la jeunesse précaire pour le patronat, ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont été perdu leur travail, pendant que le gouvernement préférait offrir des milliards au patronat. Pourtant la grève exemplaire des salariés de Biocoop montre la possibilité pour ces secteurs les plus exploitées de relever la tête, comme l’affirmait Simon, militant au NPA - Révolution Permanente.

La riposte comme l’affirme Konstantin, étudiant et gréviste du Biocoop, devra se faire aux côtés du mouvement ouvrier : « ces méthodes patronales on va les composter, le 12 et le 17 septembre, aux côtés des autres secteurs, parce qu’on fait partie d’une même classe sociale et qu’on lutte contre un même gouvernement et contre un même patronat ». De la même façon la nécessité de ces différents secteurs de faire front ensemble s’est traduit par la présence de travailleurs des raffineries de Grand Puits, de la Ratp, de la SNCF présents en soutien pendant le piquet de grève, mais aussi en appelant à former un cortège biocoop dans la manif interprofessionnelle du 17 septembre. La riposte ne pourra s’organiser qu’à travers l’unité de ces différents secteurs de la jeunesse, des travailleurs précaires avec le mouvement ouvrier organisé plus concentré.

La grève des salariés de Biocoop et la possibilité de s’allier avec d’autres secteurs du monde du travail montre de manière frappante la possibilité pour la jeunesse salariée (et étudiante) mais aussi pour l’ensemble de ces secteurs de la classe ouvrière parmi les plus précarisés, de relever la tête et d’organiser la riposte, par la grève et l’auto-organisation. Cette réaction est un signal très positif, après quelques grèves et mouvements dans d’autres enseignes après le confinement.

Le monde d’après a déjà commencé autour d’attaques patronales plus violentes les unes que les autres, que ce soit à Derichebourg ou à Taléo où les plans de licenciements et APC sont déjà tombés. De plus, les conséquences de la crise économique dont nous ne voyons que les prémices –déjà dramatiques – vont être subies de plein fouet par la jeunesse et par le monde du travail. En 2008, le taux de chômage avait explosé chez les jeunes dans de nombreux pays. Aujourd’hui nous parlons d’une récession parfois deux fois plus forte qu’il y a 12 ans. Plus que jamais la nécessité de l’unité du secteur le plus concentré du prolétariat avec les secteurs qui sont aussi ceux qui ont vécu et qui s’apprêtent à affronter le plus durement la crise économique et la récession, est nécessaire.




Mots-clés

Biocoop   /    Notre classe