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Société

La Nuit Debout

Place de la République. La deuxième nuit debout, une assemblée citoyenne de plusieurs centaines de personnes

La nuit debout continue à Paris. A partir de 18h, des centaines de personnes ont réinvesties la place après s’en être fait chassés par la police dans la nuit du 31 mars. Tout au long de la soirée, les stands de nourriture, les dortoirs improvisés, ont peu à peu retrouver leur place ; des concerts, animations se sont également improvisés, pour cette deuxième nuit Place de la République. Une porte constituée de cartons marque la nouvelle entrée de la place : « que nul n’entre ici s’il n’est révolté ».

samedi 2 avril 2016

Plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées place de la République pour échanger, s’organiser, débattre et également voter de la suite de ces rassemblements spontanés amorcés suite à la manifestation nationale contre la loi travail le jeudi 31 mars. Si l’on retrouve quelques têtes déjà entre-aperçues hier, la médiatisation de la nuit du 31 semble avoir attiré des personnes curieuses de découvrir et de participer à ce qui est proposer sur cette place.

Hier soir, le collectif de citoyens à l’origine de la nuit debout a sorti l’appel suivant précisant l’origine et le projet de cette initiative citoyenne : « La loi travail a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de notre indignation. A la suite de la mobilisation en ligne derrière le mot d’ordre #OnVautMieuxQueCa et dans l’effervescence créatrice provoquée par le film Merci Patron, un collectif de citoyens ouvert, déterminé, joyeux et pragmatique s’est formé. A la convergence des luttes sociales et écologistes puis de la mobilisation étudiante, notre mobilisation vise d’abord à rassembler et à libérer une parole citoyenne inaudible dans les cadres étriqués de la représentation politique traditionnelle.
Pour passer du clavier au pavé, nous avons décidé d’occuper pacifiquement des places publiques. La
#NuitDebout est née d’un pari fou auquel le nombre a donné raison. Nourris des expériences citoyennes des indignés, d’occupy et des printemps arabes, nous construisons une dynamique horizontale, non-violente et créative.
Toutes les conditions sont réunies pour que s’accomplisse enfin un véritable renouvellement démocratique conçu collectivement par des citoyens jusqu’ici résignés et écœurés. Partout en France, des initiatives bourgeonnent spontanément, voulues par des citoyen-ne-s désireux de reprendre en main leur présent et leur futur.
La Nuit Debout ne fait que commencer.”

Effectivement, des centaines de personnes, voire quelques milliers, étaient ce vendredi soir assises par terre, et derrière elles des centaines d’autres debout, écoutant les témoignages, les coups de gueules et les perspective d’action des « citoyens » présents. Une tribune anime les débats organisant un tour de paroles pour que chacun puisse s’exprimer. Un point est fait sur les commissions créées depuis jeudi : la commission logistique, la commission action, la commission accueil/sérénité, la commission parité etc. Les besoins sont multiples : nourriture, eau, couvertures, de quoi improviser des lits, une infirmerie etc.

Puis, pendant plusieurs heures, des personnes prennent la parole « spontanément » et sont invitées à faire des propositions. Ces dernières sont soumises à un vote, d’abord les pour, puis les contre, et enfin les abstentions. C’est le début et le comptage des votes est approximatif mais l’indulgence est au rendez-vous. Les interventions sont multiples, si la loi travail est évoquée, la plupart des interventions débordent largement la loi, ça parle de racisme, d’islamophobie, de répression, de la déception des politiques des gouvernements successifs, du rejet du capitalisme, de l’état d’urgence… Ce qui semble faire majoritairement accord est qu’il faut avant tout appeler à l’occupation de cette place publique, c’est le nombre qui permettra de faire durer l’occupation. Alors seulement, les citoyens pourront inventer, investir ce lieu de « contre-pouvoir ». Plusieurs propositions en vrac sont émises : créer un potager, recouvrir la place de la République de dessins, distribuer de l’information alternative aux entrées et sorties de métro, être entendus dans tous les médias, ainsi que la convergence avec des collectifs féministes, anti racistes, contre les violences policières etc.

Pendant ces quelques heures où la place ne désemplit pas, ce qui semble se dessiner et qui est martelé dans la majorité des interventions est l’importance de pouvoir se parler, de libérer la parole, de se rassembler entre « citoyens », de faire converger les luttes et de faire naître un « mouvement citoyen » capable de s’opposer et d’enfin rejeter cette « minorité qui décide de tout ».

Pour le moment, la Nuit Debout a obtenu une autorisation de la préfecture pour rester place de la République jusqu’à samedi soir. Est-ce que la deuxième nuit débouchera sur une troisième puis une quatrième nuit… ? Et les CRS, très présents place de la République, interviendront-ils une nouvelle fois au petit matin pour inviter les « occupants » à quitter la place ? Les personnes présentes y sont préparées et ont leur propre service d’ordre qui se relaie toute la nuit. En attendant, malgré le froid, les discussions et les festivités semblent vouloir se prolonger jusqu’au petit matin.




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