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Plafond qui s’effondre, manque de salles : rentrée chaotique sur le nouveau campus de Paris 3

L’Université Sorbonne-Nouvelle (P3) a dû reporter précipitamment la rentrée sur son nouveau site flambant neuf à Nation. Non seulement une partie du plafond d’un amphithéâtre s'est effondré pendant l'accueil d’une classe de L1 et a touché une étudiante, mais le centre en travaux depuis cinq ans manque aussi de salles de cours, la direction de la fac ayant privilégié la création d'espaces de conférence.

jeudi 15 septembre

Mardi 12 septembre, la rentrée universitaire n’est pas passée loin de la catastrophe à Paris 3. En effet, pendant la réunion de rentrée des L1 Cinéma, c’est toute une partie du plafond qui s’est effondrée et une étudiante aurait été touchée puis évacuée de la salle. Au départ relayée par les étudiants eux-mêmes sur Twitter, la présidence a confirmé par mail qu’un « élément de corniche en bois d’un mètre trente de longueur était tombé lors de la journée ».

Cet incident est le dernier épisode en date ayant accompagné l’ouverture du nouveau centre Nation, présenté jusqu’ici comme flambant neuf par la direction. A l’origine, c’est la découverte il y a quelques années d’amiante dans l’ancien campus principal de l’université Paris 3, situé à Censier, qui motive la décision de construire un nouveau centre universitaire en plein Paris.

Une nouvelle attendue de pied ferme par les étudiants qui ne bénéficiaient ni de restaurant universitaire, ni de bibliothèque depuis 2021 en vue du transfert à Nation. Mais l’inauguration du nouveau centre en travaux depuis cinq ans est un symbole cynique du manque de moyens alloué aux infrastructures universitaires malgré leur apparence flambant neuve. En dehors de l’effondrement du plafond, les étudiants et personnels ont en effet relaté des problèmes de tuyauterie et de poignets de porte. Pire encore, le compte Twitter d’un-e étudiant-e raconte même qu’il aurait été interdit d’emprunter une passerelle en étant plus de 26 dessus en raison des risques d’effondrement.

Ces éléments posent clairement question sur la qualité de la construction de l’établissement, pourtant présenté par la direction de Paris 3 comme la pointe avancée de la modernité en matière d’infrastructure universitaire. Un site en ligne avait carrément été dédié à ce nouveau campus, louant son architecture conçue par des maîtres de renom.
Des portes ouvertes avaient également été organisées en février 2022 pour faire la promotion du centre, de ses amphithéâtres et lieux de culture. Une communication renforcée et des têtes d’affiche de renom qui semblent avoir concentré les efforts de la présidence, au détriment des moyens alloués à l’infrastructure en tant que tel.

En effet, le centre semble avoir été conçu davantage pour séduire les investisseurs et les acteurs du privé plutôt que les étudiants, exaspérés de la piètre qualité du lieu après tant d’attente. Il y a quelques jours, la présidence informait par mail du report de la rentrée de deux semaines pour manque de salles et de place pour accueillir les étudiants. Pour les mêmes raisons, elle y indiquait même le passage « à un distanciel asynchrone » et le « placement de cours sur d’autres sites », notamment à la Défense.

La raison ? Selon Libération, « les nouveaux locaux, dessinés par l’architecte Christian de Portzamparc, intègrent notamment un théâtre, des salles de montage, des salles de conférence avec cabine de traduction…. ». Tout cela, au détriment des salles de classe. Pourtant, à partir de 2015, des responsables syndicaux et des études pointaient déjà du doigt le manque d’espace alloué à ces infrastructures et plus globalement la petitesse du site au détriment de l’augmentation annuelle du nombre d’étudiants.
Des interrogations face à laquelle la direction est restée complètement sourde, se fiant aveuglément à des statistiques menées par le ministère de l’enseignement supérieur et ne possédant qu’un budget réduit.

Après plusieurs années d’attente dans un centre amienté et deux années de Covid, les étudiants se voient donc finalement déplacés vers des sites à 45 minutes de celui de Nation et basculés en distanciel. Une illustration limpide de la politique de casse de l’enseignement supérieur, où non seulement le budget par tête diminue annuellement. Si la présidence regrette dans son mail « que l’installateur n’ait pas respecté le cahier des charges », c’est en réalité une nouvelle fois une logique d’économies sur le dos des personnels et étudiants qui a été mise en place, au mépris des risques encourus.

En outre, cette rentrée catastrophique témoigne aussi du fait que les considérations politiques et financières reposent davantage sur une volonté d’intégration des acteurs privés dans l’enseignement supérieur, par leur place dans les conseils centraux et dans les formations, mais aussi les infrastructures leur étant réservés au sein même des campus.



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