^

Monde

Un plan de guerre

« Plan pour la paix ». Trump donne son feu vert à l’annexion des territoires palestiniens

Ce mardi, le président américain présentait son « plan pour la paix » pour le Proche-Orient. Un alignement complet sur la droite nationaliste israélienne qui donne son feu vert à la continuation d’une politique d’annexion des territoires palestiniens.

mercredi 29 janvier

Bien entendu, il n’y avait rien à attendre de ce « plan pour la paix » proposé par l’impérialisme américain. Totalement aligné sur les ambitions de la droite israélienne, les propositions formulées ne font que justifier par le droit la position de fait imposée par la force que représente l’annexion des territoires palestiniens.

Dans son édito consacré à la question, le Washington Post est catégorique : « Les Palestiniens, quant à eux, n’obtiennent... pas grand-chose. Dans le projet de Trump, soutenu par Netanyahu, ils abandonneraient les revendications des réfugiés palestiniens et accepteraient une voie conditionnelle vers l’État dans un patchwork de territoires découpés par les routes et les colonies israéliennes. Le plan de Trump cède le contrôle de la sécurité de la frontière orientale avec la Jordanie entièrement à Israël, appelle au démantèlement des groupes militants palestiniens et attribue une capitale palestinienne à la périphérie orientale de Jérusalem - plutôt qu’à Jérusalem-Est proprement dite, comme l’envisagent la communauté internationale et les administrations américaines successives. »

Sur une carte publiée quelques heures après la conférence sur Twitter par le président américain, on peut constater à quel point le territoire palestinien se rapprocherait nettement plus des bantoustants sud-africains que d’un réel état.

En réalité, ce plan est une insulte et un mépris total à l’égard de l’histoire palestinienne et de sa population à l’auto-détermination, venant légitimer l’occupation des colonies. Pire encore, parmi les concessions imposées dans le plan se trouvent celles d’abandonner tout recours des autorités palestiniens envers des institutions internationales. Comme le souligne Le Monde : « Leur Etat est dépourvu de nombreux attributs élémentaires de souveraineté pour répondre à un impératif non négociable : la sécurité d’Israël, à qui reviendra notamment la maîtrise de leur espace aérien. Il est exigé de l’Autorité palestinienne qu’elle cesse de verser de l’argent « aux terroristes détenus en Israël » ainsi qu’aux familles « de terroristes morts », selon les seuls critères israéliens. Les Palestiniens, enfin, doivent s’interdire de toute démarche devant des institutions internationales comme la Cour pénale internationale. »

Pour financer la mise en place de ce projet, Trump a promis la somme de 50 milliards de dollars, devant servir d’une part à assurer la continuité et l’intégrité du territoire palestinien morcelé via un réseau d’infrastructure (notamment un « train à grande vitesse »), et d’autre part à booster la croissance économique du futur état palestinien. Comme le note le Monde, « les Palestiniens seront dépourvus de points d’entrée en propre, portuaires et aéroportuaire, même si un projet de port est esquissé dans un second temps pour Gaza. L’expérience de près de trente années d’autonomie palestinienne a pourtant montré l’impact dévastateur de la primauté de la sécurité d’Israël sur la viabilité de tout projet de développement palestinien. »

Un coup gagnant pour Trump et Netanyahu, une contradiction pour les Etats arabes

Du côté de Trump et Netanyahu, ce pseudo-accord vise surtout à redorer leur blason respectif à un moment où tous deux connaissent des troubles à l’intérieur. Alors que Trump est toujours empêtré dans une procédure d’impeachment à quelques mois des élections, il s’agit pour lui, à travers ces concessions majeures à la droite israélienne, d’envoyer un signal à sa base sociale évangéliste.

Netanyahu se trouve lui dans une situation autrement plus délicate. Si ce dernier a immédiatement décidé de mettre en œuvre les résolutions présentées dans ce plan, il s’agit non seulement de faire diversion, Netanyahu étant poursuivi pour des accusation de corruption, fraude et abus de confiance, mais plus encore de jouer la carte du nationalisme pour ressouder sa base sociale. Alors qu’Israël connaît une sérieuse instabilité politique, sans parti qui parvienne à l’emporter au parlement, les partis de droit n’ont cessé de jouer dans la surenchère ultranationaliste en faisant de l’annexion des territoires palestiniens un élément clé de leur programme. En ce sens, et c’est là le paradoxe soulevé par ce plan, Netanyahu s’est bien gardé d’évoquer un hypothétique « Etat palestinien », par crainte de provoquer les ires des ultranationalistes qui n’accepteront jamais ne serait-ce que l’idée d’un Etat souverain palestinien.

Pour les Etats arabes, « le consensus autour de la Palestine commence à s’effriter » indique Le Monde. En effet, il est peu probable que les Etats du Golfe expriment leur désaccord envers un plan proposé par les Etats-Unis. « Les États arabes du Golfe auront du mal à dire non à un plan présenté par Washington, indique le site de géopolitique Stratfor, un allié dont ils ont besoin et qu’ils souhaitent, et par Israël, un allié discret avec lequel ils ont de plus en plus tissé des liens ces dernières années, même s’ils considèrent que ses politiques sont totalement injustes pour les Palestiniens. [...] Cela s’explique en partie par le fait que la question n’a plus d’importance du point de vue de la population de la région. Parmi les parrains traditionnels de la cause palestinienne - la Jordanie, l’Égypte, la Syrie et les États du Golfe arabe, et dans une moindre mesure le Liban et la Turquie - la question palestinienne n’est plus aussi galvanisante qu’elle l’était. »

Au-delà des aspects purement rhétoriques, aucun Etat ne soutiendra réellement le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien. Comme le rapporte le Monde : « « Les Etats arabes sont aussi faibles que les Palestiniens, décrypte le commentateur libanais Rami Khoury, bon connaisseur de la scène diplomatique proche-orientale. Les monarchies du Golfe, notamment, dépendent trop des Etats-Unis en matière de sécurité pour pouvoir les critiquer. Lors de la réunion de la Ligue arabe, prévue samedi, le plan Abdallah de 2002 sera peut-être rappelé. Mais ce ne sera rien de plus que des mots sur du papier. »

En conclusion, au-delà des nouvelles concessions formelles qui légitiment une politique d’annexion de fait depuis des décennies par Israël, le « plan pour la paix » proposé par Trump relève plus d’un « plan pour la guerre » comme l’écrit le quotidien israélien Haaretz.




Mots-clés

Israël   /    Donald Trump   /    Proche et Moyen-Orient   /    Palestine   /    Monde