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Stop à la sélection !

Plateforme « Mon Master » : un saut dans la sélection à l’université

Après Parcoursup pour l’entrée en licence, le gouvernement met en place cette année une nouvelle plateforme, dédiée cette fois à l’accès en master. Face au manque de places, le gouvernement a une solution, la sélection sociale.

Alberta Nur

15 février 2023

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Dans le contexte où plusieurs centaines d’étudiants se retrouvaient chaque année sans place en master à la fin de leur licence, le gouvernement présente la nouvelle plateforme « Mon Master » comme une solution. Or, cette plateforme vient accroître la sélection et masquer le réel problème : le manque de moyens. Alors que le nombre d’étudiants augmente chaque année, le nombre de places en formation reste le même, voire diminue sous la pression du manque de moyens. Pour ne pas laisser les étudiants sur le carreau à la fin de leur licence, il est impératif d’ouvrir des places de formation. Au lieu de cela, la plateforme « Mon Master » sous couvert d’une meilleure gestion des places existantes, vise à augmenter la sélection, la concurrence et la pression que subissent déjà les étudiants.

Plateforme « Mon Master » : qu’est ce qui va changer ?

La nouvelle plateforme « Mon Master » a un fonctionnement similaire à la plateforme Parcoursup, que tous les étudiants en licence connaissent désormais bien : toutes les demandes se feront ainsi sur le même site, et non plus sur les plateformes e-candidat de chaque université. Présentée comme une facilitation des démarches, cette centralisation pose problème à différents niveaux.

Entre le 22 mars et le 18 avril, les étudiants devront en effet postuler et choisir les formations qu’ils souhaitent pour leur master, dans tout le pays. En centralisant les demandes, la nouvelle plateforme met ainsi fin à la possibilité, pour les candidats, de postuler à un nombre illimité de formations. Désormais, le nombre de candidatures sera plafonné à 15 demandes en formation classique et 15 en formation en alternance, ce qui limitera donc considérablement les possibilités des étudiants.

De plus, à l’instar de Parcoursup, le temps laissé aux candidats pour répondre aux propositions qui leur seront faites est très court, et ira en se raccourcissant au fil du temps. Ainsi, à l’ouverture des réponses le 23 juin, les candidats auront trois jours pour accepter ou décliner les propositions reçues. Puis, dès le 25 juin, il faudra répondre aux propositions en 24h ! Du 25 juin au 31 juillet, dans une période où de nombreux étudiants travaillent à plein temps pour assurer le financement de leur année d’étude suivante, les candidats devront donc rester connectés en permanence, et vivre une fois de plus le stress infernal de devoir consulter le site tous les jours, et prendre des décisions rapidement, au risque de se retrouver sans formation

Enfin, pas plus que sur les plateformes e-candidat auparavant, les candidatures ne seront anonymisées, ce qui laisse perdurer les possibilités de discrimination, et donc la sélection. Or un récent rapport de l’ONDES a montré qu’à l’entrée en master, la discrimination selon l’origine joue à plein, notamment dans les formations les plus attractives, en droit et en sciences et techniques.

En réalité, cette plateforme présentée comme une amélioration visant à « résoudre le problème de l’offre et de la demande » sert surtout à résoudre le problème du manque de places dans les master en excluant les étudiants. Le but est « d’optimiser l’attribution des places, fluidifier les démarches et permettre une meilleure visibilité des places vacantes au sein des universités ».. Il s’agit donc de « mieux placer » les étudiants, au mépris de leurs choix d’orientation, de leurs difficultés financières et des débouchés professionnels qui correspondent à chaque master. Alors que de nombreux étudiants seront obligés, du fait de cette logique purement comptable, de changer d’académie pour poursuivre leurs études, l’aide à la mobilité pour l’entrée en master en cas de changement d’académie est réservée aux seuls étudiants boursiers poursuivant en master immédiatement après leur licence. Pour les heureux élus qui cocheraient toutes les cases, elle s’élève à seulement 1000 euros, ce qui est loin de couvrir l’ensemble des frais nécessaire à un éventuel déménagement.

Encore une fois, à la suite de la réforme du lycée, de l’introduction de Parcoursup, de l’arrêté licence de 2018, la volonté de l’État est de contrôler étroitement les choix d’orientation des étudiants, empêcher les réorientations et pousser vers la sortie ceux qui n’auraient pas un parcours « cohérent » depuis leurs 15 ans. Le message est simple, il faut se plier dès son plus jeune âge aux diktats du marché de l’emploi et aux besoins des capitalistes.

Créer des places : du « gâchis d’argent public ? »

Le nombre d’étudiants en licence 3 augmente chaque année considérablement : en 2022, la hausse a été de 10%, ce qui entraîne logiquement une augmentation du nombre d’étudiants qui aspirent à continuer leurs études au sein d’un master. 

Or, le nombre de places en master n’augmente pas, ce qui laisse un grand nombre d’étudiants sans formation. Dans sa communication, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) met l’accent sur les 22 000 places vacantes, et présente ainsi le problème comme une désorganisation du système de recrutement, qui laisse des places vacantes en master d’une part, des étudiants sans formation d’autre part. Sylvie Retailleau, ministre de l’ESR, affirme ainsi, dans d’un discours au Sénat : « Les masters de droit sont en tension, mais certaines universités, comme Brest, loin d’être saturées, ne remplissent pas toutes les places offertes. Ouvrir des places ailleurs serait gaspiller l’argent public ! » Et l’argent public, le gouvernement en a besoin pour baisser les impôts du patronat et augmenter les budgets de l’armée.

Dans la même veine, Frédérique Vidal avait promis, en 2021, la création de 4000 places en master afin de répondre à la détresse des étudiants sans formation, particulièrement dans les filières où les demandes sont nombreuses, comme en droit ou en psychologie. Or, dans la mesure où les moyens alloués à l’enseignement supérieur n’ont pas augmenté, ces annonces sont restées lettre morte. Si les rectorats font pression auprès des universités pour que le nombre de places en master ne baisse pas, c’est sans compenser les postes supprimés ou gelés ces dernières années, ce qui revient à épuiser les équipes pédagogiques déjà saturées ainsi qu’à faire baisser, malgré tous les efforts des personnels, la qualité des formations dispensées et du suivi individuel assuré.

Au final, la plateforme « Mon Master » est de fait un outil pour réduire artificiellement le nombre d’étudiants qui se retrouveront sans formation. Savoir si les étudiants sont satisfaits de leur master, ou s’il est même possible financièrement pour eux de déménager pour accéder à la formation, n’est pas le problème du gouvernement. La plateforme fera son premier test cette année. C’est donc toute une génération qui va subir le test, sans aucune garantie d’avoir une formation, et avec des informations qui tombent au compte-goutte. 

L’université de Macron : c’est au service des patrons !

 

Parcoursup et loi ORE, Bienvenue en France, Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPR) : le gouvernement Macron ne cesse d’attaquer les droits des étudiants. Le 13 janvier 2021, devant les présidents d’université, il a redit sa volonté de rendre l’université payante. Toutes ces attaques que le gouvernement prépare et met en place ont un objectif clair : virer les plus précaires des bancs de l’université et calquer les formations universitaires sur les besoins du patronat.

Avec cette plateforme, le gouvernement confirme une fois de plus que l’avenir qu’il construit pour la jeunesse est fait de précarité. Alors que le chômage s’élève à 18% dans la jeunesse, le gouvernement voudrait faire crever les plus âgés au travail, en augmentant l’âge de départ à la retraite.

Luttons pour un investissement massif dans les universités !

En pleine bataille contre la réforme des retraites, la problématique de la précarité étudiante ressurgit dans les assemblées générales qui fleurissent dans les universités. Nous devons revendiquer l’ouverture de l’université à toutes et tous, et la fin des lois sélectives comme la loi ORE à l’origine de Parcoursup, ou encore la plateforme « Mon Master », qui vient renforcer la sélection. Chaque étudiant doit pouvoir étudier dans la filière de son choix. Pour lutter contre la précarité, il est temps d’imposer un revenu étudiant financé par le patronat, à la hauteur du SMIC, condition pour assurer des conditions d’études et de vie dignes.

Il est nécessaire de lier le combat contre la précarité étudiant à la lutte pour un investissement massif dans l’enseignement supérieur, la titularisation de l’ensemble des précaires et une embauche massive de personnels, pour assurer des conditions de vie et d’études pour toutes et tous.

En refusant d’étendre la mesure du repas à 1 euro, réservée à ceux qui touchent des bourses fixées sur des critères restrictifs, le gouvernement nous a montré qu’il ne nous céderait rien sans une vaste mobilisation. Aux côtés du monde du travail, construisons un mouvement étudiant d’ampleur pour arracher des moyens pour l’université, en finir avec la sélection et faire battre le gouvernement en retraite !


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