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Jeunesse

Un très bon début !

Plus de 120 personnes au meeting du collectif contre l’état d’urgence à l’université Paris 8

Correspondants Ce jeudi 11 février, entre 120 et 130 étudiants, enseignants, travailleurs et voisins de l’université de Paris 8, à Saint-Denis (93), se sont réunis pour écouter les témoignages des intervenants et échanger sur l’état d’urgence mais aussi sur le racisme et l’islamophobie ambiants, les violences policières, la déchéance de la nationalité, la répression antisyndicale.

vendredi 12 février 2016

Cet évènement était organisé par un collectif contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, monté il y a un mois sur l’université, initié par des enseignants, rejoint par des étudiants et travailleurs de la fac, ainsi que des militants de Solidaires-Etudiant-e-s (de lutte et démocratique), de la CGT et du NPA.

A la tribune se sont relayés une étudiante et deux enseignantes de Paris 8, des membres des collectifs contre la guerre et contre l’état d’urgence, comme Omar Slaouti, ainsi que des victimes de l’état d’urgence : un assigné à résidence suite à un contrôle au faciès, une étudiante ayant fait partie des gardés-à-vue suite à la manifestation du 29 novembre, et un des habitants de Saint-Denis délogés lors de l’assaut du RAID le 18 novembre.

Pour introduire la discussion, Marine, étudiante en science politique à Paris 8, est revenue sur les conséquences de la mise en place de l’état d’urgence sur la vie quotidienne des étudiants au sein de l’université : présence de l’armée, contrôle des cartes et des sacs à l’entrée… des mesures anxiogènes, qui visent à intimider ceux qui auraient toutes les raisons de se battre pour de meilleures conditions d’études et pour l’accès à toutes et tous à l’université, et augmentent la répression déjà prégnante des mouvements étudiants. Elle a également insisté sur l’encadrement moral et idéologique mis en place dans le système d’éducation, à travers la transmission des valeurs de la « république » tentant ainsi de prévenir de tout esprit critique et contestataire.

Dans sa suite, Nacira Guénif, enseignante de l’université reconnue pour ses élaborations autour des questions de genre et d’immigration, a dénoncé la « carte blanche » laissée à la police et aux forces répressives, dorénavant autorisées à porter leurs armes en dehors du service et qui aura sûrement des conséquences sur « toute une partie de la population, notamment des jeunes qui sont racisés dans les quartiers ségrégués et relégués dans les périphéries urbaines ».

Puis c’est Le témoignage d’Halim qui a particulièrement retenu l’attention faisant le récit de la manière complètement arbitraire par laquelle il avait été contrôlé et pris en photo par la police, en pleine rue et sans avoir son mot à dire, avant de se voir imposer plus de deux mois d’assignation à résidence. Contrôle au faciès bien représentatif de l’islamophobie ambiante, et permettant des interrogatoires allègrement musclés. « on pointe, on fait des gardes à vue, on se fait maltraiter au commissariat, par des petits mots, des gros mots. ‘Ici c’est pas Daesh’, ‘ici t’es pas en Algérie’ ». Une humiliation contre laquelle il revendique le combat pour la dignité.


En plus de cette ignoble illustration du racisme et de l’islamophobie d’Etat, Vanessa Codaccioni, enseignante au département de Sciences Politiques de l’université et auteur de Justice d’exception. L’Etat face aux crimes politiques et terroristes, a rappelé comment l’état d’urgence est aussi en train d’être utilisé contre les militants, et non simplement contre les suspects d’activités terroristes : « on voit très bien depuis le 13 novembre que l’état d’urgence et les dispositions qui ont été mises en œuvre (…) étaient censées toucher soit des gens qui avaient commis des attentats soit ceux dont on était quasiment sûrs qu’ils allaient en commettre (…) Or, ce que l’on voit c’est que les cibles de l’état d’urgence ont été considérablement élargies. Déjà à des individus considérés comme ‘radicalisés’, je mets de gros guillemets parce qu’on ne sait pas très bien ce qu’il y a derrière, et puis des militants ».

Idée incarnée par le témoignage de F., étudiante de Paris 8 qui a fait partie des 174 gardé-e-s à vue suite à la manifestation interdite du 29 novembre place de la République à Paris. Elle a raconté l’encerclement policier des manifestants et la violente répression qui a conduit à ces arrestations, mais aussi les conditions déplorables de la garde-à-vue, les humiliations et les pressions psychologiques subies pendant les 24 heures de cellule, plus encore en tant que femme et personne LGBT, face au sexisme des policiers.

« Un couple avec des enfants (…) [quand la police est entrée] ils ont été obligés de se déshabiller, devant leurs enfants, (…) pour vérifier qu’ils n’aient pas de bombe cachée. Ensuite c’était souvent le pistolet dans la bouche. C’était quand même très violent, ça n’a pas du tout été abordé par les médias (…) la plupart des anciens résidents se sentent humiliés parce qu’il n’y a aucune reconnaissance ». C’est par ces mots que Magid, habitant de l’immeuble de Saint Denis où le RAID a lancé l’assaut le 18 novembre a raconté l’extrême violence des forces de répression envers les voisins de l’appartement où se retranchaient les djihadistes. Après avoir expliqué que certains n’ont toujours pas été relogés (trois mois après les évènements) il a pointé la situation difficile des anciens résidents sans papiers, qui ont carrément reçu des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) après que les forces de police les aient blessés et aient détruit leur logement. C’est pour cela que les anciens résidents lancent un appel à la communauté universitaire : « ce qu’on aimerait c’est que les profs de l’université de Saint Denis et les étudiants mettent en place un système de parrainage. On a 22 sans-papiers, en comptant les blessés, [ce serait bien] que les profs parrainent les sans papiers et éventuellement aussi ceux qui n’ont pas de relogement ».


Les prises de parole de la tribune ont ensuite été largement complétées par la salle. Des étudiants ont témoigné et dénoncé le racisme quotidien, l’augmentation de l’islamophobie notamment depuis les attentats de janvier 2015 et encore plus depuis le 13 novembre. D’autres participants sont intervenus pour pointer qu’à la guerre interne menée par le gouvernement dans le frontières nationales, s’ajoutée les guerres externes qu’il menait à son propre profit, et que c’est l’ensemble de cette dynamique qu’il fallait refuser. Enfin, Flora, militante du NPA de Saint-Ouen, a dénoncé la condamnation à 24 mois de prison, dont 9 fermes de 8 salariés de Goodyear, en expliquant qu’il s’agissait d’une condamnation politique prise par l’Etat alors même que la direction de Goodyear avait retiré sa plainte, et qu’elle était facilitée par le contexte répressif et le tournant autoritaire du gouvernement. Elle appelait en ce sens à faire le lien entre la lutte pour la relaxe des salariés de Goodyear - qui se met en place avec des comités de soutien dans plusieurs villes comme à Saint-Ouen - et la lutte contre l’état d’urgence.

Cette première activité publique du collectif contre l’état d’urgence de Paris 8 a donc été une réussite, qui doit en appeler d’autres. Car elle a confirmé qu’une large frange de la jeunesse, des étudiants, des enseignants et des travailleurs se pose des questions et se propose d’ agir face au tournant répressif du gouvernement. D’autres initiatives auront lieu dans les prochains jours, un meeting central des universités de région parisienne, notamment pour préparer la manifestation nationale du 12 mars pour la levée de l’état d’urgence.




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