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Grève pour les salaires

« Plus rien ne sort de l’atelier ». La maintenance RATP de Sucy-en-Brie en grève pour les salaires

Depuis bientôt deux semaines, les travailleurs du plus grand atelier de maintenance de la RATP à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), qui s’occupent des réparations du RER A, sont en grève pour leurs salaires. Ils exigent 300 euros nets d’augmentation.

mardi 1er novembre

Crédit photo : Les travailleurs de la maintenance RATP en grève lors de la journée de mobilisation du 18 octobre 2022/Révolution Permanente

Les travailleurs du plus grand atelier de maintenance du réseau ferré de la RATP à Sucy-en-Brie dans le Val-de-Marne (94) sont en grève depuis maintenant dix jours. Déjà fortement mobilisés avec leurs collègues d’autres ateliers de maintenance RATP lors de la grève interprofessionnelle du 18 octobre, les travailleurs de l’atelier de Sucy-en-Brie ont décidé de ne pas s’arrêter là. Réunis en assemblée générale le 20 octobre dernier, les travailleurs du site ont voté majoritairement pour la grève reconductible avec pour objectif : impacter la mise en circulation des RER A et B pour construire le rapport de force.

Ce qui a réveillé leur colère et leur détermination, c’est le « chantier prime » que veut mettre en place la direction de la RATP dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des transports publics et qui vise à supprimer des primes qui venaient compléter chaque mois les salaires sur la fiche de paye pour aligner les salaires avec ceux de la concurrence du secteur privé. Comme l’expliquait Renaud, technicien de maintenance sur le RER à Sucy-en-Brie et élu CGT le 18 octobre dernier : « depuis un certain temps on se fait attaquer. La direction a décidé de diminuer nos salaires par le chantier prime ». Une attaque qui engendrerait en moyenne entre 60 et 150 euros de pertes de salaires sur la fiche de paye à la fin du mois, alors que les salaires sont déjà faibles.

Mais les revendications des grévistes de Sucy-en-Brie ne sont pas seulement défensives. En plus de l’arrêt du « chantier prime », les grévistes exigent une augmentation de salaire de 300 euros nets. Leur grève s’inscrit ainsi dans les nombreuses grèves qui se poursuivent dans tout le pays pour exiger des augmentations de salaires supérieures au niveau de l’inflation, comme par exemple, la grève menée par les travailleurs du site Geodis à Gennevilliers.

« Les trains ne sortent plus de l’atelier »

L’atelier de Sucy-en-Brie assure l’entretien de la moitié du parc de toute la ligne du RER A ainsi que l’entretien de matériels pour la ligne du RER B. Si la maintenance est un secteur « moins visible » de la RATP que celui des conducteurs, les travailleurs de ce secteur sont conscients de leur rôle essentiel. « Sans nous il n’y a pas de trains qui roulent non plus » rappelle Gabriel, militant CGT et technicien à Sucy-en-Brie.

Suite à leur assemblée générale du 20 octobre, les travailleurs de l’atelier ont décidé d’entrer dans une grève reconductible qui impacte directement la réparation des trains de la ligne A et leur (re)mise en circulation, afin de construire un véritable rapport de force face à la direction de la RATP pour pouvoir arracher leurs revendications. « On a décidé majoritairement de faire une grève qui impacte directement la production. On fait des demi-journées de grève de 3h30 par jour avec des équipes ciblées » explique Gabriel.

Une stratégie qui devrait commencer rapidement à avoir un impact. Selon le militant CGT, « On est en grève depuis bientôt deux semaines et on a impacté beaucoup de lignes de réparation de bogies [partie du train où sont fixés les essieux et les roues, NDLR]. Les trains ne sortent plus de l’atelier. Plus rien ne sort de l’atelier. »

La casse du service public de transports entamée depuis plusieurs années par la direction de la RATP et l’État avec l’ouverture à la concurrence a considérablement dégradé le secteur de la maintenance qui fonctionne aujourd’hui à flux tendu. Ainsi, de moins en moins de pièces et donc de moins en moins de trains prêts à être remis en circulation sont disponibles en réserves, en « stocks ». « Aujourd’hui avec la logique de profit et de rentabilité qui est celle de l’ouverture à la concurrence, il n’y a plus de trains d’avance, c’est une maintenance au compte-goutte qui est mis en place, au détriment de nos conditions de travail et du bon fonctionnement du service public de transport pour les usagers » explique Gabriel.

Cette situation amène la contradiction de donner davantage de capacité de blocage aux travailleurs de la maintenance. « Cette logique de 1 pour 1, de maintenance au compte-goutte, fait que lorsqu’on se met en grève, les effets se font ressentir plus vite et ça nous permet d’avoir un rapport de force plus important ».

Vers un élargissement de la grève au reste de la RATP ?

Le 22 octobre dernier, un appel intersyndical à la grève a été lancé par les principales organisations syndicales de la RATP pour le 10 novembre. L’objectif affiché est « zéro métro, zéro RER ». L’occasion de frapper ensemble au niveau des différents secteurs de la RATP ? C’est en tout cas ce à quoi aspirent de nombreux travailleurs de la maintenance qui s’étaient mobilisés le 18 octobre, à l’instar de Yoann ouvrier qualifié de l’atelier de Saint-Ouen et militant CGT RATP : « gagner seul c’est pas possible. Le catégoriel ça marche pas. Si on veut arracher de réelles augmentations de salaires ça passe par une lutte massive de tous les secteurs de la RATP ».

Si la coordination des différents corps de métiers de la RATP est essentielle, les journées de mobilisation isolées ne suffiront pas et seule la grève reconductible pourra imposer un rapport de force suffisant pour gagner. Gabriel et ses collègues de la maintenance à Sucy-en-Brie, montrent la voie : « À Sucy on est en grève depuis le 18. Le rapport de force est lancé de notre côté. On va entamer notre deuxième semaine de grève. Le 10 novembre il y aura déjà des trains qui ne rouleront pas. Il faut faire des grèves reconductibles et illimitées, il va falloir tenir dans la durée ».



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