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Débats

80ème édition de la Fête de l’Huma

Plus uni que jamais, le Front de Gauche ?

Jean-Patrick Clech On sait que l’Huma a souvent pris quelque liberté avec la réalité. Le « journal fondé par Jean Jaurès » a aussi longtemps été l’organe central d’un PCF pas toujours très au clair entre propagande et information. A lire les comptes-rendus de la Fête publiés dans L’Huma et à entendre les commentaires des dirigeants du PC, il semblerait que le Front de Gauche sortirait même renforcé du weekend ?

lundi 14 septembre 2015

« Nous sommes tous Grecs », souligne le journal, à longueur d’articles, dans son édition du lundi 14 septembre. Dans son édito, Patrick Apel-Muller glisse, on ne saurait y couper, une citation de René Char, mais commence par saluer Yanis Varoufakis, star de « l’agora ». Sauf qu’à la Fête de l’huma, il y avait ceux pour qui « solidarité avec le peuple grec » rime avec Unité Populaire et Panagiotis Lafazanis et ceux pour qui l’avenir de la Grèce passe encore et toujours par Tsipras et Syriza. Mais L’Huma toujours « dialectique », s’en sort par une pirouette et cite Varoufakis hors contexte : « à gauche, nous devons apprendre que lorsque nous sommes battus, nous ne devons pas nous opposer les uns aux autres ». Nous voilà rassurés.

Alors certes, il n’y a pas eu de « rendez-vous à OK Corral » entre le secrétaire national du PCF et Jean-Luc Mélenchon, ce qui aurait faite les délices des torchons de droite et de la presse en général. Néanmoins, coté rassemblement, ça reste une sacrée cacophonie. A grands renforts de clichés, L’Huma publie de pleines pages avec, en photo, Mélenchon en bras-de-chemise avec Marie-Georges Buffet, Clémentine Autain et Myriam Martin (Ensemble) aux cotés d’Emmanuelle Cosse et Pascal Durand (EELV), Fanélie Carbey-Conte (députée PS) et l’ancien ministre Benoît Hamon, sans oublier Anne Hidalgo. Mais si cet éventail de personnalités « de gauche » recoupe ceux qui font la chasse aux migrants et ceux qui en sont solidaires, ceux qui ont contribué à détruire l’Education nationale comme ceux qui sont contre les coupes budgétaires, les perspectives politiques qui sont tracées par ces acteurs sont des plus discordantes. « Les appréciations sur ce qu’il convient de faire diffèrent encore », notent, avec un doux euphémisme, Sébastien Crépel et Julia Hamlaoui, dans un article dont le titre relève davantage de la méthode coué que d’un relevé de décisions politiques : « le devoir d’unité dans toutes les têtes ».

Mais si ce n’est pas encore l’unité en vue des élections régionales, L’Huma se rassure pour ce qui est du débat de fond, à savoir la Grèce. « Non, Yanis Varoufakis ne s’est pas prononcé pour un grexit et une sortie de l’euro et, oui, il a bien dit qu’Alexis Tsipras était son ami et son camarade ». « L’unité », cet impératif synonyme, chez le PCF, de tout type d’attelage politicien avec qui veut bien gouverner, serait donc sauve ? Si, à cela, on rajoute le fait que Corbyn a remporté les primaires du Pari Travailliste et a « réussi à faire taire la pluie pour un instant », la Fête n’en aurait été que des plus réussie.

Pour les plus de 500.000 jeunes, travailleurs, retraités, syndicalistes et militants qui auront arpenté, trois jours durant, les allées de la Fête de l’Humanité, il faudra néanmoins un autre type d’unité, et une autre politique, pour être à la hauteur de la situation qui s’annonce. Une unité et une politique pour les luttes, mais aussi contre l’ensemble de ceux qui, de prés ou de loin, appliquent ou sont complices de l’austérité.




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