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Débats

Polémique FCPE : Lutte Ouvrière dans la surenchère contre le voile

Au milieu de la polémique contre les mères accompagnatrices portant le voile, les déclarations de Nathalie Arthaud, s’appuyant sur une conception féministe contestable, passent à côté d’une condamnation de la campagne raciste.

vendredi 27 septembre

C’est une affiche de la FCPE qui montre une mère voilée et son enfant pour contrer la tentative de loi discriminante contre les mères accompagnatrices portant le voile. En 24h les réactionnaires de la toile se sont emparés de cette affiche en la détournant comme a pu le faire le leader du Printemps Républicain Laurent Bouvet, coutumier des polémiques islamophobes, à l’image de celle lancée contre la chanteuse Menel dans l’émission The Voice, qui aura fini par quitter l’émission dont elle était la grande favorite.

Après la polémique dans l’université d’été de la France Insoumise, autour des propos d’Henri Peña Ruiz sur « le droit à être islamophobe », c’est au tour de Nathalie Arthaud de susciter la polémique. Invitée sur le plateau de LCI, Nathalie Arthaud porte-parole de Lutte Ouvrière, dont le métier est celui de professeure dans le 93, a été interrogée sur la polémique autour de l’affiche du syndicat de parents d’élèves. Elle a alors déclaré : « dans l’affiche de cette campagne il y a une revendication, c’est la revendication d’avoir la liberté de porter le foulard dans de cadre là. Moi je ne fais pas partie de ceux qui revendiquent le port du voile ou qui le banalisent. Parce que pour moi ce n’est pas revendiquer une liberté, parce que le voile ce n’est pas une liberté. C’est d’abord une oppression. Et c’est l’oppression de la femme. […] Je me bats pour le droit des femmes, pour leur droit à leur émancipation, pour le droit précisément à se débarrasser de ce statut toujours inférieur, je me bats pour que les femmes soient l’égal des hommes. Le voile est le symbole de tout autre chose, d’une soumission, d’une place de la femme soumise, qui doit se cacher… ».

La première erreur que fait Nathalie Arthaud est de plonger tête baissée dans une critique du voile, alors qu’il est question en l’occurrence du droit à pouvoir accompagner des enfants en sortie scolaire. Empruntant au discours bourgeois, qui tend à faire passer les musulmans pour des barbares, comme si le monde actuel était débarrassé du patriarcat, du sexisme et que le niveau d’émancipation d’une femme se mesurait à une question de tissu.

La féministe Sarra Farris dans Les fondements politico-économiques du fémonationalisme explique : « lorsque les migrantes sont mentionnées, elles sont dépeintes en tant qu’objets orientalistes, voilées et opprimées. Le débat public sur le rôle de la migration et sur le statut de l’Europe contemporaine en tant que « laboratoire multiculturel » a bel et bien été dominé par une stratégie discursive insidieuse qui a tendance à obscurcir l’importance de ces femmes en tant que travailleuses domestiques et les représente plutôt comme victimes de leur propre « culture » ».

Bien sûr, si nous ne taxerons pas Nathalie Arthaud de « fémonationaliste », ses propos montrent cependant une lecture complètement erronée du féminisme marxiste et révolutionnaire, et tendent à adopter une position occidentaliste à l’égard des femmes musulmanes. Considérer la femme musulmane comme une femme opprimée et soumise, incapable de lutter pour son émancipation, est une conception qui va à l’encontre du fait de pouvoir unifier notre classe, composée pour moitié de femmes, dont une partie sont des femmes musulmanes voilées, ou non, et qui sont opprimées, discriminées, exploitées par un Etat français raciste et impérialiste.

Mais cela va aussi à l’encontre de l’Histoire des luttes de ces femmes musulmanes. En effet, les femmes musulmanes n’ont pas attendu après Nathalie Arthaud pour lutter. A travers l’histoire les femmes musulmanes ont joué des rôles importants, comme le raconte la féministe Nadal al Saadawi sur les mobilisations des femmes comme en Egypte qui, en lutte contre le colonialisme et les Etats impérialistes, coupaient les lignes téléphoniques et sabotaient les chemins de fer pour bloquer le passage des troupes britanniques pendant les soulèvements de 1919. Mais encore très récemment en 2019 avec les mobilisations en Algérie et au Soudan, avec des milliers de femmes, souvent voilées, qui ont su être le fer de lance de la contestation contre les gouvernements de leur pays.

Sous couvert de lutter pour l’émancipation des femmes voilées, Nathalie Arthaud oublie complètement ce que veulent et ce que disent les premières concernées, à savoir « laissez-nous tranquilles », et qu’il n’est pas possible de décider à leur place.

Même si Nathalie Arthaud se délimite du discours ambiant, en disant qu’elle n’est pas pour interdire le voile dans les sorties scolaires, la globalité de ses propos, ne visent aucunement à lutter contre l’oppression et l’islamophobie dont sont victimes les femmes voilées dans cette nouvelle polémique menée par l’extrême-droite et renforcée par Jean Michel Blanquer. Car toutes ces lois qui visent à limiter les droits des femmes voilées, qui portent atteinte contre un droit élémentaire comme la liberté religieuse, ont pour objectif non la « libération des femmes » mais le dénigrement d’une religion minoritaire mais qui est majoritaire dans les territoires colonisés par l’impérialisme français.

Lutte Ouvrière ne mesure pas la dangerosité d’un tel discours dans une période où la fachosphère et surtout les différents gouvernements mènent une attaque en règle contre les musulmans depuis plusieurs années. Il n’y a qu’à voir comment en très peu de temps, la lutte contre « l’islamisme » est devenue une lutte contre les musulmans et les musulmanes. Dans ce cadre là, c’est le droit des musulmans et musulmanes à exercer librement leur religion que les communistes révolutionnaires devons défendre, car il s’agit d’un droit démocratique élémentaire et parce que les capitalistes alimentent les préjugés pour diviser les travailleurs.

Les propos de la professeure à Aubervilliers, fait fi de toute attaque contre la politique de Blanquer, entre les propos à la rentrée sur « les petites filles musulmanes », ou encore sur son silence lorsque l’extrême droite lance des polémiques sur les théories du genre. Le plus surprenant c’est qu’en tant que professeure dans le 93, elle est censée savoir à quel point ces mères voilées jouent un rôle prépondérant dans l’accompagnement des sorties scolaires, notamment dans les quartiers populaires. Des femmes opprimées par un racisme systémique, qui les cantonne au rôle de mère au foyer ou à un travail de « nounou » pour vivre. Voilà donc la politique du gouvernement qui sous couvert d’« émancipation », les limite à accompagner ou à garder les enfants des autres. Un racisme systémique qui arrange les affaires de la bourgeoisie et notamment du ministre de l’éducation nationale, qui a décidé d’accentuer la fracture déjà présente entre les écoles des beaux quartiers et les écoles de banlieues, rendant le système scolaire de plus en plus élitiste avec la dernière reforme Blanquer. 




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