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Notre classe

La SNCF et le port du masque obligatoire

Port du masque dans les transports : entasser les travailleurs pour redémarrer l’activité économique

Dans un entretien avec Ville, rail et transports, le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, s’exprimait à propos des masques dans les transports. Il demandait leur port obligatoire pour prendre le train à partir du 11 mai. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de limiter la propagation du virus, mais de permettre le remplissage des trains au maximum de leur capacité en se passant des gestes barrières grâce au port du masque. Un non-sens d’un point de vue sanitaire qu’il assume pour des raisons purement économiques. Il convient de dénoncer aujourd’hui cet état d’esprit irresponsable et exiger des mesures réellement protectrices pour les usagers et pour les cheminots.

vendredi 17 avril

Crédit Photo Le Parisien/Yann Foreix

A l’instar de Valérie PECRESSE qui disait ce matin sur France Bleu Paris que « Le port du masque, c’est ce qui protège, et c’est ce qui protège notamment dans un milieu clos comme dans les transports dans lesquels, par définition, il sera difficile de respecter les distanciations sociales », Jean-Pierre FARANDOU déclarait que «  En Ile-de-France, les gens ont besoin du train pour aller travailler. Si on applique cette règle de distance sociale d’1 m à 1,5 m, même avec une offre ferroviaire revenue à 100 %, on ne pourrait transporter que 20 % des voyageurs. Cela montre l’étendue du problème  ».

L’Etat d’esprit est bien de permettre aux usagers de s’agglutiner les uns contre les autres à partir du moment où ils portent des masques... Ceci afin de remplir les trains, le PDG de la SNCF allant même jusqu’à dire avec cynisme que les TGV ne seraient rentables qu’à partir d’un taux de remplissage de 60% ! A l’heure où les hôpitaux sont encore dans une tension extrême avec cette première vague épidémique qui s’est révélée extrêmement meurtrière dans notre pays, en sommes-nous réellement à nous poser la question de la rentabilité des transports ?

Pourquoi attendre le 11 mai pour s’inquiéter des usagers dans les transports ?

Il est frappant de voir que les responsables ne s’inquiètent de la promiscuité dans les transports qu’à compter du déconfinement massif annoncé le 13 avril par Macron. Les images qui nous parviennent montrent déjà des bus, ou des rames bondées au plus fort de l’épidémie et c’est maintenant qu’il faut s’inquiéter de la protection des voyageurs. Ils sont pour la plupart des travailleurs d’entreprises non essentielles qui ont décidé de maintenir ou de reprendre leur activité malgré le confinement sous le regard complice du gouvernement au service du MEDEF.

Et c’est bien là le cœur du problème. Si, comme le dit FARANDOU au-delà de 20% de remplissage la distanciation est impossible, alors il faut limiter ce remplissage à 20%. Les masques (de surcroit non FFP2) ne dispensent pas des gestes barrières. Les usagers se tiennent aux barres, ils s’assoient sur les sièges, se touchent parfois. Seul le respect des gestes barrières et un suivi strict et réguliers des désinfections peuvent permettre de limiter la propagation. Cela ne sera possible que dans le cadre d’un transport raisonné qui se limite aux travailleurs indispensables, pour que l’occupation des rames et des bus soit en dessous de 20%. Il faudrait en préparation de ce déconfinement hiérarchiser les secteurs qui doivent reprendre leurs activités. Il faudra s’imposer le télétravail partout où c’est possible. Il faut dès aujourd’hui indemniser à 100% les travailleurs en chômage partiel. Sans cela ils sont contraints financièrement de reprendre leur activité quitte à se mettre en danger.

M. Farandou protège mieux la rentabilité de son entreprise que ses salariés

En plus de devoir, dès maintenant se soucier de la sécurité sanitaire des usagers, le PDG de la SNCF devrait se soucier de celle des cheminots qui ont poursuivit leur activité depuis le début du confinement et qui sont 10% plus malades que la moyenne de la population.

Il indique, toujours dans l’article de VRT, que les centres de maintenance seront les premiers à devoir se mettre en ordre de bataille pour permettre la relance de la machine ferroviaire. Or pour prendre l’exemple du technicentre de Châtillon, les agents ne seraient toujours pas équipés en masques sans l’intervention de l’inspection du travail. Et il a fallut des droits d’alerte et de retrait partout pour avoir avec beaucoup de retard du gel hydroalcoolique et des mesures de désinfections des trains et des gares. C’est un combat permanent face à une Direction qui fait le strict minimum.

La réglementation SNCF en cas de pandémie (rédigée pour le H1N1 et toujours en vigueur) exige le port de masques FFP2 pour les catégories de personnels en contact avec le public. C’est le cas à la vente, au contrôle, sur les quais et à la conduite. Mais les masques FFP2 ayant été réquisitionnés par l’Etat, les cheminots doivent se contenter de masques chirurgicaux (s’ils arrivent à en être équipés) y compris lors de la prise en charge d’une personne présentant des symptômes. Pour rappel, le masque chirurgical ne protège pas la personne saine de la contamination. La colère gronde autour de cette question et les cheminots n’accepterons pas de se mettre encore plus en danger avec l’augmentation de l’offre de transport et du nombre d’usagers. Les transports sont des endroits confinés où le virus peut survivre sous forme d’aérosol.

Enfin, un mot pour le personnel de nettoyage. Exploités par des entreprises comme ONET, H.REINIER ou DERICHEBOURG ils sont très peu protégés et formés pour faire face, en première ligne, au virus. L’augmentation de l’affluence augmentera la cadence et la dangerosité de la désinfection des rames et des bus. Or, aucune mesure conséquente n’est pour l’instant annoncée concernant le nettoyage et désinfection des gare et du matériel roulant. Nous ne pouvons pas accepter de sacrifier ces salariés sur l’autel de la reprise économique.

Les transports : foyer de contaminations pour nos enfants et leurs professeurs ?

La question se pose pour l’ouverture des écoles à partir du 11 mai. Beaucoup d’enfants devront prendre le bus ou le train. Valérie PECRESSE parle de fournir un masque aux élèves. Encore une fois le masque ne protège pas en cas de grande promiscuité qui sera inévitable dans les transports.

Le personnel éducatif, lui aussi s’inquiète, à juste titre, de devoir emprunter le métro, les bus ou les trains pour se rendre au travail. Ils veulent s’assurer de la désinfection des transports et de la possibilité de maintenir des distances avec les autres voyageurs.

C’est d’une manière générale, les questions que doivent se poser tous les travailleurs qui doivent emprunter les transports. Le gouvernement et les décideurs dans leur ensemble ont perdu la confiance des masses à force de mensonges et d’impréparation face à la crise sanitaire. C’est donc à la base entre travailleurs de différents secteurs que nous devons nous constituer en comité d’hygiène pour contrôler et exiger des mesures de protections adéquates. Cheminots, personnel de l’éducation, parents d’élèves rapprochons nous pour évaluer nous-même si le déconfinement est possible et faisons pression pour reprendre notre activité en toute sécurité pour nous et nos enfants.

Dans tous les cas les salariés du transport refuseront que leur outil de travail devienne le vecteur d’une seconde vague épidémique. Ils agiront en conséquence.




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