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Monde

Mobilisation massive à Porto Rico

Porto Rico, cette colonie étatsunienne en ébullition sociale depuis dix jours

Depuis 10 jours, des dizaines de milliers de manifestants réclament la destitution du Gouverneur Ricardo Roselló. Après son refus d'obtempérer à l'ultimatum fixé à dimanche par les manifestants, la mobilisation de ce lundi a été massive.

lundi 22 juillet

Le 13 juillet, la fuite de centaines de pages de conversations privées à caractère sexiste, homophobe et insultantes envers les victimes de l’ouragan Maria en 2017, entre le gouverneur Ricardo Roselló et ses proches, a entraîné un scandale et une crise politique majeure à Porto Rico. Depuis dix jours, la colère s’est traduite par une mobilisation massive, réclamant la démission du gouverneur. Au plus fort de la mobilisation, mercredi dernier, la manifestation a atteint le siège de l’exécutif ; des affrontements ont alors éclaté et la répression policière a été brutale.

La contestation sociale a attiré des artistes connus mondialement qui ont pris part aux manifestations tels que Ricky Martin, Residente, Bad Bunny, entre autres. Ils ont même composé une chanson qui est devenue « l’hymne de la contestation ».

Ricardo Roselló s’est vu poser un ultimatum, il avait jusqu’à dimanche pour démissionner. Malgré la perte de nombre de ses soutiens, il a affirmé dimanche refuser de démissionner mais a prévenu qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections de 2020 et a quitté son poste de chef de parti. La crise politique s’approfondit et la révolte des Portoricains prend de nouveaux développements.

Une crise aux racines profondes

Le scandale autour des « Ricky Leaks » – comme il est surnommé – n’est cependant que l’élément déclencheur d’un ras-le-bol plus profond et la crise politique se double d’une crise économique et financière de longue date. Depuis la crise de 2008, Porto Rico connaît une période de récession et une crise de la dette, entraînant une crise économique brutale et des conditions de vie toujours plus précaires.

La situation est d’autant plus difficile pour les travailleurs que le pays est de fait, depuis 1898, une colonie des Etats-Unis qui ont imposé un plan d’austérité en juin 2016, visant au remboursement de la dette extérieure. Ce plan, intitulé Loi Promesse, prévoit une précarisation des conditions de travail, des restrictions budgétaires et des privatisations. En effet, bien que les portoricains aient eu l’accès à la nationalité nord-américaine, leur pays reste largement sous un statut colonial où son gouvernement n’a aucun contrôle monétaire, ne peut solliciter l’assistance financière auprès d’autres pays sans l’accord des Etats Unis, entre autres. En même temps les portoricains ne votent pas pour élire le président nord-américain, le même qui peut leur imposer des plans d’austérité, et bien évidemment n’ont aucune représentation au Congrès étatsunien.

Si les portoricains aux Etats Unis restent des « citoyens de seconde zone », dans leur propre pays ils subissent des inégalités insoutenables. Comme l’affirme l’historien argentin Alejandro Schneider dans un article dans La Izquierda Diario : « depuis 1996 [Porto Rico] a perdu la moitié de ses emplois industriels, avec un taux de chômage qui oscille entre 15% et 35% dans le cadre d’un taux d’activité de 40%. Autrement dit, 60% de la population en âge de travailler se trouve en dehors du marché du travail. A cela il faut ajouter que plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. (…) Face à cette situation la principale réponse a été de quitter le pays. Les dix dernières années, plus d’un demi-million de personnes sont parties aux Etats Unis ».

Il faut dire aussi que depuis 2017 et les ravages de l’ouragan Maria, aux tragédies humaines (le bilan, longtemps minoré par le gouvernement, est aujourd’hui estimé à plus de 4000 morts) se sont ajoutées des difficultés matérielles liées à une gestion de la catastrophe naturelle désastreuse. Quelques jours avant les Ricky Leaks, des scandales de corruption ont éclaté. Le FBI a arrêté des membres de l’administration pour détournement des fonds alloués par l’État fédéral américain suite à la catastrophe naturelle.

Un tournant dans la mobilisation ?

La manifestation et la grève de ce lundi, à l’appel des syndicats et autres organisations sociales, entendaient continuer à réclamer la démission du Gouverneur. Toutefois, les revendications prennent aussi un accent social : les demandes des syndicats comprennent notamment le retrait de la Loi Promesse, ayant imposé l’austérité.

La mobilisation a été massive. Les grands centres commerciaux sont restés fermés et Las Americas, la principale autoroute de la capitale San Juan, a été bloquée par les manifestants dès le début des rassemblements, à 9h.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la mobilisation est toujours en cours et elle commence à inquiéter les autorités impérialistes nord-américaines. Le président Trump lui-même a demandé, de façon détournée, le départ du gouverneur Roselló. En effet, la contestation sociale à Porto Rico pourrait remettre en cause beaucoup plus que le gouvernement actuel ; elle pourrait également remettre en question les politiques d’austérité qui frappent l’île depuis une décennie mais aussi le statut colonial et de dépendance du pays.




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