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Politique

En voilà une bonne nouvelle !

Pour Finkie, « avec Nuit Debout, l’islam radical disparaît, l’ennemi, ça redevient la domination, la bourgeoisie »

Il y a des symptômes clairs des changements en cours après six années de reculs et d’atonie sociale. Le point central n’est pas tant l’ampleur de la poussée ouvrière. Les secteurs les plus avancés, qui n’ont pas baissé la garde et qui ont continué à se mobiliser, le 28 avril, puis le Premier mai, et le 3 mai, encore, peinent à entraîner derrière eux les millions de travailleurs qui se disent absolument opposés à la Loi Travail. Mais ce qu’il y a de plus terrifiant pours « nos » gouvernants et leurs chiens de garde, c’est le fait qu’un autre récit est en train d’émerger, notamment au sein du « peuple de gauche ».

mercredi 4 mai 2016

Juan Chingo

Vous avez dit « peuple de gauche » ? Mais de quoi s’agit-il ? D’un conglomérat de secteurs sociaux salariés, mêlés à certaines professions libérales marquées à gauche, où l’on retrouve tout autant les enseignants, certaines catégories de fonctionnaires, des salariés des services, à l’instar de ceux de l’industrie culturelle, mais pas uniquement, et qui ont en partage une série de valeurs et de symboles hérités de la vieille gauche réformiste, mais également du républicanisme hexagonal, allant de la défense de la laïcité à la liberté d’expression.

Ce « peuple de gauche » n’a cessé de se désagrégé, ces dernières années, mais il restait la base sociale et électorale du PS. C’est tout ce qui donnait la stabilité, sur la gauche, au régime réactionnaire et bonapartiste de la Vème République. Néanmoins, la tentative de réforme constitutionnelle sur la déchéance de nationalité et la Loi El Khomri ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La rupture avec l’hollandisme est bel et bien consommée. Pour la première fois depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981 un gouvernement « de gauche » se voit confronté à un mouvement social dur, issu de sa propre base électorale et sociale. C’est cet affrontement inédit qui commence à générer des phénomènes idéologiques qui pourraient avoir de dangereuses conséquences pour la domination bourgeoise bien que, comme nous le disions dans un précédent article, le résultat de la lutte contre la Loi Travail peut accélérer ou, à l’inverse, retarder cette cristallisation politique.

Voilà ce qui inquiète les éditorialistes et autres philosophes à leur solde, à l’instar d’Alain Finkielkraut, dont nous avons analysé les mésaventures Place de la République. Il revient à la charge, sur Europe 1, cette fois-ci, pour expliquer les motifs de son mécontentement : le mouvement, selon lui, est là pour « tuer l’esprit du 11 janvier ». En 2015, toujours selon Finkielkraut, « la France éberluée a découvert la réalité d’un ennemi terrible : l’islam radical. (...) Une brèche a été ouverte dans la vieille vision progressiste de l’histoire. Et Nuit debout colmate la brèche : l’islam radicaldisparaît, l’ennemi, ça redevient la domination, la bourgeoisie, le capitalisme et l’Etat policier ».

Pour se convaincre du changement d’état d’esprit général, rien de mieux que de constater la haute estime dans laquelle les Français tiennent les CRS. Le 11 janvier 2015, le « peuple de gauche » qui avait répondu à l’appel de François Hollande (qui, lui, avait défilé aux côtés d’affreux, de dictateurs et d’autocrates du monde entier), leur avait rendu hommage, opérant ainsi une rupture avec toute une tradition peu ou prou héritée de Mai 68, à commencer par le fameux CRS=SS. Une autre brèche se colmate, aujourd’hui : à l’instar de ces jeunes banlieusards qui exècrent la police depuis des décennies en raison de la répression et de la discrimination systématiques dont ils font l’objet, les CRS et les flics, en général, commencent à être l’objet d’un rejet généralisé. « Tout le monde déteste la police » est en passe de devenir l’un des slogans les plus populaires du mouvement actuel, au point où l’un des principaux « syndicats » du secteur, Alliance, appelle à manifester, le 18 mai prochain, contre « cet acharnement irresponsable à vouloir faire croire que les policiers sont des brutes sauvages qui frappent aveuglément sur la jeunesse » et la « démagogie idéologique qui prône la haine et la violence contre la police républicaine ».

Il est fort probable que « le peuple de gauche » ne soit pas spécialement réceptif au message d’Alliance en raison des centaines d’interpellations, mises en garde-à-vue et procès qui se sont succédés ces dernières semaines, sans même parler des blessures, des fractures et des éborgnements. Cette perte de respect dans l’autorité de la police, voilà l’un des acquis centraux du mouvement actuel qui influera sur les perspectives stratégiques de ce que seront les combats de classe à venir dans ce pays.




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