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Politique

Entre racisme et mépris de classe

Pour LCI, Maître Yassine Bouzrou est un cancre d’origine marocaine

Maître Yassine Bouzrou, avocat de Piotr Pavlenski dans l’affaire Griveaux a fait l’objet d’une présentation inadmissible, raciste et remplie de mépris de classe, sur LCI.

vendredi 21 février

Crédit photo : Capture d’écran vidéo LCI

Décidément, sale temps pour les avocats, du moins pour ceux qui osent défendre Piotr Pavlenski. Les journalistes, qui étaient plus que complaisant avec des Balkany et des Carlos Ghosn, montent au créneau pour défendre l’ancien candidat de la Macronie à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux. Et les avocats en font les frais.

Cette semaine, Juan Branco a saisi le CSA suite à l’interview accusatrice d’Apolline de Malherbe sur BFM-TV. En effet, en guise de conclusion et sans laisser la possibilité à l’avocat de se défendre, la journaliste a déclaré « plus on vous entend et plus on se demande si Piotr Pavleski n’est pas que l’exécutant et vous le manipulateur. »

Cette fois, c’est au nouvel avocat de Piotr Pavlenski, Maître Yassine Bouzrou, de faire les frais du zèle des journalistes de LCI. En effet, mercredi soir, sur LCI, il a fait l’objet d’un portrait pour le moins dérangeant.

On aurait pu penser que sa carrière aurait été mise en avant, lui qui défend avec vigueur la courageuse famille d’Adama Traoré, celle de Zineb Redouane, ainsi que les familles dans le dossier Lactalis et les parties civiles du crash Rio-Paris. Mais non, la rédaction a voulu appuyer sur les origines sociales de l’avocat. Tout est bon pour discréditer celui qui va défendre Pavlenski, quitte à surfer entre le racisme et le mépris de classe.

Sur le plateau de LCI, on le présente comme un avocat au parcours « assez atypique », « né d’une famille marocaine extrêmement modeste » et qui aurait « enchaîné les déboires scolaires ». Il aurait été « viré trois fois de suite jusqu’à rejoindre une école qui accepte bien de lui ouvrir ses portes. » Chose encore plus horrible, il a fait un bac technique après s’être vu refusé un bac L.

Quel est l’intérêt de souligner de tels faits si ce n’est tenter de le décrédibiliser ? Dans un portrait, on aurait pu s’attendre à ce que soit développée la carrière du jeune avocat, mais non, on insiste avant tout sur le milieu populaire et immigré dont il est issu. Comme si cela ne suffisait pas, la journaliste de LCI insiste sur ses échecs scolaires, qui malgré l’adversité dûe à sa classe sociale, a réussi à passer le barreau et à devenir un avocat reconnu.

Histoire d’être encore plus humiliant, le service infographie de LCI a décidé d’illustrer le parcours scolaire de Maître Bouzrou en l’agrémentant d’un bonnet d’âne. Ce qui a visiblement bien fait marrer tout le monde sur le plateau.

Si on ne sait pas vraiment d’où vient le bonnet d’âne comme punition, souvent on l’explique par la volonté d’humilier et de montrer à l’ensemble de la classe à quel point l’enfant puni est bête et têtu, caractéristique supposé de l’animal dans l’imaginaire collectif. On est loin du portrait élogieux que font ses confrères. Il est considéré comme l’un des meilleurs avocats de sa génération selon le magistrat Philippe Bilger. Le Conseil national des barreaux et le barreau de Paris ont annoncé qu’ils aller faire un signalement auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Mais bien sûr, le fait de rapprocher le fait qu’il était en difficulté scolaire dans sa jeunesse et qu’il vienne d’une famille issue de l’immigration et qui plus est populaire, n’est pas anodin. Ces relents racistes et ce mépris de classe sont employés dans le but de discréditer l’avocat et d’invisibiliser tout son travail effectué, notamment autour de la famille Traoré.

LCI n’a pas présenté Éric Dupond-Moretti, dit Acquittator, lors du procès de Balkany, comme fils d’ouvrier issu de l’immigration italienne et qui a été obligé de travailler comme ouvrier, fossoyeur ou serveur pour financer ses études. Le problème ici, c’est que Maître Bouzrou défend celui qui a forcé Benjamin Griveaux, représentant de la Macronie, à se désister à la course pour la Mairie de Paris, et que sa famille est modeste et d’origine marocaine. Ce type de portrait n’aurait pas eu lieu pour un avocat blanc, ayant la soixantaine, et ayant fréquenté les grandes écoles parisiennes.




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