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Pour des logements dignes, 300 exilés sans-abris occupent la place de l’Hôtel de Ville

Jeudi soir, à 20h, 300 exilés sans-abris ont déployé des tentes sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville sur la place éponyme à Paris pour demander des solutions de logement dignes et pérennes.

vendredi 25 juin

Crédits : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

Ce jeudi, l’association Utopia56 a lancé une nouvelle occupation. Ainsi, place de l’Hôtel de Ville à Paris, environ 300 migrants sans-abris accompagnés de l’association ont installé 250 tentes sous les fenêtres de la mairie parisienne. Ce vendredi matin, l’occupation se tenait toujours. Dans un communiqué sorti par Utopia56, il est dit que : “Les personnes sans abri présentes, comme les équipes d’Utopia 56, resteront place de l’Hôtel de ville à Paris tant qu’aucune solution d’hébergement ne sera mise en place.”. Cette action n’est pas sans rappeler les autres occupations qui ont eu lieu dans la capitale pour dénoncer la situation des migrants sans-abris, telle que celle place de la République de Paris en mars dernier, ou encore celle d’une école désaffectée dans le XVIème arrondissement qui avait menée au relogement temporaire de 200 exilés. Ce type d’action est de plus en plus utilisée et permet aux associations de faire entendre leur mot d’ordre : la mise à l’abri de tous les exilés sans logement dans des conditions dignes et pérennes.

Ces 300 personnes sont des familles, des mères seules, des mineurs, mais aussi des travailleurs précaires qui vivent dans des conditions misérables et dans la peur constante de se faire expulser. Ils réclament des solutions de logements pérennes et dignes, comme le montrent les témoignages relayés par un article de 20 minutes : “Diabaté Bandiaba, une Ivoirienne de 29 ans installée dans une tente avec sa fille de deux ans, explique vouloir sortir du cycle d’hébergement pour une nuit « avant d’être remise dehors », qu’elle vit depuis six mois et le rejet de sa demande d’asile. Plus loin, Agnini Kouamé, père d’une fillette de deux ans née en France, ne demande rien d’autre. « On cherche une solution plus longue. A la rue, notre enfant est toujours malade. On est ici parce qu’on n’a vraiment pas le choix », explique cet autre Ivoirien de 41 ans.”.

Comme l’explique Utopia56, ces occupations de place se multiplient pour faire face à la saturation du service d’hébergement d’urgence du 115 alors que l’Etat refuse d’ouvrir des structures de premier accueil des demandeurs d’asile en Ile-de-France. Cette situation impose un passage par la rue plus ou moins long de toute personne arrivant sur le territoire d’Ile-de-France (soit plus de 40 000 par an). De plus, l’association dénonce l’intimidation de la police envers les personnes qui tentent d’apporter leur soutien aux migrants par des nasses et autres violences. Cela va dans la continuité du tournant xénophobe et des lois anti-migratoires du gouvernement, comme le renforcement de la police aux frontières.

Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo en charge de l’accueil des réfugiés, dit vouloir attirer l’attention de l’État “sur la situation des familles demandeuses d’asile sans solution d’hébergement à Paris, dont les signalements se multiplient”. Selon l’article de 20 minutes cité plus haut, l’élu aurait ajouté : “Pour ne pas laisser perdurer cette situation, au risque de voir se reconstituer des campements de grande ampleur tels qu’ils ont pu exister ces dernières années dans le Nord parisien nous demandons qu’une prise en charge des familles puisse être réalisée dans les meilleurs délais”. L’hypocrisie de la mairie de Paris est donc flagrante : l’adjoint de la maire de Paris chargé de l’accueil des réfugiés ne fait rien pour permettre aux migrants sans-abris de vivre dignement. De plus, cette mairie qui se dit “progressiste” a participé à la répression de ces mêmes sans papiers. C’est la même hypocrisie crasse dont fait preuve le ministère des Affaires étrangères dans son communiqué à l’occasion de la journée internationale des personnes réfugiées le 20 juin, qui annonçait “la France réaffirme son engagement en faveur de l’accueil, de la protection et de l’intégration des personnes réfugiées”. Cela alors qu’à l’image de la capitale, les autres préfectures de France mènent également une politique répressive en expulsant les migrants de leurs lieux de vie et les répriment continuellement dans la mesure où l’État français les considère de fait comme des citoyens de seconde zone en ne leur octroyant ni les papiers ni les droits fondamentaux à un travail et un logement digne.

En mettant une certaine pression sur la mairie de la capitale en occupant la place sous ses propres fenêtres, en moins de 24h, des solutions ont été trouvées pour mettre à l’abris provisoirement les occupants. Cependant, rien n’assure que ces solutions soient pérennes et dans des conditions dignes, comme on a pu voir à travers les relogements temporaires des sans-abris qui avaient occupé l’école désaffectée en janvier dernier. Alors que l’État continue sa politique anti-migratoire et sécuritaire qui précarise davantage les migrants, d’autant plus avec la crise sanitaire, il est plus que jamais nécessaire pour nous d’exiger la réquisition de tous les logements vides, la régularisation de tous les sans-papiers, ainsi que l’ouverture des frontières.




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