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Pour l’UL CGT de Dieppe, hôpitaux et usines Renault doivent lutter côte à côte

Ce mardi un premier rassemblement suivi d’une manifestation a été organisé à l’appel de la CGT et de FO devant l’hôpital de Dieppe. Ce sont plusieurs centaines de personnes qui ont répondu à l’appel dans une ville où les colères s’entrecoupent et se ressemblent entre les hospitaliers aux salaires gelés depuis plus de 10 ans et aujourd’hui privés de la prime Covid après avoir été en première ligne de la crise sanitaire, et la menace de fermeture qui plane sur l’usine Alpine de Renault et ses 400 salariés. Nous avons interviewé Mathias Dupuis, secrétaire générale de l’UL CGT.

mercredi 27 mai

Ce mardi 26 mai, à l’occasion des « Mardis de la colère », un premier rassemblement a été appelé devant l’hôpital de Dieppe par les syndicats hospitaliers de la ville, CGT et FO. Un rassemblement après plus de deux mois de confinement et d’une gestion sanitaire contestée, qui a réuni différents secteurs et une partie des dieppois dans la rue. Si Dieppe a été une zone qui a été peu touchée par le Covid, l’hôpital de Dieppe a été très mobilisé et a manqué comme ailleurs de matériel de protection. A l’image des autres centres hospitaliers sur tout le territoire, la détérioration des conditions de travail, de l’offre de soin, ne datent pas de mars 2019 mais remontent à plusieurs dizaines d’années. A toutes ses raisons de la colère, s’ajoute aujourd’hui le fait que les soignants ne seront pas bénéficiaires de la prime Covid de 1500 euros hormis les soignants qui ont travaillé dans le service de réanimation. Une situation que les soignants de Dieppe vivent comme une injustice de plus. Au mécontentement des soignants se superpose l’inquiétude des salariés de l’usine Renault Alpine qui est menacée de fermeture et dont le sort sera scellé vendredi. Mathias Dupuis, secrétaire générale de l’UL CGT de Dieppe nous parle de la situation dans sa ville en ces temps de crise sanitaire, économique et sociale.

RP : Le rassemblement de mardi était une réussite avec beaucoup de monde alors même que l’épidémie n’est pas derrière nous…

Oui, il y a eu plus de 400 personnes au rassemblement et à la manifestation qui s’en est suivie. On n’est pas peu fiers d’ailleurs d’avoir réussi à manifester, dans plein de villes il y a seulement eu des rassemblements. Il y avait des hospitaliers bien sûr et aussi des salariés et syndicalistes d’autres secteurs, de la Métallurgie, EDF, des cheminots, du port, les travailleurs territoriaux, du verre… Il y avait aussi des partis politiques comme Lutte Ouvrière, le Parti Communiste, et des associations comme Attac. La population aussi été présente malgré la crainte avec le Covid. On est fier d’avoir fait cette première manifestation depuis la crise sanitaire et juste à l’appel du syndicat hospitalier.

RP : Dans le rassemblement qui a eu lieu devant l’hôpital de Dieppe les soignants ont mis en avant notamment les revendications suivantes : 15% de hausse des salaires et la prime de 1500 euros pour tous les personnels qui aujourd’hui n’en bénéficient pas. Aujourd’hui dans le cadre du Ségur de la santé le gouvernement a précisé que la revalorisation salariale allait certainement concernée uniquement les aides-soignants et les infirmiers, avec une hausse de 250 euros brut, proche de 10 %. Qu’en pensez-vous ? Faites-vous confiance au gouvernement ?

Vis-à-vis du Ségur de la santé on est vraiment très méfiants et on a aucune confiance. Nicole Notat on n’a pas un très bon souvenir d’elle en 2010. Elle fait partie de ceux qui servent le gouvernement. Ce Ségur on le prend un peu comme une provocation. En même temps on se doutait que le gouvernement qu’il ne pourrait pas ne rien faire. Les discours qu’il a fait pendant la pandémie l’obligeait à faire quelque chose. Mais quand ils font quelque chose c’est comme pour la prime c’est pour sectariser les salariés, les diviser, les monter les uns contre les autres.

La prime on avait entendu parler de 1500 euros pour les soignants et quand le décret est tombé on a vu que c’était pour quelques départements et hôpitaux seulement. Dans certaines régions ce sont seulement certains hôpitaux qui peuvent en bénéficier comme sur la région Normandie où il n’y a que huit centres hospitaliers qui sont concernés et qui doivent choisir quels sont les personnels pour lesquels la prime peut être élevée jusqu’à 1 500 euros. L’hôpital de Dieppe n’est pas dans la liste et c’est seulement le service de réanimation qui pourrait bénéficier d’une prime de 500 euros. Cela revient à privilégier certains salariés par rapport à d’autres. Pourtant la personne qui a fait le ménage est autant concernée que les autres. Dire qu’il y a que quelques salariés qui sont concernés mais pas tout le monde c’est un scandale parce qu’il a fallu réorganiser tout l’hôpital même si nous, et tant mieux, on n’a pas été très touché. C’est une sorte de prime à la mort : si t’as eu des morts t’as une prime, sinon tu n’en n’as pas. Mais les personnels ont été autant mobilisés que les autres : ils étaient présents, ils ont repoussé leurs congés pour pouvoir être disponible n’importe quand. Chaque salarié doit en bénéficier du salarié qui fait le ménage au médecin. Tous ceux qui ont été impliqués de près ou de loin.

Après nous à la CGT on n’est pas pour les primes de manière générale, ce n’est pas compter pour la retraite, c’est ponctuel. C’est une gratification. Ce que l’on revendique c’est surtout une revalorisation des salaires. Depuis janvier 2010 le point d’indice est gelé. On a calculé qu’a minima il faut 15% de revalorisation définitive, dans le sens où ça rattraperait les 1 ou 2% par an d’augmentation du point d’indice qu’on n’aurait pas eu depuis 10 ans. Ce qu’ils promettent c’est inférieur à ça et ce serait seulement pour certains soignants alors qu’il faut pour, tous les corps de métier de l’hôpital qui ont tous des salaires gelés et bas. On demande la revalorisation des salaires pour l’ensemble de la fonction publique !

RP : Le gouvernement a pour habitude de justifier la stagnation des salaires et les mesures austéritaires par la crise économique. Pourtant quand cela les arrange ils trouvent l’argent. Où pourrait-on trouver l’argent pour une augmentation des salaires ?

Déjà si on rétablissait l’ISF (l’impôt sur la fortune) ça ferait 40 milliards. Le gouvernement a promis de débloquer 110 milliards pendant la crise mais il n’y a que 8 milliards qui vont à l’hôpital. Les huit milliards ça va être pour payer les heures supplémentaires et les masques. C’’est une goutte d’eau 8 milliard. Il serait aussi totalement possible de taxer à 10% les dividendes des actionnaires, ça ferait de l’argent qui rentre dans les caisses de l’Etat ou encore mettre fin au CICE pour les grandes entreprises. Cet argent là on doit le récupérer pour les services publics.

RP : Dans votre discours lors du rassemblement vous avez eu un mot pour les salariés de Renault de l’usine Alpine qui est menacée de fermeture. Quel est votre avis aujourd’hui sur les plans du gouvernement vis-à-vis de ce secteur également ?

Pour l’instant pour Alpine c’est en suspens jusqu’à vendredi. Les syndicats sont reçus jeudi et vendredi matin dans les quatre usines concernées on a appris qu’il y aura un CSE (conseil social et économique) exceptionnel organisé à 8 heures du matin et ils devraient donner leur décision après.

L’hypothèse principale selon nous c’est que Renault se dise qu’ils vont faire un chantage à l’emploi, des accords de compétitivité avec 39h payées 35h. On pense que c’est plus ça qu’il va se passer même si on n’est pas à l’abri d’une fermeture. En 2011 ils annonçaient déjà, sur sept sites menacés, la fermeture d’Alpine. Je pense qu’on va avoir le droit au même chantage.

La crise sanitaire sert de prétexte pour la casse sociale et l’accélération de la privatisation partout. On exige la réintégration des services hospitaliers externalisés et le gouvernement dit l’inverse, qu’ils vont tout donner au privé. Le premier ministre a dit qu’une partie du programme d’investissement doit être dédié aux investissements entre le public et le privé. Il ne doit pas y avoir de privé dans la santé parce que la santé n’est pas une marchandise. Avec la chaîne Korian on l’a vu, la privatisation a mené à ce qu’ils se gavent de chiffres d’affaires et en même temps les conditions de travail et de soins se sont dégradées, ça mène à de la maltraitance sur les personnes âgées.

RP : Depuis le début de la crise sanitaire que pensez-vous des positions de la CFDT qui encore aujourd’hui a déclaré prôner des « accords locaux » dans chaque établissement hospitalier ?

Laurent Berger est clairement la caution sociale du gouvernement qui permet au Medef et au gouvernement de raboter les acquis sociaux. Ils sont pour une négociation entreprise par entreprise qui désarme les salariés.

RP : A l’horizon il y a la date du 16 juin, avez-vous au niveau de l’UL CGT un plan de bataille pour cette date ?

Il faut qu’on arrive à aller jusqu’au 16 en maintenant la pression pour faire une grande journée interprofessionnelle le 16 juin avec tous les secteurs : les hospitaliers, l’éducation, Alpine... Pour l’usine Alpine les salariés attendent et sont inquiets de la décision qui sera prise vendredi. Si on perd l’usine Alpine c’est 395 CDI en moins, et aussi tous les intérimaires. Mais dans tous les cas, on ne laissera pas faire. A Dieppe on se mobilise tous les uns pour les autres !




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