Élections dimanche 25 mai

Pourquoi Révolution Permanente ne soutient pas la France Insoumise

Damien Bernard

Pourquoi Révolution Permanente ne soutient pas la France Insoumise

Damien Bernard

Pour les élections européennes du 26 mai, nous avons appelé à voter pour les candidats de LO. Par suite de ce choix, des lecteurs ont exprimé leurs désaccords, certains pointant que la liste LFI était, pour l’heure, le seul choix "stratégiquement gagnant" car seule à même d’exprimer dans les urnes une opposition de gauche face à Macron.

[Illustration : Eustachy Kossakowski, "Le « Panoramic Sea Happening – Sea Concerto, Osieki » de Tadeusz Kantor" (1967)]

Dans cet article, nous développons les raisons de notre choix en pointant nos désaccords stratégiques, politiques et programmatiques avec La France Insoumise et sa liste menée par Manon Aubry.

Pour ces élections européennes, s’il y a bien un vainqueur qui se profile, c’est encore une fois l’abstention. Un récent sondage indique même, qu’en quelques semaines, le taux d’électeurs « certains d’aller voter » est passé de 42 % à 40 %, soit un taux d’abstention qui avoisine, voire pourrait dépasser les 60 %. Tout type d’élection confondu, un nouveau record d’abstention sous la Ve République pourrait être battu le 26 mai. Si la classe politique comme les grands médias cherchent à justifier cette abstention, usant des éléments de langage habituels sur des « institutions complexes et lointaines », c’est pour mieux occulter le discrédit grandissant qui touche l’Union Européenne, ses institutions, ses traités, et plus particulièrement leur caractère des plus anti-démocratiques.

Des institutions des plus anti-démocratiques

Si le discrédit de la classe politique est une coordonnée générale, le fait que le seul moment « démocratique » proposé par leurs institutions européennes soit l’objet de tous les records d’abstention en dit long sur la perception par la population de leurs caractères foncièrement anti-démocratiques.

Et pour cause, ce Parlement européen pour lesquels sont élus des députés remplit en réalité un rôle quasi-accessoire. Pour s’en convaincre, le dernier exemple en date est édifiant : après avoir voté une loi « progressiste », sur le plan formel du moins, sur l’autorisation des biocides, un rapport dévoilé par Libération vient de révéler, deux années après, les manipulations de Bruxelles qui visaient à éroder cette législation. En définitive, l’essentiel des prérogatives de l’Union Européenne est concentré dans le Conseil des chefs d’Etat ou de gouvernement, la Commission européenne, la Banque centrale et la Cour de justice, tous des organes non élus. In fine, le Parlement vient masquer le fait que ces institutions échappent à tout contrôle démocratique.

Une arme, de plus, au service du grand capital

Mais ce qui se cache derrière cette « façade démocratique », dont le caractère brutal a été dévoilée par la crise grecque notamment, c’est qu’en définitive la construction de l’Union Européenne est intrinsèquement capitaliste et, depuis les années 80, néolibérale.

En effet, dès ses débuts avec le traité de Rome de 1957, le processus dit de la « construction européenne » a été placé sous le signe de la « concurrence libre et non faussée ». Ce caractère a été renforcé par l’Acte unique de 1986, le traité de Maastricht (1992) instituant l’euro, puis celui de Lisbonne (2008) qui reprend la quasi-totalité des dispositions contenues dans le traité constitutionnel européen (TCE), rejeté par le référendum de 2005. L’ensemble de ces traités a donné aux Etats-nations un ensemble de mécanismes politiques, juridiques et monétaires permettant d’approfondir et d’accélérer le démantèlement, dans chaque pays, des acquis sociaux et des services publics.

Pour autant, pointer l’Union Européenne, ses institutions et ses traités, comme le seul et unique responsable des politiques austéritaires et néo-libérale est une erreur d’analyse. En effet, si l’Union Européenne s’est dotée d’outils supplémentaires permettant d’aggraver la concurrence entre travailleurs, permettant par là-même d’approfondir un rapport de subordination entre pays du « centre » et pays « périphériques », elle reste, en définitive, pour ce qui est des pays d’Europe occidentale, à commencer par l’Allemagne, la France, l’Italie, voire même l’Etat espagnol, un cadre de coopération des représentants des différentes bourgeoisies nationales, en concurrence.

« Sortir des traités » ? La réponse d’EELV

Au vu de la nature intrinsèquement néo-libérale des traités, tout programme se réclamant de gauche se devrait d’en finir avec l’illusion de toute possibilité de « renégociation » ou de « révision » de ces traités néo-libéraux. Pourtant, ce qui étonne encore, c’est que ces « illusions » sont encore mises sur la table par certaines organisations qui aspirent à incarner le « progressisme » tout en se réclamant « ni de droite ni de gauche ».

En ce sens, l’accrochage entre Manon Aubry et Yannick Jadot, repéré par Politis, lors du débat télévisé le 4 avril sur France 2, est somme toute parlant. « Comment faites-vous la transition écologique, interroge la tête de liste LFI, quand vous avez juste 3 % de déficit ? » La réplique de la tête de liste d’EELV est limpide : « J’espère, madame, que vous serez élue au Parlement européen. Vous verrez que l’on peut faire plein de choses sans changer les traités. Sur la pêche électrique, les énergies renouvelables, le glyphosate, et même l’investissement ». La réponse a le mérite d’être claire : pour Yannick Jadot, la tête de liste EELV, des amendements suffiraient à changer l’« orientation » de l’UE. Somme toute logique pour celui qui appelle ouvertement à l’« écologie de marché ».

Les « traités », la « cause de « toutes nos misères écologiques et sociales » ?

Pour La France Insoumise, la « sortie des traités » est mise en exergue comme un axe majeur de son programme et comme un préalable stratégique. Manon Aubry, tête de liste de La France Insoumise synthétise le propos, dans une interview au Figaro : « À LFI, nous pensons qu’on ne peut pas régler la transition écologique, la justice sociale et fiscale dans le cadre des traités européens actuels. Ils représentent de nombreux obstacles concrets, notamment des contraintes financières. On a par exemple besoin d’investir au moins 30 milliards d’euros par an en France pour atteindre les 100 % d’énergie renouvelable. À cause de la règle des 3 % de déficit, c’est impossible ». Plus encore, dans une tribune publiée sur Libération, intitulée « Sortez des traités, stupides ! », Jean-Luc Mélenchon, explique que pour « commencer un nouvel âge de la civilisation humaine », en finir avec « la concurrence libre et non faussée », il y a une seule solution : « Sortir des traités qui organisent l’Union européenne ». Et il tire le trait : « Toutes nos misères écologiques et sociales ont leur origine dans le contenu de ces traités ».

En pointant ainsi « les traités », aussi responsables soient-ils, comme le premier et l’unique coupable des politiques austéritaires, du chômage au travers l’Europe, c’est une conception plus générale qui est déclinée. Celle où les traités européens auraient « figé toutes les politiques économiques » dans « le dogme de l’ordolibéralisme et de l’atlantisme », mettant ainsi « sous tutelle financière » les « démocraties ». Il s’agirait de sortir des traités pour en quelque sorte restaurer une « démocratie » confisquée par les financiers, Bruxelles et ses complices à leur service, à commencer par Macron et Merkel (mais surtout Merkel, pour l’auteur du Hareng de Bismarck. Le poison allemand).

Dès lors, la logique de discussion qui vise à ériger les traités néo-libéraux de l’Union Européenne comme la source de « toutes nos misères écologiques et sociales » tend à mettre au second plan voire à invisibiliser la responsabilité première des Etats-nations impérialistes d’Europe occidentale, et derrière des différentes bourgeoisies nationales, notamment le grand patronat, dans le démantèlement des acquis sociaux, la poursuite de la casse du service public. En effet, les premiers à être friands des directives néo-libérales émanant de Bruxelles rédigée quasi-intégralement par les nombreux lobbies, c’est essentiellement le grand capital, dont le caractère est devenu essentiellement mixte industriel, commercial et financier, qui est au cœur au cœur du processus aussi bien sur le plan international que national.

Et la bourgeoisie « bien de chez nous » dans tout ça ?

Et pour cause, les industriels français sont à la pointe en termes de lobbying à Bruxelles. Ainsi, Bastamag explique que Total, Engie et EDF dépensent plus de 2 millions d’euros par an en lobbying. Et le secteur industriel automobile français n’est pas en reste. En effet, Michelin, Renault, Peugeot ont même « leurs propres représentants à Bruxelles et sont directement inscrits au registre européen des lobbies ». C’est donc le grand patronat français, loin de ces lobbyistes financiers ou pharmaceutiques souvent mis en exergue, qui œuvre directement à Bruxelles, pour consolider ses positions dominantes, gagner de nouveaux marchés, se doter de nouveaux outils pour dégrader toujours plus les conditions de vie du monde du travail dans le but de défendre et accroître ses profits.

Et si la réforme du rail de Macron est souvent citée en exemple comme une « transcription du 4e paquet ferroviaire » votée à Bruxelles, il faut rappeler que celle-ci est mise à profit, au premier titre, par la SNCF elle-même, qui utilise ses filiales pour privatiser des pans entiers de ses activités. Par le jeu de multiples médiations, c’est en définitive l’Etat, la SNCF et ses filiales privées « de souche » qui sont les législateurs et les exécutants de cette « réforme » sur le dos des cheminots. Le fait que celle-ci soit coordonnée à l’échelle européenne pour une concurrence généralisée permet d’accélérer cette privation sur le terrain nationale. Mais elle n’est en aucun cas le déclencheur en premier ressort. Pour exemple, en 1995 déjà, le plan de « restructuration de la SNCF », à savoir la suppression de quelques 6000 km de lignes, n’était aucunement lié à des « exigences de l’UE ». C’est la grève des cheminots qui l’avait empêchée, avant qu’il revienne en 2018, dans une version remasterisée, avec le rapport Spinetta.

Si les États-nations se coordonnent à une échelle européenne, voire internationale pour mettre en place leurs traités néo-libéraux et leurs directives, les différentes bourgeoisies ont leurs propres agendas néo-libéraux. A l’échelle mondiale, c’est ce dont témoigne notamment la remise en cause du cadre multilatéral des traités néo-libéraux (qui se maintiennent encore pour l’heure) comme conséquence des politiques offensives menées dans le domaine commercial aux États-Unis depuis l’arrivée de Trump. Cela s’exprime aussi à l’échelle de l’Union Européenne où parfois, l’agenda bruxellois peut entrer en contradiction avec les aspirations des bourgeoisies nationales, notamment lorsque qu’un processus de mise en concurrence ou privatisation non « maîtrisé » peut laisser échapper des marchés stratégiques. En ce sens, l’ouverture à la concurrence des 150 barrages hydrauliques français est particulièrement parlant. La Commission européenne a lancé jeudi une procédure d’infraction contre la France afin de faire respecter les règles de mise en concurrence sur le marché de l’énergie hydraulique, et cela n’entre pas vraiment dans les plans immédiats du gouvernement qui compte bien garder la main. Comme l’explique Le Monde, dans le cadre de la vente à la découpe d’EDF, la direction du géant de l’électricité souhaiterait garder « les barrages hydroélectriques, que la France s’est pourtant engagée à ouvrir à la concurrence » dans une entreprise 100% publique.

Sortir des traités pour « construire des champions industriels » ?

Une autre question reste entière, sortir des traités. Mais pour quelle stratégie et pour quels objectifs ? La réponse à la deuxième question est développée de manière limpide par Manon Aubry dans une interview à Marianne. A la question « faut-il réformer le droit européen de la concurrence pour permettre des fusions du type Alstom-Siemens, interdite par la Commission en février ? » La réponse de la tête de liste LFI est sans détour : « Oui. Abandonnons l’absurdité de la ‘‘concurrence libre et non faussée’’ pour avoir des champions industriels français et européens ». C’est cette même vision que Jean-Luc Mélenchon a développé en commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale en septembre 2018, en affirmant que l’« État ne défendait pas assez ses fleurons industriels ».

La stratégie de La France Insoumise peut être synthétisée comme suit. D’un côté, sortir des traités européens dans l’objectif de se défaire de la règle des 3 % de déficit pour opérer une relance keynésienne de l’économie comme développé dans programme l’Avenir en Commun. De l’autre, il s’agit de consolider le poids économique de la France à l’échelle internationale de manière à donner une assise économique à cette relance. Ainsi, selon Jean-Luc Mélenchon, cela passe par la constitution de grands fleurons industriels français à même de faire rayonner la France à l’échelle internationale. En ce sens, la sortie des traités est aussi conçue comme une manière de se donner les mains libres, la rupture avec les traités néo-libéraux ayant pour but de « pouvoir investir dans nos secteurs stratégiques », à savoir être concurrentiel face aux concurrents étrangers. En l’occurrence, défendre le grand patronat industriel français, bien de chez nous, contre la concurrence internationale. Mieux se faire exploiter par un patron hexagonal, privé ou public, d’ailleurs, sauvera-t-il les travailleurs des restructurations, des licenciements ou du chômage ? A moins de penser que les lois du système capitalistes ne valent pas pour la France, pourquoi pas…

Mais il ne s’agit pas seulement de prendre le parti d’un grand patron face à d’autres, mais de défendre des grands industriels, constitués en trusts, qui sont l’une des clés de voute de l’impérialisme français. Pour aller jusqu’au bout de la logique, cela impliquerait, en définitive, de défendre les marchés de l’entreprise française ex-Areva et ses mines d’uranium au Niger dont l’exploitation « engendre des contaminations radioactives de l’environnement et des populations mais aussi épuise les sources d’eau potable non renouvelables ». Défendre les fleurons industriels français, c’est aussi, in fine, défendre le statu quo impérialiste en Afrique, qui passe nécessairement par non seulement la présence de l’armée française, mais aussi les interventions militaires et les guerres sous-jacentes. A ces guerres, pourtant, Jean-Luc Mélenchon entend opposer « la paix ». Mais ce « pacifisme » est quelque peu illusoire, si en l’occurrence il s’agit de défendre le bifteck de l’impérialisme français.

Indépendamment du fait que les « fleurons hexagonaux » n’existent que par le fait qu’en dernière instance la France dispose d’une arrière-cour néocoloniale, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les pays impérialistes en général, certains ont pu être constitués à des moments précis de l’histoire, au sortir de la Seconde Guerre ou dans les années de boom économique, sous impulsion de « l’Etat stratège ». Mais ils ont été créés (parfois avec le soutien du PCF, dans le cadre des nationalisations d’après-45) et ont été démantelés (souvent avec le soutien du PCF et sous la houlette des socialistes, après 1983, notamment, ou sous le gouvernement Jospin) uniquement en fonction des nécessité du capitalisme impérialiste hexagonal, à savoir la défense globale des intérêts du patronat français, tour-à-tour nationalisateur quand il faut savoir l’être, décentralisateur quand c’est nécessaire, ou néolibéral quand c’est le maître-mot.

La « sortie des traités », un nouveau « plan » ?

Si, depuis le début de la campagne, La France Insoumise ne cesse de marteler sa position sur la « sortie des traités », c’est qu’il y a une raison. De « Sortez des traités, stupides ! » de Jean-Luc Mélenchon au « Nous ne sommes pas pour le Frexit » de Manon Aubry, le matraquage de LFI est constant. Le changement de discours est plus prégnant encore chez Jean-Luc Mélenchon. Le leader de La France Insoumise ne dit plus « l’Europe, on la change ou on la quitte » mais « l’Europe, on la change où on désobéit ».

Et si la stratégie du « Plan A/Plan B » fait toujours partie de la panoplie de communication, en somme le « plan B » n’a plus beaucoup à voir avec ce qui est formulé à l’heure actuelle. Théorisée notamment par Eric Coquerel par suite de la capitulation de Tsipras, le premier énoncé du « plan B » précisé dans une résolution du Parti de Gauche avait au moins le mérite de la clarté.

Comme le précise Médiapart : « le programme du Parti de gauche [étant] incompatible avec l’Union européenne telle qu’elle est définie par les traités », il faut un plan A, entendu comme une « désobéissance [aux traités] et [la] construction d’un rapport de force européen pour en finir avec les traités » ; et un plan B, équivalant à « sortir de l’euro et de l’Union européenne ». Dans le détail, le plan B à appliquer « en cas d’échec des négociations » consistait donc à « stopper la contribution de la France au budget de l’UE », et à sortir de l’euro en tant que « monnaie unique » et réquisitionner la Banque de France, et à mettre en place de « nouvelles coopérations avec les États qui le souhaitent ». En somme, ni plus ni moins qu’un « Frexit », différent de celui d’Asselineau ou de Philippot, car soi-disant de gauche, non ?

Dans le cadre des élections européennes, le nouveau « plan B » proposé s’inscrit comme « une stratégie claire et démocratique combinant négociations et désobéissances immédiates autour d’un plan A et d’un plan B » est-il indiqué dans le programme insoumis. Comme l’explique Médiapart, « le plan A est désormais synonyme de « négociations » pour réécrire les traités, et le plan B envisagé comme une « désobéissance immédiate » en utilisant les fameuses « options de retraits » autorisées par l’UE – soit le plan A que proposait le texte du PG en 2015 ».

Un « bougé » pour mieux en revenir à une stratégie plus « classique » d’Union de la gauche

Pour la clarté, assumer ce « bougé » n’aurait pas mangé de pain, ne serait-ce qu’en termes de lisibilité à destination des électeurs, d’autant plus sur une question programmatique des plus complexes. Ce qu’on peut en déduire sur un terrain plus stratégique sur La France Insoumise, c’est un certain assagissement qui est à comprendre comme le résultat de contradictions et des limites stratégiques de cette formation.

Et ce pour plusieurs raisons. D’un côté, en rapport aux conditions plus objectives à savoir le changement de conjoncture (la crise grecque est désormais plus lointaine, la crise du Brexit ne cesse de se prolonger), de l’autre aux atermoiements stratégiques de La France Insoumise, prise en étau entre la stratégie du « populisme » de gauche, ouvert par la séquence présidentielle, et un retour à une stratégie plus traditionnelle d’Union de la gauche, sous l’égide de La France Insoumise, comme en témoigne ses dernier appels à la constitution d’une « fédération populaire ».

En ce sens, ce "bougé" programmatique est une des expressions, en définitive, que la stratégie de La France Insoumise tangue du côté d’un retour à une stratégie plus "classique" d’Union de la gauche contre la stratégie populiste. Que son positionnement recoupe, désormais, les positions du PCF en est une des expressions.

C’est ce que remarque notamment, un article du journal Marianne : « Dans cette campagne des européennes 2019, les positionnements de la France insoumise et du PCF font penser à ce jeu des "sept erreurs" », notant les différences minimes qu’on peut observer dans les deux programmes. L’article continue : « Des lignes politiques équivalentes, à quelques détails près qu’on peine à identifier. Cela n’a pas toujours été le cas, et cette convergence procède d’un double mouvement : un recul en termes de radicalité pour la France insoumise, une avancée pour le PCF ». De son côté, le PCF aime à rappeler « pour une remise en cause des traités européens ‘‘depuis 1957’’ ».

Ce changement de pied est, en quelque sorte, l’expression déformée des limites stratégiques de La France Insoumise, approfondit par le retour de la lutte de classe. Cela n’enlève rien au fait que le « populisme ce gauche » comme l’Union de la gauche, restent toutes deux fonctionnelles au système capitaliste avec lequel elles ne proposent nullement de rompre.

Des Gilets jaunes sur le terrain extra-parlementaire à un retour « aux urnes »… ?

Pour mettre un coup d’arrêt à l’agenda libéral de Bruxelles, Manon Aubry explique que ce sera « une fois au pouvoir » dans le cadre « d’un rapport de force à avoir dans le cadre des exécutifs nationaux » avant de préciser que ce ne seront pas « les parlementaires européens [qui] vont changer les traités ». En somme, les élections européennes ne sont qu’un tremplin en vue des prochaines élections présidentielles, sans quoi il sera impossible de mettre un coup d’arrêt à ce qui causerait, selon La France Insoumise, « toutes nos misères écologiques et sociales ».

« S’ils ne sont pas capables d’entendre ce qui se passe dans la rue, ça doit être dans les urnes » affirmait Manon Aubry sur Public Sénat. Le discours n’est pas nouveau, il vise à canaliser la colère sociale sur le seul terrain électorale. On peut cependant entendre un changement de ton. En effet, il n’est plus aussi simple d’inviter les électeurs à voter pour « économiser des kilomètres de manifestation et de nombreuses journées de grève » comme l’affirmait Jean-Luc Mélenchon mi-2017, après quasiment six mois de manifestations de rue hebdomadaires des Gilets jaunes. Une affirmation d’autant plus difficile à reproduire que si, pour l’heure, les Gilets jaunes n’ont pas défait Macron, le mouvement l’a mis bien plus en difficulté que toutes les manœuvres ou initiatives parlementaires de LFI, qui étaient considérées comme la principale opposition à Macron avant les Gilets jaunes.

De ce point de vue, malgré l’impasse stratégique des Gilets Jaunes, en six mois, les Gilets jaunes ont de leur côté, infligé, en un certain sens, un double recul aux classes dominantes. Le premier face à Macron, en arrachant quelques 17 milliards d’euros, mais aussi face à Bruxelles. Car en obtenant ces miettes, les Gilets jaunes ont mis la France « hors des clous des traités », avec un déficit de 3,1 %, supérieur donc aux 3 % réglementaires. Et Bruxelles ne s’en est pas émue plus que ça. En somme un moindre mal, au vu de la crise ouverte par le mouvement des Gilets jaunes. Une illustration supplémentaire, que face aux agendas néo-libéraux de Macron et Bruxelles, c’est bien sur le terrain de la lutte de classe que le monde du travail et la jeunesse pourra les faire plier.

Contre l’Europe du capital, coordonner nos luttes contre les bourgeoisies nationales

Non, ce n’est pas une réforme, dans le cadre capitaliste, de leur Europe qui peut offrir une issue progressiste aux aspirations démocratiques, sociales et écologiques, exprimées ces derniers mois par des franges importantes du monde du travail et de la jeunesse. Il nous faut en construire une autre, celle des travailleurs et des peuples, au service de nos besoins, une Europe socialiste.

Comme développée dans une résolution politique votée majoritairement au sein du NPA, nous ne défendons donc ni « l’industrie française » ni « nos fleurons industriels » pour « nos capitalistes », mais les intérêts solidaires des travailleuses et des travailleurs d’Europe et d’ailleurs. C’est oublier que l’économie qui se trouve sur le territoire français dépend pour beaucoup non seulement de capitaux extérieurs mais aussi de marchés extérieurs. Les travailleurs ne retireraient aucun bénéfice d’une guerre commerciale entre capitalistes, voire en feraient les frais.

Combattre les divisions entre les travailleurs et travailleuses des différents pays et leur mise en concurrence passera inexorablement par les luttes pour imposer l’égalité des salaires et des conditions de travail, dans notre propres Etats-nationaux mais aussi dans toutes les entreprises, d’Europe et hors de l’Union européenne. Cela ne nous empêche pas de revendiquer l’abrogation immédiate des réglementations qui servent à approfondir et à accélérer cette mise en concurrence (directives sur le travail détaché, traités de libre échange du type CETA) et l’égalité des droits pour tous les travailleurs exploités en France, sans distinction de nationalité ou de pays d’origine.

« Face à l’offensive de Macron, la seule issue pour notre classe est un mouvement d’ensemble, une grève générale au cours de laquelle les opprimés et les exploités prennent leurs affaires en main, s’auto-organisent, et remettent en cause le pouvoir des capitalistes et de leurs gouvernements. Il n’y aura pas de solution institutionnelle ou négociée pour en finir avec l’austérité, au niveau national comme européen », continue la résolution.

Si un tel processus aboutissait en France, amenant au pouvoir un gouvernement des travailleurs, le plus probable serait que l’Union Européenne explose ou se disloque ou, plus simplement, que le territoire qui se retrouverait gouverné par les travailleurs et les classes populaires se retrouver exclu d’office de tout cadre « multilatéral ». Les capitalistes, comme en 1917 contre la Russie soviétique, se mettraient d’accord en revanche pour l’attaquer par tous les moyens nécessaires. Il s’agirait alors de lutter pour l’extension du processus aux autres pays, pour mettre en place des États-Unis Socialistes d’Europe, seuls à même de mettre fin aux rivalités entre les peuples d’Europe et en même temps de transformer ses relations avec le reste du monde, en reconnaissant ce qui leur est dû aux peuples victimes de siècles de pillage colonial et impérial, de domination sociale et politique.

Pour une Europe des travailleurs, le vote Lutte Ouvrière

C’est dans un contexte particulier, où les réactionnaires de tous bords ont pignon sur rue, que se posera la question du vote pour les élections européennes, le 26 mai. Si pour les révolutionnaires, la participation aux élections n’est pas la question cruciale pour un changement radical de société, le bulletin de vote qui sera choisi pour exprimer notre colère n’est pas une question secondaire.

Tout vote pour la liberté de circulation et d’installation des migrants, contre toute forme de protectionnisme, même aux frontières de l’UE, contre toute forme de conciliation avec ceux qui nous exploitent au quotidien, est un vote de combat contre « le nationalisme comme le souverainisme, qu’ils se présentent de droite ou de gauche », comme l’explique Nathalie Arthaud, tête de liste de Lutte Ouvrière, interviewée par Marianne. « En Grande-Bretagne, le Brexit a servi d’étendard aux nationalistes et aux souverainistes. Il sert aujourd’hui d’alibi pour imposer des sacrifices aux travailleurs. Les travailleurs ne reconnaissent pas de frontières entre eux. Leurs véritables ennemis sont les capitalistes. Quelle que soi leur nationalité ».

« Ce ne sont pas les institutions ou les traités qu’il faut changer, c’est l’organisation sociale tout entière. Et c’est pour cela que nous sommes communistes, c’est-à-dire révolutionnaires ». « Nous défendons les Etats-Unis socialistes d’Europe », continue Nathalie Arthaud.

C’est en ce sens que, dans le contexte où le NPA n’a pas pu se présenter, Révolution Permanente appelle à voter, au-delà de nos désaccords sur une série de sujets, pour les candidats de la liste conduite par Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier. Pour revendiquer la liberté de circulation et d’installation, la nécessité et l’urgence, pour la classe ouvrière, de s’organiser et se battre contre les capitalistes dans une perspective révolutionnaire. « Pour résumer, notre patrie c’est l’humanité et notre slogan : « Prolétaire de tous les pays, unissez-vous ! » Le 26 mai, c’est pour Lutte Ouvrière qu’il faut voter et faire voter.

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