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Du Pain et des Roses

Retour aux origines

Pourquoi le 8 mars ?

Le 8 mars : une journée pour quoi ? Pourquoi n'y a-t-il pas de journée des hommes ? La journée de la femme devrait être quotidienne. Achetez des fleurs à votre petite amie. Ils ne vont rien nous donner au bureau ? Ce n'est pas un jour de célébration, c'est un jour de lutte parce que nous nous souvenons des travailleuses qui sont mortes dans un incendie. Quel incendie ?

lundi 8 mars

Beaucoup de choses se disent. Ce qui est certain, c’est qu’à l’origine de la Journée internationale de la femme, on trouve une campagne politique. Celle proposée par les délégués du Congrès national du Parti socialiste des États-Unis, qui s’est tenu en 1908, en faveur du suffrage des femmes. Ils ont alors proposé que le dernier dimanche de février 1909 soit désigné comme Journée de la femme et que des manifestations soient organisées pour lancer la campagne pour le droit de vote.

L’année suivante, en 1910, la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes se tient à Copenhague, où les principaux débats portent sur le suffrage des femmes, la protection sociale des mères et la nécessité d’établir des relations plus assidues entre les socialistes des différents pays. Là, les déléguées allemandes Clara Zetkin et Kate Duncker ont proposé la motion suivante : « En accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat, les femmes socialistes de toutes nationalités organiseront dans leurs pays respectifs une journée spéciale des femmes, dont le but principal sera de promouvoir le droit de vote des femmes. Il sera nécessaire de discuter de cette proposition en relation avec la question des femmes dans la perspective socialiste. Cette commémoration doit avoir un caractère international et doit être préparée avec le plus grand soin. »

La proposition n’a pas fixé de date précise pour cette journée spéciale des femmes. Elle a seulement suggéré que les partis socialistes de différents pays diffusent cette campagne pour le droit de vote des femmes - comme l’avaient fait les Américains auparavant -, montrant que le socialisme international était à l’avant-garde de la lutte pour l’égalité des droits politiques des femmes. Mais cette fois, on a parlé de la Journée internationale des femmes, au pluriel, pour souligner le caractère mondial de l’appel.

Mais un jour, les femmes ont donné naissance à une révolution

Le 8 mars 1917 (23 février, selon l’ancien calendrier orthodoxe russe), les ouvrières russes l’ont commémoré par des manifestations, des grèves et des émeutes pour réclamer du pain et la paix, et contre le régime tsariste : une étincelle qui, au milieu des difficultés de la Première Guerre mondiale, a déclenché la révolution par laquelle la classe ouvrière a pris le pouvoir huit mois plus tard, sous la direction du parti bolchevique.

« Le 23 février était la Journée internationale de la femme. Les sociaux-démocrates entendaient le célébrer de manière traditionnelle : par des assemblées, des discours, des manifestes, etc. Personne n’a jamais pensé que la Journée de la femme pouvait devenir le premier jour de la révolution ». Ainsi commence l’un des chapitres de l’Histoire de la Révolution russe, écrit par Léon Trotsky.

Un tel événement signifiait que, dès lors, le mouvement ouvrier et le socialisme international laissaient cette date immuable.

N’y a-t-il pas eu d’incendie ?

Sur Internet et dans certains livres, on peut lire que cette date commémore un incendie criminel survenu dans une usine textile de New York, supposé avoir eu lieu le 8 mars 1908. On dit que les travailleurs auraient protesté et que le propriétaire aurait fermé les portes de l’atelier avant d’y mettre feu, causant la mort de 129 travailleurs.

Mais ce qui est étrange, c’est que le 8 mars 1908 était un dimanche et qu’aucun journal n’a diffusé la nouvelle de l’incendie, comme d’habitude, car les incendies accidentels étaient très fréquents dans ces vieilles usines. Y a-t-il eu un grand incendie accidentel à New York ? Oui ! Mais c’était le 25 mars 1911, à la Triangle Shirtwaist Company où un grand nombre de travailleuses auraient trouvé la mort Mais si l’on compare les dates, on constate que les femmes allemandes avaient déjà commémoré la Journée internationale de la femme proposée par Clara Zetkin.

La gauche exige qu’on dise que c’est une journée pour les femmes travailleuses, est-ce vrai ?

Si la révolution initiée par les ouvriers du textile en Russie en 1917 a ouvert aux femmes les portes de nombreux droits impensables pour l’époque, l’arrivée de Staline au pouvoir dans l’ex-Union soviétique a fait voler en éclats la lutte pour l’émancipation des femmes. L’avortement a été interdit et la contribution des femmes - en tant que mères et femmes au foyer - à l’agrandissement du pays a été soulignée. Au milieu des années 1930, la Journée internationale de la femme est devenue l’équivalent de la fête des mères dans les pays capitalistes : des cadeaux et des bouquets de fleurs étaient offerts aux mères.
En 1965 et ce par un décret de la bureaucratie stalinienne, le 8 mars a été déclaré jour férié et rebaptisé Journée internationale de la femme active. Une bonne manœuvre de la bureaucratie stalinienne : en dépouillant les femmes des droits acquis pendant la révolution, elle a encore une fois exalté les stéréotypes inculqués par les patriarches de bonnes femmes qui ont des enfants au service de la patrie, en lui assignant toutefois un nom qui sonne plus « à gauche ». Si les socialistes qui voulaient instaurer une journée pour les droits politiques de toutes les femmes l’avaient vue, leur réponse aurait probablement été : « Pas en notre nom, scélérats ! »

Ce que cache un nom

Pour de nombreux groupes féministes, le 8 mars est une journée de lutte pour certains droits des femmes au sein de ces mêmes démocraties capitalistes. D’autres secteurs, de plus en plus petits, continuent à soutenir ce que les staliniens disaient : que l’émancipation des femmes a peu d’importance dans la lutte pour la révolution sociale et qu’elle détourne l’attention de la bataille centrale du prolétariat, qui est contre la bourgeoisie.

Au contraire, le marxisme révolutionnaire reconnaît que non seulement les travailleuses, mais aussi les masses de femmes les plus larges sont victimes de l’inégalité, du manque de droits, de la violence et de la subordination imposés par l’oppression patriarcale. Être 80% des victimes des réseaux de traite, ne pas avoir le droit de décider de son propre corps, gagner 30% de moins que les hommes ou être 75% des analphabètes dans le monde sont des exemples clairs de cette inégalité. Et nous rappelons ouvertement que nous devons aussi combattre le poison du machisme avec lequel, dans cette société capitaliste, les rangs des exploités sont également divisés.

Nous dénonçons le fait que le système capitaliste légitime, reproduit et garantit la subordination des femmes. C’est pourquoi il ne suffit pas d’exiger une plus grande égalité dans une société qui fonctionne sur la base des inégalités les plus profondes, telles que la concentration de la propriété et des grandes richesses dans une poignée de familles qui amassent leurs fortunes au détriment de l’exploitation de millions de salariés, qui ne possèdent que leur force de travail et leur progéniture.

Un féminisme socialiste, pour le pain et pour les roses

C’est pourquoi nous considérons qu’il est de notre devoir inaliénable de promouvoir, dans l’unité la plus large, les luttes des femmes pour les meilleures conditions de vie possibles. Mais notre lutte ne se limite pas à l’extension des droits formels dans le cadre étroit des démocraties capitalistes ; ni aux revendications corporatistes ou économiques de la classe ouvrière. Nous encourageons l’organisation, la mobilisation et la lutte des femmes dans la perspective de la révolution socialiste, pour mettre fin à ce système d’exploitation et jeter les bases de l’émancipation complète des femmes et de la libération de l’humanité.

Pour atteindre ce but, nous faisons le pari que les femmes travailleuses - les plus exploitées parmi les opprimés, les plus opprimées parmi les exploités - mèneront la lutte pour leur propre émancipation, en convainquant leurs frères et sœurs de classe de l’importance de hisser parmi leurs bannières la lutte contre le machisme et, parmi les masses féminines les plus larges, de rejoindre leurs rangs pour renverser le capitalisme patriarcal.




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