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Politique

Pourquoi le monde du travail doit s’inspirer des grévistes de la RATP ?

A la veille d’une nouvelle journée de grève massive contre la réforme des retraites que ce soit dans le secteur des transports ou ailleurs, et après déjà 13 jours de grève, le combat des travailleurs de la RATP semble un exemple à suivre pour la poursuite du mouvement.

lundi 16 décembre 2019

Photo : O Phil des Contrastes

La journée du 17 décembre est un nouveau tournant pour la grève reconductible lancée depuis le 5 décembre, notamment après la démission de la tête de proue du projet de loi sur les retraites : Jean Paul Delevoye et l’entrée en grève de nouveaux secteurs avec l’appel à la grève de la CFDT et de la CFTC au moins pour ce mardi. Le combat s’intensifie et surtout la pression à la démoralisation avec l’offensive actuelle des médias et du gouvernement sur une possible « trêve de Noël ». Pour le contrer, retour sur le secteur à l’avant-garde de cette mobilisation et sur sa combativité à toute épreuve : les agents de la RATP.

Avant le 5 décembre, il y a eu le 13 septembre

Si la grève, qui a commencé depuis le 5 décembre, a existé c’est d’abord suite à l’appel par les agents de RATP le 13 septembre, après une journée de grève sectorielle très suivie, avec des taux de grève impressionnant, pour une grève illimitée contre la réforme des retraites. Si les syndicats ont suivi un à un cette date c’est avant tout suite à la pression de la base et en raison de la détermination des grévistes de la RATP, suivie d’ailleurs de celle des cheminots avec la pose d’un « droit de retrait » suite à l’accident d’un TGV ou en « grève sauvage » pour revendiquer de meilleures conditions de travail dans les technicentres. De fait, l’effet « gilets-jaunes » s’est ressenti dans de nombreux secteurs, avec notamment la grève du bac chez les professeurs ou la longue grève dans les urgences et est aujourd’hui très visible dans la mobilisation des travailleurs de la RATP. La radicalité qui s’exprime dans ce secteur est très importante et s’est vue dès le 13 septembre mais surtout dans la ténacité du mouvement qui a débuté depuis le 5 décembre, avec un noyau dur de la grève qui ne faiblit pas.

La reconductible n’est pas un mot d’ordre en l’air lorsqu’il repris par les grévistes de la RATP et la persistance de l’encombrement des transports le montre. Pour le 17 décembre les taux de grève vont même connaître un nouveau saut et le blocage du pays va s’intensifier. Et cela grâce à la force des militants de chaque dépôt ou ligne qui ont fait un travail de fond pour engager un maximum de leurs collègues à faire grève et empêcher les directions syndicales de se contenter de négocier avec le gouvernement.

Blocages et droit de retrait

De fait, les méthodes de grève choisies par les travailleurs de la RATP renouent avec les traditions les plus combatives du mouvement ouvrier et poussent les cheminots à, eux aussi, radicaliser leur lutte. Certains sont ainsi allés aider les grévistes aux dépôts Fontenay ou Lebrun ce lundi matin. Depuis la semaine dernière, les agents RATP de différents dépôts de bus ont ainsi appelé les étudiants et les professeurs à venir les aider à bloquer la sortie des bus conduits par les cadres ou les non-grévistes. Ces blocages, plus ou moins réussis à cause d’une forte répression policière, montrent la volonté des travailleurs en grève de ne pas plier malgré les intimidations de leur direction et de court-circuiter les obstacles à la grève totale. Sur les piquets, la détermination des grévistes ne s’arrête pas aux blocages, ils sont aussi en permanence présents sur les autres fronts de lutte de leur quartier. Certains vont voir les lycéens qui bloquent, d’autres passent rencontrer des cheminots, etc.

La semaine dernière malgré la pluie, le peu de sommeil et surtout la police, les grévistes et leurs soutiens ont réussi à bloquer notamment 7 dépôts lundi pendant la matinée, empêchant ainsi la circulation de nombreux bus. Suite à la forte répression subie par les bloqueurs à Pavillon-sous-bois, qui a provoqué une blessure à la côte d’un des machinistes, les non-grévistes se sont tous mis en « droit de retrait » et aucun bus n’est sorti du dépôt de la journée. Une preuve de la possibilité que d’autres secteurs de la RATP rejoignent eux aussi la grève, notamment aux dates clés comme le 17 décembre.

Un combat pour l’avenir !

Ces journées de grève actives sont la preuve de la force de ce secteur de la lutte qui est prêt à tout pour obtenir le retrait et même au-delà. De fait, à la RATP ce n’est pas seulement de la réforme ou même de sa situation en propre dont on parle mais bien de la société que l’on veut laisser à ses enfants et de l’avenir qui nous est promis si on continue de laisser passer les contre-réformes des gouvernements néolibéraux. Comme le disait Adel, conducteur de RER, « Moi-même le mec qui va naitre en 2026 je veux qu’il ait une retraite décente et qu’il bosse pas jusqu’à 70 ans ». Les annonces d’Edouard Philippe n’ont pas convaincu ni même démobilisé car le combat qui est aujourd’hui mené va au-delà. Faire grève c’est aussi le moment de se rendre compte de la vie qu’on mène, de discuter des difficultés et de penser à comment on améliore nos vies.

Les travailleurs parlent de leur quotidien, du pourquoi de leur combat, Fred, machiniste, explique « c’est pour nous, mais c’est pour l’ensemble de la population » car « tout le monde a le droit d’avoir un avenir ». Contre la possibilité d’un combat sectoriel revendiqué par certains syndicats ou la propagande divisionnaire du gouvernement, les grévistes rappellent chaque jour qu’ils se battent pour tous et pour que personne ne perde ses acquis sociaux. Avec les étudiants, les professeurs, les postiers et autres secteurs venus en soutien, des liens de solidarité importants se créent pour penser ensemble comment combattre Macron. Au dépôt de Flandres, les femmes grévistes ont même trouvé un moyen à travers la grève de raconter l’oppression spécifique qu’elles subissent et de partager les souffrances qu’elles vivent en tant que femmes travailleuses.

Pas de négociation, le retrait total !

Alors que le gouvernement tente de faire faiblir le mouvement par l’intermédiaire du prétexte de la « trêve de Noël », Edouard Philippe arguant même qu’il « faudra que chacun prenne ses responsabilités. Je ne crois pas que les Français accepteraient que certains puissent les priver de ce moment » et que la CFDT, qui a rejoint la date du 17 parle d’accepter de reporter la lutte à janvier, les grévistes de la RATP sont un exemple pour les autres secteurs en lutte. Une grève radicale et offensive c’est ce dont a peur le gouvernement. Et surtout de grévistes qui refusent l’agenda politique des syndicats et toute négociation jusqu’à l’obtention du retrait de la réforme.

Les cheminots, pour certains encore pris dans le poids des défaites successives, et dont la bureaucratisation des cadres d’auto-organisation sont un danger pour la poursuite de la mobilisation, ont tout intérêt à suivre cet exemple. Mais aussi tous les secteurs qui sont aujourd’hui en lutte et qui verraient dans leur rang une baisse de moral, normale à un moment charnière de la grève entamée jeudi dernier. Quant aux grévistes de la RATP ce sont des méthodes d’auto-organisation plus avancées du secteur des cheminots qu’ils pourraient s’inspirer, afin d’empêcher toute possible reprise de leur grève par la démoralisation et les négociations syndicales. Plus les grévistes auront des cadres pour porter eux même leurs revendications et leur agenda de lutte moins la récupération de la grève sera possible. De nombreux dépôts ont d’ailleurs ouvert leurs propres caisses de grève, ce qui constitue un appui important pour permettre la victoire à ceux qui aujourd’hui mènent le combat de choisir par eux-mêmes le jour où ils voudront l’arrêter.

Le 17 décembre constitue une date nouvelle pour aller encore plus loin dans la lutte et la rejoindre. Jeunes, travailleurs, chômeurs, tous les secteurs sont attendus et peuvent se battre aujourd’hui ensemble contre le gouvernement ! Ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie, le blocage actuel de Paris le montre bien et si la grève se généralise le gouvernement ne pourra pas tenir !




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