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Maltraitance animale

Poussins écrasés, camions non aérés : à Geodis Calberson, maltraitance animale et conditions infernales

Poussins écrasés sous le poids des marchandises, trajets pendant des dizaines d'heures dans des camions non aérés : voilà le lot des animaux qui sont transportés par l'entreprise de livraison Geodis. Sur le site de Geodis Calberson, où une grève a éclaté le 17 octobre pour la hausse des salaires, les travailleurs dénoncent cette maltraitance animale ainsi que les conditions de travail que cela signifie pour eux.

vendredi 11 novembre

Pour soutenir les grévistes de Geodis à Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !

Depuis le 17 octobre, les travailleurs de Geodis Calberson, service de livraison par camion possédé par la SNCF, sont en grève. Les grévistes, qui assurent principalement des déchargements et chargements, font face comme les autres travailleurs à l’inflation et demandent des hausses de salaire à la hauteur.

Principalement issus des quartiers populaires, de l’immigration, souvent intérimaires ou à contrats précaires, avec des revenus déjà très faibles, ces travailleurs et travailleuses sont en plus obligés de travailler dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses au quotidien. En plus des expositions à des matières toxiques ou explosives sans protections adaptées, ils font également face... à des animaux vivants, transportés dans des conditions exécrables vers leur lieu d’élevage, de vente ou de consommation. Les témoignages parmi les travailleurs des quais sont nombreux. Poussins écrasés sous le poids des marchandises, trajets et stockages pendant des dizaines d’heures dans des camions non aérés, impossibilité pour les ouvriers de les nourrir…

Geodis France Express possède en effet l’exclusivité des transports d’animaux en France. Entre janvier et septembre 2022, plus de 18 600 animaux ont été transportés par l’entreprise, principalement en provenance de Lille ou des différents hub portuaires, pour ensuite être distribués partout en France. Sans surprise, la vie et les conditions de transport des animaux passent à la trappe devant les profits du patronat. De même, si des règles sont censées encadrer le transport des animaux, force est de constater que la direction n’en a que faire. En vérité, les ouvriers n’ont aucunement les matériaux, les outils, ou tout simplement le temps pour transporter les animaux avec un traitement approprié et sans danger, provoquant, en même temps que des conditions de travail déplorables et inhumaines pour eux, une maltraitance cruelle et souvent fatale pour les animaux.

Moussa, délégué du personnel CGT et gréviste du site de Gennevilliers, témoigne des situations quotidiennes désastreuses dans lesquelles se retrouvent les travailleurs :

« Tout ce qui est règlement pour les animaux vivants, pour les matières dangereuses, on fait tout à l’envers, on a pas le choix, sinon ça leur coûte plus cher. Ils mélangent les animaux avec les matières dangereuses, inflammables, explosives. Souvent quand les camions roulent, les marchandises tombent et écrasent les animaux. Les conducteurs ne savent pas ce qu’ils ont, ils prennent un dos d’âne, un trottoir, si y’a des animaux ou quoi, c’est eux qui prennent, sans être attachés, avec d’autres colis qui les écrasent… Les camions standards transportent en effet les animaux comme n’importe quelle marchandise, sans respect des conditions météorologiques, par canicule ou températures négatives. »

« On essaye de parler, de faire remonter les problèmes mais ils [la direction] n’écoutent pas. Quand on a des animaux morts, on est obligé de les expédier avec les vivants, c’est la procédure qu’on nous impose. Soi disant on a du matériel, des gants pour transporter les animaux et le matériel dangereux mais les chefs ne nous les mettent pas à disposition. Nous, quand on voit un colis qui fuit ou qui coule, dangereux ou inflammable, on n’y touche pas. Les intérimaires eux, n’ont pas le choix, sinon ils se font virer directement » ajoute Moussa.

Le gréviste poursuit : « Pendant un moment on avait la chasse, des faisans, des sangliers, ils les vident, ils l’attachent sur la palette. Nous on a pas le choix, quoi qu’on a, on doit décharger. On reçoit des armes, des munitions, des pétards, tout ça c’est mélangé avec les animaux vivants dans les camions, ça explose, ça explose pas, ils s’en fichent. »

« Tout le temps y’a des chiens qui pleurent, des bébés d’un mois, deux mois, sans manger, tout seul dans le camion il a peur. Quand il nous voit il pense qu’on va le faire sortir donc il pleure, nous on a pas le droit de le toucher. Dans des cartons, des petites boîtes, ils arrivent à mettre 40-50 poussins, parfois on retrouve la moitié écrasés, ils se font manger par les autres, et on nous demande de laisser et de les charger comme ça, c’est vraiment dur », finit Moussa.

Une maltraitance animale généralisée, entraînée par des conditions de travail exécrables au profit du patronat. Les témoignages des travailleurs ainsi que les discussions sur le piquet montrent qu’au-delà des risques et de la pénibilité physique, cette dimension de leur travail les atteint fortement et qu’ils en sont les premiers écœurés. Face à un patronat qui méprise toute forme de vie pour assurer toujours plus de profits et une augmentation des cadences, seul un rapport de force à l’image de celui instauré par les grévistes de Geodis Calberson permettra de remporter la victoire !

Contactée par Révolution Permanente, la direction de Géodis n’a pas donné suite à nos propositions d’interview.



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