^

Notre classe

Aéronautique

Première grève chez Satys Cornebarrieu : "on mérite de vraies hausses de salaires !"

Chez le sous-traitant aéronautique Satys Cornebarrieu, près de Toulouse, spécialisé dans le traitement de surface, les conditions de travail sont rudes et les salaires sont bas. Comme dans le reste de la filière, la direction a fait peser le poids de la crise sur le dos des salariés. Aujourd’hui, alors qu’on vante partout la "reprise économique" du secteur, les salaires n’augmentent pas.

lundi 7 février

A l’image de nombreuses entreprises depuis quelques mois, une grève sur les salaires s’est lancée, une première chez ce sous-traitant.

"Tout augmente sauf les salaires". Des pleins d’essence qui dépassent les 100€, des factures de gaz qui explosent, mais des négociations salariales qui accouchent de minuscules augmentations. Cette situation a donné lieu à de nombreuses grèves pour les salaires, chez Decathlon, Leroy Merlin, Labeyrie et bien d’autres.

Dans l’aéronautique aussi, les salariés ont subi plans de licenciements, des APC ou des gels de salaires, puis doivent aujourd’hui assumer les remontées de cadence avec des effectifs réduits et des bas salaires. C’est ce qui a donné cet été les grèves de Daher, des AHG ou encore de Satys à Marignane, près de Marseille.

On pourrait penser qu’un salarié de l’aéronautique, avec un certain niveau de qualification, est plutôt bien payé. Les grévistes de Satys expliquent le contraire. De nombreux ouvriers, malgré un niveau de compétences important et une ancienneté de plus de 20 ans parfois, touchent moins de 11€ brut de l’heure, à peine au-dessus du SMIC. Serge, délégué syndical CGT, l’explique dans cette interview : « Certains sont payés moins de 11€/h après 25 ans d’ancienneté ! »

Ces bas salaires s’accompagnent de dures conditions de travail : si les peintres ont des chauffages dans leurs cabines, en cas de panne, il faut travailler en dessous de 10 degrés, en étant statique, et alors que sur de nombreux postes, les salariés doivent mouiller les pièces et se retrouvent eux aussi trempés. L’été, sous la taule, on dépasse les 40.

La direction ayant gelé les NAO l’an dernier sous prétexte de crise, la délégation CGT, majoritaire à Satys, avait commencé cette année par revendiquer 8% d’augmentation et d’autres mesures comme un treizième mois, que les salariés ne touchent pas.

Suite au refus de la direction, les syndicats minoritaires CFDT et FO avaient signé une augmentation de 2.5%. Mais étant minoritaires, ils ne peuvent pas l’imposer. La CGT du site a donc appelé à une assemblée générale où de nombreux travailleurs sont venus. Ceux-ci, malgré la présence de la direction dans l’assemblée, ont voté la grève. Aujourd’hui, les grévistes revendiquent une augmentation de 3%, en plus des autres mesures. Mais même ça, la direction ne veut pas en entendre parler. Celle-ci a même menacé de re-descendre à 2% si une grève était lancée.

Ce lundi à 7h30 du matin débutait donc la première grève des Satys de Cornebarrieu, réunissant sur le piquet les grévistes des équipes de matin et d’après-midi, soit une bonne vingtaine de personnes. Très vite, les grévistes se sont adressé à leurs collègues non-grévistes pour les convaincre de rentrer dans la bataille. La grève ayant été reconduite pour ce mardi, Olivier Gidel, élu CSE CGT, explique qu’on "devrait y voir quelques nouvelles têtes".

Il poursuit : "le moral des grévistes était très bon aujourd’hui, malgré le sale temps et les pressions de la direction, on a montré qu’on pouvait faire grève, et on a reconduit à l’unanimité la grève, dans une assemblée qu’on a fait en fin de journée".

De son côté, la direction a choisi de faire la morte et de ne pas s’adresser aux grévistes, pensant peut-être laisser pourrir facilement le conflit. Mais les grévistes sont déterminés et ne comptent pas en rester là. Leur situation correspond à celle de nombreux ouvriers de la filière, et pourrait être un exemple qui invite beaucoup d’autres à les imiter.

C’est cette perspective que les patrons d’Airbus et des sous-traitants craignent, eux qui s’étaient habitués à des ouvriers divisés entre Airbus et des dizaines de sous-traitants, entre travailleur en CDI et intérimaires, et à des ouvriers qu’ils pensaient éternellement dociles et malléables.

Les grévistes de Satys ont relevé la tête en ce début février, ils méritent la victoire !



Mots-clés

mouvement ouvrier   /    Grève   /    Aéronautique   /    Notre classe