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Guerre sociale

Première saignée sociale pour Borne : Vallourec supprime 320 emplois et ferme le site de St-Saulve

Vallourec finalise sa saignée dans le monde de la métallurgie avec une suppression de 3000 postes dans le monde dont 320 en France et la fermeture totale du site de Saint Saulve. Le premier plan « social » sous le nouveau gouvernement de Borne qui promet une véritable guerre au monde du travail et contre lequel il faudra construire un véritable plan de bataille.

jeudi 19 mai

Crédit photo : © FRANCOIS LO PRESTI / AFP

C’est ce mercredi que le groupe Vallourec a annoncé son nouveau plan de restructuration d’ampleur, visant à dégager encore plus de bénéfices. Pour cela, la méthode est classique : réduction des effectifs et délocalisation. Alors que le groupe français vient de réaliser 916 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce sont cette fois près de 3 000 emplois qui vont être supprimés.

La plus grande casse sociale sera côté allemand, là où sont produits une partie des tubes sans soudures avant d’être acheminé dans d’autres usines de finition. C’est cette dernière tâche que réalisaient les lamineurs de Saint-Saulve dans le département du Nord qui sont aujourd’hui remerciés par le groupe. On parle ici de près de 100 personnes. En ajoutant le reste de la restructuration en France, c’est une centaine d’autres postes qui seront supprimés à Aulnoye-Aymeries, le reste se répartissant entre le centre de services partagés de Valenciennes et le siège du groupe. Au total en France, 320 travailleurs et leur famille sont aujourd’hui mis à la porte par le géant de l’aciérie.

Alors que le groupe a entamé sa casse sociale d’ampleur depuis 2014 et que Macron lui-même assurait en 2015 que les sites ne seraient pas fermés, on se demande bien quel nouveau mensonge la nouvelle première ministre Élisabeth Borne va pouvoir avancer pour en-caché cette nouvelle désindustrialisation.

Une lente destruction à coup de PSE et délocalisation

En réalité, ce n’est pas la surprise qui domine dans cette affaire, mais plutôt la colère. Le groupe Vallourec s’est illustré depuis près de 10 ans par une liquidation de l’industrie et du secteur des tubes en aciers qu’il domine pourtant dans le monde.

À l’instar de l’usine de Saint-Saulve qui vient d’être condamnée ce mercredi, le journal La Voix Du Nord retrace parfaitement dans un schéma la catastrophe organisée :

Graphique de La Voix du Nord

En 2014 le site comptait plus de 1 400 travailleurs et les PSE successifs en ont épargné seulement une centaine ces dernières années avant l’annonce de la fermeture de ce mercredi. Au-delà de ce seul site, le groupe a orchestré un désastre social sur l’ensemble du territoire.

Restructuration après restructuration, ce sont en effet des milliers d’emplois massacrés et toujours plus de précarité, comme avec la revente de l’autre site de Saint-Saulve devenu Ascoval dont Vallourec s’est finalement débarrassé. Au total depuis 2014, Vallourec a détruit la vie de plus de 7 000 travailleurs à travers le monde.

L’activité du groupe a été parfois mise à mal par les crises pétrolière et gazière qui sont les principaux acheteurs de ces tubes en acier, mais les travailleurs pointent de leur côté un optimisation bien ficelée de la destruction de chaque site, l’un d’eux confiant à Usine Nouvelle qu’« on nous appelle même pour faire des heures supplémentaires, alors que nous sommes en activité partielle longue durée  ». Partout, la logique du profit prime, et le groupe réduit encore ses activités sur le territoire pour délocaliser là où les conditions sont plus appropriées pour exploiter les travailleurs.

La même musique de dénonciation et négociation

Une fois de plus, un large spectre de responsable politique vient dénoncer plus ou moins fermement la nouvelle restructuration du groupe. Encore et toujours les mêmes larmes de crocodiles qui par la suite organisent des réunions avec la direction de l’entreprise en question, haussent parfois le ton publiquement et regardent tranquillement fermer les sites, les uns après les autres.

Une complicité caractérisée par le fait que ces politiciens soutiennent en réalité des logiques économiques qui vont toujours dans le sens des patrons. Dans ce cas, il faut rappeler que l’Etat a été l’actionnaire majoritaire de Vallourec à travers la BPI (Banque Publique d’Investissement), avant de se retirer au profit de fonds d’investissement américain (Apollo et SVP). Le tout en offrant toujours d’énorme sommes dont les travailleurs n’ont jamais vu la couleur. Dernièrement, la BPI avait par exemple effectué un prêt garanti de 262 millions à Vallourec.

Ce nouveau PSE symbolise tout l’accompagnement de l’Etat dans la casse de l’industrie et de ses travailleurs. Borne a déjà démontré par ses activités précédentes qu’elle irait dans ce sens et sa nomination n’annonce évidemment aucune inflexion sur ce terrain.

Par ailleurs, c’est aussi le symbole de la politique des directions syndicales qui n’ont pas entrepris de construire la riposte face à ces attaques en chaîne alors même que le soutien et la solidarité étaient au rendez-vous. Dans la presse depuis l’annonce de mercredi, il est souligné que « les conditions de départ sont parties pour être dignes  » selon un syndicaliste de Force Ouvrière, s’appuyant sur les propos du PDG de Vallourec qui affirme cyniquement que «  Nous agirons en employeur responsable ». La configuration semble annoncer des négociations sur les primes de départs, laissant la question de l’emploi et d’une bataille pour ces derniers dans les placards.

Aujourd’hui, la gauche institutionnelle continue de promettre un changement par la voie électorale, à l’image de Fabien Roussel qui était ce jeudi matin sur le site de Saint-Saulve pour constater l’échec au mieux. Les interpellations et réunions ne suffisent jamais pour arracher un maintien des emplois ou toutes autres avancés de notre camp social. C’est pourtant la voie dans laquelle les directions syndicales s’avancent encore et toujours aujourd’hui, avec notamment la volonté de « co-construction » annoncé par Laurent Berger ce jeudi matin.

Il s’agit de mettre en place des plans posant des objectifs de batailles concrètes, avec des méthodes d’organisation à la base, garantissant que les travailleurs et leurs soutiens puissent décider réellement de ce qu’ils veulent pour leur avenir. Face à ce qui est présenté comme une fermeture « inévitable » à Saint-Saulve aujourd’hui, il faut urgemment ré-ouvrir les discussions autour de la stratégie que l’on veut adopter face à la seconde ère Macron qui accompagnera une nouvelle fois le patronat dans sa casse systématique des ouvriers et de leurs outils de travail.



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