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Prendre aux chômeurs pour donner aux patrons : le hold-up de 12 milliards de l’Etat sur l’assurance chômage

En pleines vacances, le gouvernement a envoyé au patronat et aux syndicats la nouvelle « lettre de cadrage » de l’assurance chômage pour les négociations de cet automne. En substance : prendre aux chômeurs pour de nouveaux cadeaux au patronat.

Arthur Nicola

1er septembre 2023

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Prendre aux chômeurs pour donner aux patrons : le hold-up de 12 milliards de l'Etat sur l'assurance chômage

Pour la troisième fois depuis 2017, l’assurance chômage va subir une nouvelle réforme néolibérale. La dernière ne date pourtant que de l’an dernier, mais l’exécutif voit dans les caisses de l’Unédic une manne financière si importante pour financer ses baisses d’impôts et ses cadeaux aux entreprises qu’il ne compte pas attendre.

Déjà, en 2022, la réforme de l’assurance chômage avait entériné des reculs très importants pour les droits des chômeurs : pour économiser plusieurs milliards d’euros, le gouvernement avait imposé une réduction de la durée d’indemnisation de 25% dès lors que le taux de chômage est inférieur à 9%. Une baisse de la durée d’indemnisation qui suivait déjà une réforme de la méthode de calcul de l’indemnisation ayant entraîné une baisse générale du montant des allocations de 17% de moyenne en 2021, selon la CGT.

Alors que ces attaques ont permis de dégager d’énormes excédents, le gouvernement veut maintenant piocher dans la caisse pour financer sa politique néolibérale. En effet, selon l’Unédic, le solde de l’organisme atteindrait +22,8 milliards d’euros entre 2022 et 2025 suite aux effets des contre-réformes macroniennes mais aussi de la légère reprise des embauches. Si, dans ce document de prévisions financières de juin dernier, l’Unédic semble vouloir allouer une grande partie de ces fonds au désendettement de l’organisme, qui a accumulé une dette de 18,4 milliards d’euros lors du « quoi qu’il en coûte » du chômage partiel lors de la crise Covid de 2020-2021, le gouvernement préfère laisser l’organisme endetté pour financer d’autres projets.

Ainsi, l’Etat demande aux syndicats et au patronat de lui laisser près de 12 milliards d’euros d’ici 2026 pour financer les activités de France Travail et de France Compétences, qui financent des activités de formation et de l’apprentissage. En d’autres termes, les bénéfices réalisés sur le dos des chômeurs pourront servir à donner des milliards aux entreprises qui embauchent des apprentis payés par l’Etat.

Depuis le 1er janvier 2023, une aide unique a été créée par l’Etat, qui verse 6000€ pour tout nouveau contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, quel que soit l’âge de l’apprenti. Alors que dans leur première année d’apprentissage, les salaires peuvent correspondre entre 27% et 53% du SMIC pour les moins de 25 ans, embaucher un apprenti (qui va rapporter de l’argent aux entreprises), devient presque gratuit.

Une autre partie de ces 12 milliards ira financer France Travail (ex Pôle Emploi), de plus en plus financé par l’Unédic, tandis que le gouvernement demande à tous les ministères des économies. Par ailleurs, si l’on ne connaît pas encore les détails de la nouvelle loi France Travail, les investissements dans « la formation et l’accompagnement » vont être des investissements de flicage des chômeurs pour les pousser dans n’importe quelle formation et n’importe quel emploi pour faire baisse artificiellement les chiffres du chômage.

Finalement, sur la forme, alors que le régime de l’assurance chômage est censé être dirigé paritairement par le patronat et les syndicats, le gouvernement fait semblant de laisser faire des « négociations ». En réalité, le cadrage imposé par l’Etat est si important qu’il n’y a pratiquement aucune marge de négociations. Et s’il n’y a pas d’accord, c’est l’Etat qui tranchera. Une énième façon de rappeler quelle est la définition macroniste du « dialogue social », qui devrait rappeler aux directions des syndicats qu’il n’y a rien à gagner dans ces discussions où le mouvement ouvrier ne peut rien obtenir.

Ce hold-up doit être combattu vigoureusement par le mouvement ouvrier. Pour l’instant, la seule chose que semblent vouloir faire les directions des syndicats, c’est d’aller opposer leurs arguments aux représentants du Medef, comme si ceux-ci allaient tomber d’accord. C’est par la grève, et les manifestations de chômeurs, que l’on pourra faire reculer Macron et Borne. Une perspective qui reste encore à construire, tant les syndicats ont abandonné depuis longtemps la volonté d’organiser les sans-emplois.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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