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Politique

La ville rose à nouveau largement mobilisée

Près de 10 000 manifestants à Toulouse pour l’acte XVI, marqué par une forte répression

Ce samedi 2 mars à Toulouse, pour l'acte XVI de la mobilisation des Gilets Jaunes, près de 10 000 manifestants ont défilé dans la ville rose. Un acte à nouveau marqué par de nombreuses violences policières, avec plusieurs blessés et des scènes surréalistes, comme lorsque un couple de retraités se sont faits allègrement matraquer sans même avoir participé à la manifestation, ou bien encore lorsqu'un Gilet Jaune en fauteuil roulant s'est fait gazer à bout pourtant.

lundi 4 mars

La tête du cortège des Gilets Jaunes à Toulouse, ce samedi 3 mars / Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

16ème samedi de mobilisation des Gilets Jaunes à Toulouse, devenu au fil des actes l’une des « capitales » de la contestation. Une fois encore, le cortège qui a sillonné les rues du centre-ville était massif, avec près de 10 000 personnes présentes, et toujours aussi déterminé à poursuivre la mobilisation contre Macron et son monde.

Alors que, depuis quelques actes, la « tradition » veut que la manifestation se déroule sans épisode répressif massif jusqu’à 16h30/17h et l’arrivée du cortège place du Capitole, les Gilets Jaunes ont momentanément réussi à déjouer ce scénario. En effet, la manifestation ne s’est finalement pas rendue place du Capitole, ou un dispositif répressif massif été déployé, pour finalement défilé sur les boulevards, entre Arnaud Bernard et le monument au mort, avec un passage jusque devant le palais de Justice. Surprises par ce parcours « atypique », les forces de répression ont alors changé de stratégie, bloquant le boulevard de Strasbourg pour stopper la manifestation aux abords de Jeanne d’Arc avant de lancer les hostilités.

Au niveau de Jeanne d’Arc, les forces de répression bloquent la manifestation, puis entament les hostilités avec le camion à eau / Crédits photo : Lîlâ Marguerite

« On se croirait de retour à l’acte V », dira un manifestant à l’un de nos camarades en train de filmer la manifestation (dont la vidéo en intégralité est disponible à la fin de cet article). Et en effet, la stratégie de répression est rapidement devenue limpide. Les camions de CRS ont ainsi avancé sur la foule, à coups de gaz lacrymogènes et de canon à eau, provoquant la dislocation du cortège et ce jusqu’au monument aux morts. C’est ici que de nombreuses forces de police étaient postées, prenant en tenaille le dernier groupe encore massivement constitué, pour dissoudre le cortège et forer les Gilets Jaunes à se disperser en petit groupe dans les rues perpendiculaires au boulevard Carnot.

Les CRS gazent massivement sur le boulevard de Strasbourg, puis boulevard Carnot, pour repousser le cortège jusqu’au monument aux morts de François Verdier / Crédits photo : Lîlâ Marguerite

Sur les boulevards déjà, la violence policière a fait des dégâts, avec plusieurs blessés et interpellés. Scène surréaliste, un couple de passants retraités, qui ne manifestait même pas, se fera matraquer sans vergogne, sous le regard médusé et les cris de contestation des manifestants.

Loin de se tempérer, la répression s’intensifie dans les ruelles adjacentes, alors que le mot d’ordre « tous à Jean Jaurès » pour reformer un cortège massif se diffuse parmi les manifestants. Outre les équipes de la BAC pratiquant allégrement la « chasse aux Gilets Jaunes », des lacrymogènes tombent du ciel. Un street medic nous explique alors que « les lacrymo sont balancés par-dessus les habitations depuis le boulevard. Soit elles tombent sur les toits, soit elles tombent dans les ruelles ». Une tactique de répression à l’aveugle qui en dit long sur l’acharnement policier contre les Gilets Jaunes.

Les volitigeurs prêts à entrer en action / Crédits photo : Lîlâ Marguerite

A ce joyeux cocktail répressif s’ajoute la présence de voltigeurs dans les ruelles. Armés de lacrymogènes, de grenade et de flash-balls, ces derniers circulent au milieu des différents groupes éclatés, tirant sans sommation au milieu des manifestants fuyant les charges de CRS, comme cela a été le cas à proximité de l’Eglise Saint Aubin (voir à partir de 3h06 sur le live de la manifestation).

Dans les ruelles aussi, des scènes surréalistes ont pu être constatées. Ainsi, un Gilet Jaune handicapé, en fauteuil roulant et ne représentant aucun danger, s’est vu gratuitement aspergé de gaz lacrymogènes par un CRS. Autant de scènes qui témoignent de cette brutalité accrue lors de l’acte XVI toulousain, qui s’est cloturé avec au moins 4 blessés chez les Gilets Jaunes.

Les nécessaires convergences pour amplifier le rapport de force

Si la détermination des Gilets Jaunes mobilisés reste intacte après près de 4 mois de mobilisation, il est aussi clair que la mobilisation « stagne » et peine à s’élargir pour imposer un rapport de force supérieur à Macron. Pourtant, « l’alternative » ne peut passer par une « institutionnalisation » de la colère, à l’image d’une participation à la mascarade du Grand Débat ou par les élections européennes, qui ne peuvent dans le contexte que servir de tribune pour exprimer la colère sociale, mais ne constituent en aucun cas une « solution crédible ». Il s’agit au contraire, sur le terrain de la contestation sociale et dans la rue, de construire les possibilités de l’élargissement du mouvement. Et à ce titre, la situation à échelle internationale ouvre les portes à une telle alternative.

« En Algérie, il y a un soulèvement. J’ai vu les images, c’est impressionnant, ça a été très rapide. C’est un exemple, il faut le suivre » nous a ainsi expliqué une manifestante lors de l’acte XVI toulousain, pancarte en référence aux printemps arabes de 2011 en main, avant de poursuivre sur la question de la convergence. « Elle est capitale. C’est très important que cette révolte devienne mondiale parce que c’est un système mondial qui nous étouffe et qui nous affame ». Des mots très justes, alors que déjà des mouvements de soutien à la mobilisation en Algérie voient le jour en France, et que des « embryons de convergences » sont visibles. Ainsi, à Toulouse ce 3 mars, un rassemblement été appelé place du Capitole. Une cinquantaine de Gilets Jaunes, alors en action à Jean Jaurès, ont décidés de converger sur la place, arrivant au chant de « one, two, three ! Viva l’Algérie ».

Lutte pour plus de démocratie, contre la précarité, la vie chère et tant d’autres points font le lien entre la mobilisation en Algérie et le mouvement des Gilets Jaunes en France. Ce qui transparaît aujourd’hui clairement, c’est que par-delà les frontières, les intérêts des travailleurs, de la jeunesse et des classes populaires algériennes et françaises sont les mêmes. Un constat d’autant plus limpide lorsque l’on observe que, de l’autre côté de la barricade, la situation en Algérie est devenu l’une des préoccupations premières d’Emmanuel Macron, soutien de Boutlefika et inquiet d’un embrasement social qui pourrait menacer les intérêts des entreprises et classes dominantes françaises qui prospèrent sur le dos des Algériens.

L’Histoire des luttes sociales nous offre aussi un aperçu des potentialités d’une telle convergence. La mobilisation de mai 68, plus grande grève générale de l’Histoire de l’Occident et souvent citée comme référence par les Gilets Jaunes, avait été précédée par une forte mobilisation, principalement dans la jeunesse, contre la guerre impérialiste au Vietnam. Il s’agit là d’un élément largement invisibilisé par les classes dominantes françaises, tant ces éléments de mobilisations antérieurs avaient été primordiaux à l’explosion sociale de mai 68. La question d’une convergence entre le mouvement des Gilets Jaunes et la mobilisation en Algérie est donc une voie vers la massification de la colère sociale et pourrait être un élément déclencheur pour d’autres secteurs qui restent aujourd’hui « en dehors » du rapport de force contre Macron, tout en partageant massivement la colère des Gilets Jaunes. Par ailleurs, il s’agirait également d’un formidable appui pour la mobilisation en Algérie et le mouvement contre le 5ème mandat de Boutlefika, ouvrant là aussi la voie à une extension de la mobilisation jusqu’à obtention des revendications légitimes des classes populaires, de la jeunesse et des travailleurs algériens.

L’autre « point chaud de convergence » se situe, bien évidemment, avec la journée internationale de luttes et de grève pour les droits des femmes du 8 mars prochain. Un lien d’autant plus naturel que les femmes se retrouvent à l’avant-garde de la mobilisation des Gilets Jaunes, et que les cortèges en Algérie démontrent aussi que de nombreuses jeunes femmes se mobilisent. Dans un système ou, à échelle mondiale, les femmes représentent la moitié de l’humanité et où 70% des plus précaires, vivant avec moins de 2€ par mois, sont des femmes, il est clair que la lutte conjointe contre le capitalisme et le patriarcat est fondamentale, et doit être un combat de l’ensemble des secteurs qui subissent ce système au profit d’une poignée de multi-milliardaires et de grands patrons. Si les classes dominantes ne cessent de vouloir « diviser » ces combats, il est clair que l’intérêt commun des classes populaires, de la jeunesse et des travailleurs va à la cristallisation de l’ensemble de ces colères pour ouvrir à la perspective « d’un autre monde ». En ce sens, la construction de la convergence « dans les faits » entre ces différents secteurs mobilisés est tout aussi indispensable que vitale pour les prochaines semaines.

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