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Santé sexuelle

Préservatifs gratuits : la nouvelle mesure hypocrite de Macron pour les jeunes

La semaine dernière, Emmanuel Macron a promis la gratuité des préservatifs masculins à compter du 1er janvier 2023 pour les 18-25 ans. Une mesure qui vise à masquer la réalité de la politique du gouvernement sur le terrain de la santé sexuelle et à draguer la jeunesse.

Cécile Manchette

13 décembre 2022

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Crédits photo : M.VATSYAYANA/AFP

Vendredi dernier, Emmanuel Macron annonçait sur les réseaux sociaux la gratuité des préservatifs pour les 18-25 ans. Une mesure évoquée la veille lors d’un Conseil National de Refondation sur la santé des jeunes. Depuis décembre 2018, deux modèles de préservatifs masculins, « Eden » et « Sortez couverts ! », étaient déjà remboursés à hauteur de 60% par la sécurité sociale, sur ordonnance et sans limite d’âge.

À compter du 1er janvier 2023, certains préservatifs masculins seront désormais accessibles directement en pharmacie sans ordonnance, et remboursés à hauteur de 100% par la sécurité sociale. En outre, alors que Macron a rapidement été interpellé par des associations sur la limite d’âge, il a finalement promis d’étendre la mesure aux mineurs.

Une décision qui va profiter à de nombreux jeunes, mais qui n’est évidemment pas désintéressée de la part du gouvernement. Pire, elle risque de masquer les attaques menées dans le même temps qui participent à affaiblir l’hôpital public et les associations spécialisées dans la santé sexuelle, mais aussi à précariser la jeunesse.

Une promesse sur la contraception après l’offensive de Macron dans les débats sur la constitutionnalisation du droit à l’IVG

L’annonce tombe notamment juste après plusieurs semaines de débats sur la constitutionnalisation du droit à l’avortement. Le 24 novembre, l’Assemblée nationale adoptait à une très large majorité (337 voix pour, 32 contre), la proposition de loi constitutionnelle « visant à garantir le droit à l’interruption volontaire de grossesse ».

Une loi votée à l’issue d’un compromis entre Renaissance et La France Insoumise, reposant précisément sur le fait de retirer toute mention à la contraception, présente dans la version initiale du texte de LFI, dans l’amendement à la Constitution. D’où la formulation finale suivante : « la loi garantit l’effectivité et l’égal accès au droit à l’interruption volontaire de grossesse ».

Difficile donc de ne pas voir dans l’annonce sur la gratuité des préservatifs pour une partie des jeunes une façon de faire suite à ce débat, où la majorité présidentielle a imposé un recul sur la mention de la contraception. Les deux questions sont pourtant intimement liées, la gratuité et la garantie de l’accès à la contraception étant une condition pour une meilleure santé sexuelle et reproductive, et une façon de prévenir des grossesses non désirées.

Une approche volontairement limitée de la contraception

Or, si Macron profite de la communication sur la gratuité des préservatifs pour se positionner sur le terrain de la contraception, cela lui permet de faire l’économie d’un débat plus large sur cette question. En ce sens, l’annonce de la macronie reçoit les mêmes critiques qui avaient été formulées l’hiver dernier sur la gratuité de la contraception féminine jusqu’à 25 ans. Celles-ci portaient principalement sur les limites concernant les types de contraceptions remboursées et la limite d’âge.

En effet, la prise en charge de certains contraceptifs oriente et réduit l’offre alors même qu’il existe aujourd’hui une multiplicité de contraceptifs pour répondre à la diversité des besoins et préférences. Or, l’Assurance Maladie ne prend pas en charge certaines méthodes contraceptives dont certaines pilules contraceptives, les patchs contraceptifs, les anneaux vaginaux, les capes cervicales qui sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale, les spermicides ou encore les préservatifs féminins qui sont délivrés en pharmacie sans prescription médicale.

L’autre pan de la critique portait sur la question de la limite d’âge. En effet, les associations féministes comme le Planning familial exigent que la gratuité des contraceptifs s’étende à l’ensemble de la population sans limite d’âge. Une mesure élémentaire pour la santé sexuelle de toutes et tous, que l’annonce orientée vers les jeunes permet de contourner.

Une nouvelle mesure pour séduire la jeunesse

Car si Macron a un objectif central avec cette mesure, c’est évidemment de s’adresser à un secteur qu’il entend séduire à des fins politiques et électorales. La façon dont a été annoncée la mesure sur les réseaux sociaux est de ce point de vue évocatrice, et rappelle la récente opération séduction du Président sur Youtube autour de vidéos sur l’écologie.

En ce sens, cette annonce s’ajoute à plusieurs mesures déjà prises par le gouvernement pour « améliorer la santé sexuelle des jeunes » mais également à certaines annonces des dernières semaines telles que le retour des repas à 1 euros, le déblocage de 10 millions d’euros pour les associations de distribution alimentaire, la revalorisation des APL de 3,5 % ou le gel des loyers dans les résidences étudiantes.

Toutes ces mesures s’inscrivent dans une gestion cynique de la misère étudiante, en cherchant à la réduire à la marge par des mesures cosmétiques. Dans le même temps, le gouvernement fait tout pour nourrir cette précarisation structurelle : destruction du code du travail, attaques contre l’assurance-chômage, refus d’augmenter les salaires, privatisation rampante de l’université, etc. Même tableau sur le terrain de la santé, où la politique du gouvernement participe à saper l’hôpital public, les urgences ou l’accès à l’IVG, loin des bonnes intentions hypocrites affichées.

Exiger la gratuité de tous les contraceptifs, sans limite d’âge et un accès universel à la santé

Si la gratuité des préservatifs va profiter à de nombreux jeunes, elle ne peut ainsi être qu’un moyen de masquer la réalité de la politique du gouvernement. Un enjeu brûlant avant la bataille des retraites dans laquelle Macron craint la convergence entre le mouvement ouvrier et la jeunesse.

Mais le discours de Macron masque aussi la réalité d’un système capitaliste dont la quête effrénée de profits est incompatible avec l’accès à la contraception et les besoins de la recherche scientifique pour la santé sexuelle et reproductive, impliquant des moyens financiers et humains.

C’est pourquoi, non seulement face à la communication de Macron, il faut exiger la gratuité de l’ensemble des contraceptifs pour toutes et tous, mais il faut lutter pour que la santé ne soit plus une marchandise. C’est pour avancer dans cette direction que nous exigeons la nationalisation sans indemnités ni rachat de l’industrie pharmaceutique, ainsi que la levée de l’ensemble des brevets. De la même façon, nous devons nous battre pour un véritable accès à la santé, une sécu universelle, financée par les cotisations patronales, et couvrant l’ensemble des soins.

Des mesures qui n’ont de sens que si elles sont couplées à une éducation à la sexualité et aux questions de genre qui aujourd’hui fait cruellement défaut. Il ne suffit pas de trois heures de discussions obligatoires, saupoudrées tout au long de la scolarité comme c’est (partiellement) le cas actuellement. Il faudrait un véritable plan d’éducation sur les questions de genre et de sexualité qui comprend la formation des personnels de l’éducation, des moyens et un contrôle des personnels sur le contenu des formations, ce qui encore une fois rentre en contradiction avec la privatisation actuelle des services publics.

Cependant, pour résoudre la contradiction structurelle entre les besoins du capitalisme et une santé de qualité et accessible à tous et toutes, c’est une lutte d’ensemble, menée par le du monde du travail en alliance avec la jeunesse et l’ensemble des secteurs opprimés, qu’il faudra mener pour renverser le système actuel.


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