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Du Pain et des Roses

Pressions anti-IVG : « Entre le confinement et la mauvaise gestion de la crise alors que tu es enceinte et seule, c’est très angoissant »

Alors que le gouvernement refuse d’allonger le délai de l’avortement ce qui met en danger le droit à L’IVG, une jeune femme témoigne au micro de Konbini des propos réactionnaires qu’un site “anti-IVG” lui a livré.

lundi 20 avril

Durant cette période de crise sanitaire, l’interruption volontaire de grossesse passe au second plan face à l’épuisement des services de santé. Pourtant, ce processus impactant directement le droit qu’ont les femmes de disposer de leur corps reste une urgence pour les personnes en situation de grossesse non désirée. Dans ce contexte où les déplacements sont limités et les hôpitaux surchargés, les “numéros verts” semblent être le moyen le plus efficace pour accéder à une information et une aide indispensables. Pourtant, de nombreuses femmes font la mauvaise expérience de tomber sur des interlocuteurs “médecins” en réalité militants anti-ivg. 

En effet, de nombreux sites internet se font passer pour des plateformes d’aide et d’information sur le droit à l’avortement. Leur mise en page soignée évoquant un caractère officiel et leurs propos à première vue “neutres” induisent facilement en erreur. Mais au micro de Konbini, une jeune femme raconte comment en appelant le “numéro vert” du site ivg.net (extêmement bien référencé sur google) , [on a délibérément chercher à la dissuader d’avorter.=>https://www.facebook.com/konbininews/videos/539586853410342/

Tout un processus de culpabilisation est soigneusement mis en place pour essayer de la faire douter de sa décision : en cette période de crise “les médecins seraient occupés plutôt à sauver des vies qu’à à en tuer”. Une manière de sous-entendre que la pratique de l’avortement serait de l’ordre de l’assassinat, un propos bien connu des anti-IVG pour criminaliser ce droit fondamental. Aussi, le doute est introduit dans la discussion : la jeune femme ne serait peut-être pas reçue à l’hôpital, voire elle risquerait même de mourir du Covid 19 en allant avorter.

Expliquant sa “situation financière compliquée”, une journaliste de Konbini (ayant passé un appel au même site pour en vérifier les propos) se voit rétorquer que “quand on n’a pas de revenus, un bébé rapporte de l’argent”

De manière générale, les deux femmes sont accablées de propos culpabilisants. Les mots utilisés pour désigner l’embryon (“p’tit bébé, p’tit bout de chou”) intègrent une stratégie de manipulation visant à faire douter les femmes de l’intégrité de leur morale. 
Coup de grâce de l’argumentaire anti-avortement : le regret. Non seulement la femme avorterait dans la douleur en “tuant” un être humain, mais en plus elle passerait le reste de sa vie sous le poids de la dépression en culpabilisant de son choix.

La manipulation est d’autant plus cruelle que le ou la “médecin” au bout du fil ne se dit pas officiellement anti-avortement.

Ce genre de propos est encore monnaie courante dans les nombreux discours concernant l’interruption volontaire de grossesse. Mais comme le dit la jeune femme interviewée par Konbini, “dans le contexte actuel, ce genre de personne peut totalement amener des femmes à reculer devant leur IVG”. En effet la quasi-impossibilité de déplacement conduit inexorablement à appeler un numéro d’urgence. 

Depuis 2017, les sites Internet de désinformation sur l’IVG sont illégaux. Pourtant, en tapant “numéro vert IVG” sur Google, le fameux site ivg.net est deuxième sur la liste. Et en réalité, aucune attaque n’a été lancée contre ces sites, qui sont pourtant un véritable danger pour les femmes en situation d’urgence. On peut ainsi pointer une certain cynisme du gouvernement vis à vis de ce sujet pourtant de première nécessité. 

En effet, le gouvernement a refusé d’allonger le délai de l’avortement, mettant ainsi en danger le droit à L’IVG pendant la crise sanitaire et de nombreuses femmes témoignent de la difficulté de mener à bout la procédure pendant la période du confinement.

Ce témoignage, révoltant, révèle l’hypocrisie du Ministre de la santé, qui, après avoir refusé d’allonger le délai de l’avortement alerte hier du « dommage collatéral » : « les Français qui renoncent aux soins ». Il encourage à utiliser la télé-médecine pour ceux qui auraient peur de se déplacer. En réalité, cette déclaration est hypocrite car malgré les conditions de confinement, le recours télé-consultations pour avoir recours à L’IVG sont interdites. Déjà en manque de structure adéquate avant l’arrivée du virus, le droit à l’IVG se retrouve d’autant plus fragilisé par la crise en cours. 

Cela, sans compter les injonctions au numéro vert du gouvernement, sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes témoignent de la difficulté d’avorter dans la période : « Stressée et très en colère, j’ai pété un plomb. Entre le confinement et la mauvaise gestion de la crise alors que tu es enceinte et seule, c’est très angoissant. »

Caroline Rebhi, la co-présidente du planning familial, souligne le fait que « cette situation exceptionnelle remet en question le choix de garder l’anonymat ou de préférer l’IVG chirurgicale à l’IVG médicamenteuse ». En effet, l’IVG médicamenteuse est fortement préconisée par les professionnels de santé pour garder les blocs pour les patients du virus, et par le gouvernement qui a allongé le délai de deux semaines pour l’IVG médicamenteuse. 

Une situation qui met en danger le droit a l’VG, parce que les structures de santé n’ont pas les moyens suffisants pour faire face a la crise sanitaire, et que l’on restreint notre droit à disposer de notre corps. Alors que les femmes sont en première ligne de la violence de cette crise, il est encore d’actualité de dénoncer la fermeture et le démantèlement des centres permettant l’IVG pour que toutes les femmes aient accès à un avortement légal, sûr et gratuit. 







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