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Politique

Capitalisme vert

Primaires EELV : Jadot le capitaliste vert l’emporte, la « radicale » Rousseau se range derrière lui

Ce mardi, Yannick Jadot a remporté d'une courte avance la primaire EELV. C'est donc autour de son programme « d'écologie de gouvernement », compatible avec les intérêts du patronat, que les écolos seront à la présidentielle. Son adversaire Sandrine Rousseau présentée comme « radicale » a annoncé qu'elle se rangeait derrière lui.

mercredi 29 septembre

Photo Geoffroy VAN DER HASSELT/AFP

Les quelques 120 000 électeurs inscrits à la primaire d’Europe Ecologie les Verts ont finalement choisi le plus connu. D’une courte tête, avec 51,03% des voix, Yannick Jadot a été désigné mardi face à Sandrine Rousseau, pour porter leurs couleurs à l’élection présidentielle de 2022. Contrairement à 2017, où il s’était rallié au candidat socialiste Benoît Hamon, l’eurodéputé l’assure, cette fois il ira jusqu’au bout et il y aura bien un bulletin Yannick Jadot au premier tour de l’élection présidentielle.

Un « président du climat » au programme patronal

Ce mardi en début de soirée, Yannick Jadot a tenu son premier discours de candidat écologiste à l’élection présidentielle.

« Mesdames, messieurs, le prochain quinquennat sera celui de l’action pour retrouver la maîtrise de notre vie. Grâce à vous je serai le président du climat. Notre présidence ce sera une présidence qui agit immédiatement. Nous conditionnerons chaque politique publique, chaque euro au climat. Nous vous devons un avenir bienveillant. » a-t-il expliqué. « Se projeter ensemble vers une société solidaire où chacun, chacune, a sa place. Être français c’est faire République. La République écologique c’est le grand retour des services publics. » a-t-il poursuivi.

Il ne faut pourtant pas creuser beaucoup pour s’apercevoir que derrière les déclarations d’intention se cache un feu de paille. Représentant de l’aile droite de la primaire écologiste, Jadot est le chantre d’une vision de l’écologie compatible avec les intérêts du grand patronat. Dans un débat organisé en août 2020 par le MEDEF il déclarait ainsi son refus d’opposer « les écolos, hippies et rêveurs » et « les patrons, exploiteurs et prédateurs, qui vont chasser à coups de gros cigares le courlis cendré » et concluait « la transition écologique ne se fera pas contre mais avec les entreprises, sinon elle ne se fera pas. Si on considère que l’écologie c’est une contrainte, des normes et des taxes, cela génère toutes les stratégies d’évitement ».

Pour ceux qui attendraient des mesures de taxation fortes contre les grandes entreprises, il faudra vraisemblablement chercher longtemps. Si le candidat souhaite que les entreprises toujours engagées dans les énergies fossiles ne puissent plus recevoir d’argent public, pour le reste c’est bien une politique d’alliance avec le patronat qui devrait être au cœur du programme d’EELV.

Il ne faut pas remonter à très loin d’ailleurs pour se rappeler quelle coloration antisociale celui-ci pourrait prendre. En 2018, face au mouvement émergent des Gilets Jaunes, Jadot se prononçait en faveur de la taxe sur le carburant pour les particuliers.

Le nouveau candidat ne s’en cachait d’ailleurs que très peu pendant les débats de la primaire d’EELV en martelant qu’il « allait falloir faire des efforts » en même temps qu’il multipliait les gages et les promesses adressées au patronat. Les intentions sont claires : l’hypothétique transformation écologique de la société avec Jadot ne se ferait pas sur les profits des patrons mais bien sur le dos des classes populaires.

EELV choisit l’écologie modérée « de gouvernement », Rousseau s’aligne

Une chose est sûre, après ces primaires, Yannick Jadot souhaite aller jusqu’au bout « jusqu’à l’Elysée, jusqu’à l’Assemblée nationale » dit-il. Alors qu’EELV sort d’un échec au régional il paraissait central pour l’organisation politique de clarifier son projet. Or à l’issue des primaires les contradictions internes n’ont jamais paru aussi éclatantes et le parti reste empêtré dans ses courants et ses contradictions. Tiraillé entre des lignes très éloignées, Jadot se retrouve au défi de faire un grand rassemblement, à l’intérieur du parti comme à l’extérieur.

A l’issue du premier tour, François Fressoz dans une chronique pour Le Monde analysait « Sorti vainqueur du premier tour mais avec seulement 2 733 voix d’avance, Yannick Jadot s’est retrouvé dans une situation très inconfortable durant l’entre-deux-tours. L’eurodéputé, qui espérait ratisser large en incarnant une « écologie positive et joyeuse », a dû constamment se défendre d’être trop tiède, trop libéral, en un mot trop compromis dans une écologie dite d’« accompagnement ». Face à lui, l’autre finaliste, Sandrine Rousseau, implacable dans son argumentation, s’est targuée d’incarner « une écologie de transformation » d’essence antilibérale ».

Au lendemain du second tour, la donne est inchangée. Et si certains, comme Claire Lejeune, espèrent à la gauche du parti que « ce score serré oblige le candidat désigné à faire une place à la forte demande de radicalité et de clarté qui s’est exprimée » cela entrerait en contradiction avec la campagne résolument au centre que Jadot annonce depuis des mois vouloir mener. Quoi qu’il en soit, Sandrine Rousseau, présentée comme « radicale » en dépit d’un programme très modéré n’a pas tardé à annoncer qu’elle s’alignait derrière Jadot.

Celle qui entendait s’adresser à la jeunesse mobilisée contre le racisme fera ainsi campagne pour un politique qui manifestait en mai dernier aux côtés de l’extrême-droite et des syndicats de police lors du rassemblement de la honte. Rappelons par ailleurs qu’en 2020, Jadot défendait déjà contre l’avis de son propre parti, la possibilité d’alliances « pragmatiques » avec la droite pour les élections municipales de 2020. Plus largement, le député européen est celui qui, chez les Verts, prône l’alliance la plus large possible, de la gauche jusqu’au centre et qui clame à tout va qu’il n’a pas peur du « compromis ». Un projet qu’il confirmait à nouveau ce mardi soir, « dès ce soir, on fait place au rassemblement de l’écologie. On construira un rassemblement beaucoup plus large pour gagner en 2022 », et qui pourrait sérieusement aller à l’encontre des aspirations à la « radicalité » affichées pendant la primaire et validées par près de la moitié de l’électorat encore au second tour.

En lien avec cette orientation, c’est l’électorat de centre-gauche du Parti Socialiste que Jadot devrait tneter de mobiliser comme l’analyse le politise Rémi Lefebvre dans Mediapart : « Maintenant, c’est la lutte entre Jadot et Hidalgo qui s’ouvre directement, car ils se disputent le même électorat de gauche modérée un peu écolo. Jadot devra bien sûr donner des gages à l’aile gauche, mais il est plus proche du centre de gravité du parti écolo que Sandrine Rousseau. C’est donc vers l’électorat socialiste qu’il va se tourner ». La route vers l’Elysée sera longue pour celui qui est crédité de 6% des intentions de vote selon un sondage Harris publié ce mardi.

La nécessité d’un projet radical à la hauteur des enjeux de la catastrophe climatique

Si Yannick Jadot l’a emporté d’une courte tête, le très bon score de Sandrine Rousseau au premier tour comme au deuxième tour des primaires témoigne de la popularité des idées critiques du capitalistes, anti-racistes et féministes, en particulier dans la jeunesse. Mais il y a fort à parier que Jadot ne sera pas capable d’incarner une telle perspective, tandis que son programme écologique qui refuse de s’attaquer aux profits du patronat est impuissant à faire face à l’urgence climatique.

Dans ce cadre, il est urgent de défendre un projet révolutionnaire qui intègre un programme écologique d’urgence. Un programme qui passe par l’expropriation des secteurs stratégiques, leur nationalisation sous contrôle des travailleurs et la réorientation de la production au service d’un projet écologie de grande envergure. Des mesures essentielles pour faire face à l’urgence climatique, en récupérant les leviers de transformation de la société, qu’il s’agisse de la transition vers les énergies renouvelables, d’un développement massif des transports publics ou de l’arrêt des activités polluantes et superflues.

C’est en ce sens que Révolution Permanente défend la candidature d’Anasse Kazib. Face à Jadot et ses soutiens, plus que jamais, il est indispensable d’affirmer la nature nécessairement anticapitaliste et révolutionnaire de toute politique écologique conséquente, ainsi que son caractère internationaliste et anti-impérialiste.




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