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Primaires de la droite : Ciotti en tête au premier tour ou la radicalisation de "la droite Trocadéro"

Ce jeudi, Eric Ciotti et Valérie Pécresse ont accédé au second tour de la primaire des Républicains avec respectivement 25,5% et 25% des suffrages exprimés par les militants du parti. Un deuxième tour surprise qui illustre par la victoire de Ciotti la radicalisation d’un secteur non négligeable de LR et notamment de la « droite Trocadéro ». De l’autre côté, la qualification de Valérie Pécresse n’est ni plus ni moins l’expression de l’échec de Xavier Bertrand. En somme, les résultats traduisent la tension extrême qui s’exerce sur le parti, récemment accentuée par l’émergence d’Eric Zemmour.

jeudi 2 décembre 2021

Crédit Photo : Julien de Rosa / AFP

Avec environ 3 000 voix de différence entre Eric Ciotti et Xavier Bertrand, il est clair que le premier tour des primaires Les Républicains s’est joué dans un mouchoir de poche. Avec plus de 80% de participation chez les militants du parti – seuls ces derniers avaient droit de vote dans cette primaire interne – le premier tour témoigne d’une mobilisation importante de la base LR… et de sa radicalisation.

Eric Ciotti, le candidat LR qui chasse sur le terrain de Zemmour

Il constitue la surprise de ces élections et savoure cette ascension fulgurante qui le hisse à la première place de la primaire trois mois après sa déclaration de candidature. Immédiatement félicité par Eric Zemmour qui se dit « heureux de voir [leurs] idées si largement partagées par les militants LR », le finaliste revendiquait un discours sans filtre qui apporte « son grain de sel droit » dans les primaires.

Conscient de la popularité – désormais en mauvaise passe – d’Eric Zemmour à la fin de l’été, Ciotti a cherché à imprégner une ligne de droite dure, surfant sur la vague Zemmour, assumant même être prêt à voter pour ce dernier en cas de second tour dont LR serait absent au profit de Macron. Surfant sur la surenchère droitière, Ciotti a parié sur une radicalisation de la « droite trocadéro » dans un parti où aucun leadership clair n’a su s’imposer. Eric Ciotti n’a pas hésité à multiplier les phrases chocs sur l’immigration en évoquant la rhétorique réactionnaire du « grand remplacement » ou « les caïds » à qui il faudrait faire payer les frais d’emprisonnement.

Au sein d’un parti sclérosé qui risquait de se faire siphonner un certain nombre de voix par la candidature d’Eric Zemmour, celui qui récolte 25,6% des voix au premier tour des primaires permet de ramener dans le giron des Républicains les électeurs égarés et s’affirmer à la droite de Pécresse et Bertrand, les deux favoris de la campagne. Alerte sur le potentiel destructeur de Zemmour s’agissant des soutiens de Fillon, il a ainsi mis en avant ses liens avec l’ancien candidat déchu. Dans le même temps, il n’hésite pas à mobiliser sa quête d’un retour aux racines des Républicains ainsi que sa fidélité envers le parti alors que Bertrand ou Pécresse l’auraient trahi. De quoi plaire aux ténors de l’organisation, initialement gagnés à la candidature de Michel Barnier.

Une localisation qui ne passe pas inaperçu dans les rangs de l’exécutif, pendu aux lèvres de ces primaires dont dépendent la capacité de Macron à être au second tour. Alors que Valérie Pécresse chasse davantage sur ses propres bandes – ce qui lui est reproché par les soutiens de Ciotti – le gouvernement cherche à mettre en avant la figure de ce dernier qui incarne un danger moindre et pourrait dans le même temps contribuer à semer la pagaille dans les rangs de la droite zemmouriste qui commençait à inquiéter Macron. Gérald Darmanin salue ainsi « sa cohérence et sa constance », « pour mieux le faire monter » indique Cécile Cornudet dans Les Échos. De fait, Emmanuel Macron freiné dans sa campagne présidentielle par la cinquième vague craint l’émergence d’une figure capable de ratisser plus largement que lui à droite et redoute la victoire de Valérie Pécresse. Quant à celle-ci, sans nier son potentiel électoral dans les secteurs macronistes, elle tente néanmoins de se dépêtre d’une image bleue délavée que lui prêtent ses adversaires, et revendique « une franche rupture ».

Le « en même temps » de Valérie Pécresse pour ratisser largement dans un parti sclérosé

En tenue présidentielle avec en fond le décor solennel des drapeaux français et européen, Valérie Pécresse a pris la parole dans l’après-midi pour tenter d’appeler la majorité des électeurs LR à voter massivement pour elle d’ici samedi, jour de clôture des primaires. Valérie Pécresse sera la seule candidate capable de remettre la droite au pouvoir et d’assumer cette fonction présidentielle semble être le message de l’allocution. Et ce, en réunifiant le parti : « je rassemblerai notre équipe politique (…) la droite n’est pas divisée mais unie et debout », indique-t-elle entourée de ses soutiens défaits Xavier Bertrand et Philippe Juvin.

L’équation ne semble pas simple, quand bien même la finaliste bénéficie des soutiens de l’ensemble des autres candidats et est en bonne position pour l’emporter face à Ciotti. En effet, tout en continuant d’incarner la seule perspective crédible pour « mettre un terme au quinquennat de Macron » et répondre à « ceux qui aspirent à plus de dignité dans leur travail et leur vie », Valérie Pécresse ne doit pas laisser de nouveau le champ libre à Eric Ciotti du côté de l’électorat plus à droite. C’est donc dans un numéro d’équilibriste qu’elle et ses soutiens arpentent les plateaux pour démontrer en quoi la candidate représente « une franche rupture », « la droite assumée » qui combat « les voyous et les fanatiques » selon ses propres mots. Une préoccupation qui ne se limite pas à la clôture des primaires puisqu’il s’agit aussi d’éviter qu’en cas de défaite d’Eric Ciotti, Eric Zemmour récupère la mise auprès de ses électeurs déçus.

Le second tour de la primaire est ainsi loin d’etre joué quand bien même les pressions "au vote utile" seront importantes pour être à même de battre Macron. En effet, le processus de radicalisation d’un secteur de LR pourrait faire tache d’huile et ouvrir la voix à une possible accélération de la crise interne du parti. Une primaire qui traduit bien, malgré la surenchère de messages en faveurs de l’unité par l’ensemble des ténors du parti, la crise structurelle des Républicains qui n’échappent pas aux conséquences de l’emergence du phénomène Zemmour qui a torpillé la direction de LR. Une sorte de réflexe de survie de la part de la base militante en quelque sorte, mais qui traduit aussi la tendance à l’accroissement de la crise organique et présage des probables recompositions au sein de la droite radicale.




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