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Prime Blanquer : face au mépris, la nécessité d’un plan de bataille

Blanquer vient d'annoncer en grande pompe 100 euros d'augmentation pour les enseignants en début de carrière. Ces quelques cacahuètes ne sauraient suffire à satisfaire les revendications des enseignants. À nous d'intensifier la mobilisation pour obtenir de réels moyens et de réelles revalorisations.

mardi 17 novembre

A l’heure où le monde du travail est plutôt soumis aux licenciements et au chômage avec un million de personnes mises sur le carreau depuis le début de la crise économique consécutive de la crise sanitaire, les personnels de l’Eduction nationale obtiennent des avancées et ce alors que la profession n’a rien gagné depuis des années. Les mobilisations récentes pour obtenir des protocoles à la hauteur de la crise sanitaire (demi-groupe dans les collèges et les lycées) et qui protègent réellement les enseignants et les élèves ont donc porté leurs fruit en instaurant un rapport de force inédit pour Blanquer et supérieur en intensité aux blocages des E3C qui avaient eu lieu l’année dernière.

Jean-Michel Blanquer annonçait lundi dernier au journal Le Monde que les enseignants se verraient octroyer une prime de 100 euros par mois pour les néo-titulaires et une prime d’équipement informatique de 150 euros par an. L’enveloppe ministérielle destinée à cette opération serait ainsi portée à 400 millions d’euros et permettrait de revaloriser à égalité les enseignants des premiers et second degré. Si ces avancées doivent être saluées comme un début de victoire de nos revendications, il ne faut pas se satisfaire en si bon chemin car la route est encore longue pour obtenir l’entière satisfaction de nos demandes.

Le grenelle de l’enseignement que Blanquer a ouvert le 22 octobre dernier reste en définitive une vaste tentative d’enfumage des enseignants. Les éléments de langages du ministre qui récuse « le qualificatif de pachyderme préhistorique » pour désigner l’école au profit d’une « institution agile et souple, capable d’avoir une vision personnalisée de la vie professionnelle de chacun de ses membres » signalent déjà à quel point la refonte des métiers autour d’une logique individualisante et managériale est en marche. Les « contreparties » à cette augmentation (dont Blanquer ne veut pas entendre parler) nous semblent déjà bien mises en œuvre avec l’application des réformes de Parcoursup, du lycée et du bac.

Ainsi, nous ne partageons pas l’affirmation de Blanquer qui fait mine de se mettre « à la place des professeurs » selon laquelle « ce qui est important, c’est ce qu’ils touchent à la fin du mois ». En effet, les primes offertes gracieusement par le ministre de l’Education nationale ne remplacent pas la revalorisation du point d’indice et partant des salaires, revendication centrale des enseignants qui veulent voir leur carrière entière revalorisée et pas seulement les premières années, déjà marquées par des salaires très inférieurs à leur degré de qualification. C’est sans compter aussi que ces primes ne rentreront pas dans le calcul des points du nouveau système de retraites que le Sénat vient de ratifier en douce. Là encore, le « cadeau » des primes a sa « contrepartie » en précarisation des retraites, n’en déplaise à Blanquer.

Ensuite, l’aspect dégressif de la prime de 100 euros en fonction des échelons atteints par l’enseignant ne vient que combler superficiellement une baisse continue du pouvoir d’achat des enseignants depuis des années. Un enseignant à l’échelon 7 ne touchera que 36 euros de plus... des cacahuètes pour ainsi dire. Par ailleurs, les professeurs stagiaires commençant leur carrière avec un salaire à peine supérieur au SMIC sont exclus de cette mesure généreuse promue par le ministre. Ils seront revalorisés « à l’échéance 2022, quand la réforme de la formation aura abouti et que le nouveau concours de recrutement sera installé ». La misère peut attendre quand on prend de haut les enseignants comme le fait Blanquer.

En cette période où les enseignants ont brisé l’atonie en se mobilisant fortement contre les protocoles sanitaires insuffisants et l’absence de demi-groupe lors de la rentrée des vacances dans les collèges et les lycées, les contre pression locales au ministère existent mais il leur faut encore se structurer pour donner forme à la lame de fond qui traverse l’Education nationale. La date du mardi 10 novembre dernier portée par l’intersyndicale arrivait trop tard, plus d’une semaine après la reprise des cours, et ne proposait aucune suite au mouvement de contestation. Seule l’intersyndicale du 93 proposait une date de mobilisation ce mardi 17 novembre pour accentuer la pression sur Blanquer et faire avancer nos revendications. C’est donc d’un plan de bataille à la hauteur qu’il nous faut pour transformer les quelques miettes que Blanquer veut bien concéder sous le coup de la pression en réelles avancées pour l’Education nationale et montrer que la victoire est possible contre le gouvernement.




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