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Prison à ciel ouvert : Darmanin vante le « modèle grec » de camp de réfugiés ultra sécurisés

Ce lundi 11 octobre, Darmanin exaltait le « modèle grec » en terme de politique migratoire, faisant référence au nouveau camp ultra-sécurisé de Samos, qui n’est rien d’autre qu’une prison à ciel ouvert.

mercredi 13 octobre

Source photo : LOUISA GOULIAMAKI/AFP

Ce lundi 11 octobre, lors d’une conférence de presse organisée avec Notis Mitarachi, le ministre grec des migrations, Gérald Darmanin, de visite en Grèce, n’a cessé de vanter le « modèle grec » en terme de politique migratoire, déclarant par là que « si tous les pays travaillaient comme la Grèce pour le contrôle des frontières extérieures alors la question migratoire serait moins prégnante en Europe ».

Le ministre de l’Intérieur s’est en effet rendu en Grèce dès le dimanche 10 octobre pour faire valoir la politique anti-migrant européenne appliquée dans l’île de Samos, située en mer d’Egée. C’est là-bas qu’a été inauguré fin septembre le camp de réfugiés « nouvelle génération », entièrement financé par la commission Européenne, qui n’est ni plus ni moins qu’une véritable prison à ciel ouvert. Le camp, qui s’étend sur 12.000 mètres carrés, est une forteresse entourée par barbelés, miradors et caméras de surveillance, dans laquelle les demandeurs d’asile n’ont le droit de sortir que de 8h à 20h, et ce avec l’obligation de présenter un badge électronique et leurs empreintes digitales à l’entrée.

Ce camp vient remplacer celui de Vathy, situé lui aussi sur l’île de Samos, qui accueillaient les demandeurs d’asiles dans des conditions déplorables. Un « argument » pour Darmanin pour tenter de légitimer ce nouveau modèle : « De l’avis de personnes qui travaillaient dans l’ancien camp de Vathy mais aussi de demandeurs d’asile, les conditions de vie sont meilleures ». Le gouvernement français, et derrière lui l’Union Européenne envoient donc ainsi un message clair aux migrants, à qui ils offrent deux options : l’insalubrité ou des conditions d’accueil équivalant à celles des centres de rétention. C’est ce que dénonce Sabine Gagnier, qui dirige un programme de lutte contre les discriminations sociales, raciales, de religion et de genre pour Amnesty International, dans une interview donnée à l’Obs : « Non seulement la liberté de circulation des migrants est entravée, mais l’accès aux services dont ils ont grandement besoin sera limité. […] On associe ces populations à des criminels alors qu’elles ont besoin d’aide ».

Ce nouveau modèle de camp ultra-sécurisé tend à se développer, puisque deux nouveaux sites vont être inaugurés en Grèce, sur les îles de Ksos et Leros. Mais pour Darmanin, cette politique anti-migrant ne devrait pas se limiter aux frontières grecques, mais devrait être étendue aux pays du Sud de l’Union Européenne, comme l’Espagne, l’Italie ou Malte. Il déclarait lundi dans ce sens que « si tous les pays travaillaient comme la Grèce pour le contrôle des frontières extérieures alors la question migratoire serait moins prégnante en Europe ». Un discours qui s’inscrit dans le renforcement répressif de la politique migratoire française, qui opère une chasse aux migrants dans son territoire national, et cherche à renforcer la répression aux frontières de l’Union Européenne.

Si les îles grecques situées en mer d’Egée étant des portes d’entrées pour l’Europe pour de nombreux migrants, il est clair que l’investissement européen dans la politique migratoire de la Grèce s’inscrit bel et bien dans ce renforcement répressif, à l’œuvre depuis plusieurs années. D’autant plus que les conséquences de ces politiques mortifères ne cessent de s’accroître, avec près d’un millier de migrants morts en mer en 2020, des conditions d’accueil toujours plus inhumaines à l’image du camp de Samos, et la répression policière systématique.

Ainsi, les puissances impérialistes européennes, à l’image de l’Allemagne et de la France, orchestrent une véritable chasse à l’homme en Europe, envers les peuples qui fuient la guerre, la pauvreté et les crises politiques que ces mêmes pays ont engendré. Dans cette situation, le combat pour la régularisation de toutes et tous les sans-papiers et pour l’ouverture immédiates des frontières est plus urgent que jamais, afin de mettre fin aux politiques criminelles de l’Europe Forteresse et de garantir aux réfugiés un accueil dans des conditions dignes.




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