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Politique

Hypocrisie patronale

Prix Yvon Gattaz : l’hypocrisie des dirigeants du Medef sur les entreprises créatrices d’emplois

Ce jeudi 4 février avait lieu la cérémonie de remise du prix Yvon Gattaz, qui récompense les PDG d’entreprises créatrices d’emploi. Une séance assez comique quand on voit de nombreux PDG qui licencient en féliciter d’autres qui créent des emplois.

jeudi 4 février

S’il n’y avait pas 2,7 millions de chômeurs en France, le sujet porterait à sourire. Mais évidemment, en temps de crise économique, alors qu’on a compté 630 000 chômeurs de plus au dernier trimestre, voir les grandes têtes du patronat français se féliciter de la création d’emplois ne peut être que source d’interrogation. Ce jeudi se déroulait, au siège de l’entreprise Sisley, la remise des prix du prix Yvon Gattaz, un prix créé l’an dernier pour récompenser les entreprises créatrices d’emploi. 10 000€ sont remis à l’entreprise gagnante, qui droit « avoir été créée de zéro » et avoir des effectifs en croissance. Soutenu par l’école d’ingénieur Centrale Supelec, le prix est de surcroît sous le parrainage du ministère de l’économie et de la Banque de France.

Autant le dire de prime abord : la cérémonie est une farce qui alterne entre ridicule et indécence. Le titre du prix, d’abord, ne peut faire que sourire. Sous le gouvernement « start-up nation » d’Emmanuel Macron, vous pouvez concourir pour le prix « Yvon Gattaz – Start c’est bien, Up c’est mieux »… Une frivolité qui contraste avec la misère ambiante vécue par des millions de travailleurs depuis le début de la crise. Gagné cette année par une entreprise de l’industrie militaire, MC2 Technologie, spécialisée dans les drones brouilleurs.

Mais ce qui montre jusqu’au bout l’hypocrisie de la cérémonie, ce sont bien les personnes en présence. Tout d’abord, Pierre Gattaz, qu’on ne représente plus, ancien patron du Medef, qui avait promis un million d’emplois contre le CICE, des emplois qui ne sont finalement jamais arrivé. De surcroît, tout sourire, le patron de Radiall, a remis le prix final alors que son entreprise a elle-même supprimé 46 emplois à Château-Renault il y a un mois et demi. Mais les termes de suppressions d’emploi sont surtout une tradition familiale chez les Gattaz : Yvon, le père de la dynastie, qui a ouvert et clôt la cérémonie, s’est souvent illustré en la matière. Ainsi, il avait réussi, en 1986, au terme d’une bataille contre le gouvernement, à faire supprimer l’autorisation administrative de licenciement, permettant ainsi de licencier plus facilement.

Ce genre de prix montre les faux-semblants d’un patronat qui licencie à tour de bras quand cela l’arrange et jette à la porte les salariés. La preuve en est : la lauréate de la première édition du prix, l’an dernier, Coriolis Composite, a licencié en décembre un quart de ses effectifs, soit une trentaine de personnes. On passera sur un des membres du jury, Frédéric Coirier, PDG du groupe Poujoulat, qui est allé jusqu’à appeler publiquement à voter contre la CGT aux élections des représentants du personnel, jugeant leurs propositions « irréalistes ».

Après toutes ces fanfaronnades, on notera une touche finale d’indécence de la part de Pierre Gattaz. Alors qu’un étudiant pose une question sur la difficulté des entrepreneurs à avoir un équilibre de vie et une vie de famille, un autre lui répond que cela est plus facile, quand, comme Pierre Gattaz, on possède un château acheté 11 millions d’euros. L’ex-président du Medef ne se démonte pas, expliquant qu’il s’agit un château viticole, une start-up qui a déjà créé 8 emplois ! Plus que 999 992 emplois à créé, répond, sarcastiquement, un autre étudiant. Décidément, l’hypocrisie n’est jamais finie.




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