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Procès de 7 militants antifascistes : un laboratoire des nouveaux outils de répression judiciaire

Depuis le 23 septembre, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le Parquet de Lyon suite à une altercation avec des militants d’extrême-droite du groupe catholique Civi-tas. Sur les sept inculpés, quatre ont été immédiatement incarcérés après leur garde-à-vue et trois sont soumis à un strict contrôle judiciaire. Alors que leur procès est prévu le 4 novembre, l’exceptionnelle sévérité de ces sanctions illustre l’intensité de l'offensive liberticide en cours.

jeudi 4 novembre

Crédits photo : Lyon Capitale

Depuis le 23 septembre, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le Parquet de Lyon suite à une altercation avec des militants d’extrême-droite du groupe catholique Civitas. Alors que les derniers jours ont été marqués par des attaques médiatiques contre les militants antifascistes mais aussi, plus largement, l’extrême-gauche, leur procès qui aura lieu le 4 novembre est une incarnation de l’offensive plus générale contre nos luttes.

Une offensive qui se mène notamment sur le terrain judiciaire. Dans un communiqué publié cette semaine, les militants anti-fascistes et leurs soutiens insistent en ce sens sur plusieurs faits exceptionnels de la procé-dure qui révèle la nature profondément politique de la répression qu’ils subissent.

« Malgré l’absence de plainte et d’ITT de la part des militants de Civitas, et alors que ces derniers se situent plutôt du côté des habitués du coup de poing et des agressions que de celui des victimes (comme l’illustre le cas d’ Alexandre Gabriac, ancien fondateur des Jeu-nesses Nationalistes, dissoutes par le gouvernement, condamné par la justice à plusieurs re-prises, et actuellement cadre important de Civitas), le Parquet s’auto-saisit et mène une en-quête entièrement à charge contre les militants antifascistes : aucun des militants de Civitas n’a été officiellement convoqué ni auditionné pour s’expliquer sur l’altercation. Par contre, la Police les a bien contactés, sans que l’on puisse comprendre les liens entre les enquêteurs et Civitas, ni même qui a été contacté. » notent-ils.

En outre, ils soulignent « le caractère exceptionnel de la procédure : une comparution à dé-lai différé. Créée en 2019, cette procédure rarement utilisée garantit une justice expéditive et un passage obligatoire devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) à l’issue de la garde-à-vue, qui peut alors incarcérer ou placer sous contrôle judiciaire, sans preuve ni ju-gement. »
Ainsi, alors que la détention provisoire constitue déjà un déni des droits les plus élémen-taires en permettant l’incarcération d’une personne sans le moindre procès, la comparution à délai différé renforce l’absolutisme d’une juridiction au pouvoir sans limite. Créé en 2019, ce dispositif permet d’imposer à une personne d’être jugée alors même que les résultats de l’enquête n’ont pas été obtenus à l’issue de la garde à vue. Cet outil permet donc d’aller plus loin que la comparution immédiate, déjà utilisée pour prononcer des peines au terme d’une enquête expéditive. En d’autres termes, la comparution à délai différé revendique et con-sacre le droit d’enfermer sans preuves.

Ce dispositif s’inscrit dans une longue série de lois liberticides, de la loi sécurité globale à la loi sur la responsabilité pénale en passant par la loi séparatisme, destinée à réprimer les mouvements de contestation. Alors qu’une forte instabilité sociale caractérise le quinquennat Macron et que la colère ne cesse de grandir, le gouvernement révèle qu’il est tout à fait prêt à remettre en question les maigres éléments censés conférer au régime judiciaire un caractère « démocratique ».

En ce sens, la situation lyonnaise illustre très clairement que la politique pénale est entière-ment ajustable en fonction des impératifs politiques des classes dominantes. Au-delà du sou-tien inconditionnel que nous apportons à ces militants comme à tous les prisonniers poli-tiques, la situation lyonnaise révèle ainsi la diversité des outils sur lesquels la justice peut s’appuyer pour réprimer des militants antifascistes dans le contexte d’une forte polarisation politique.

De fait, ce matraquage judiciaire contraste avec la surmédiatisation de l’extrême-droite et de ses idées au travers de la candidature de Eric Zemmour. Dans ce contexte, il est déterminant de manifester la solidarité la plus large aux 7 militants antifascistes brutalement réprimés par le Procureur de Lyon et son gouvernement. Un procès en forme de menace à l’encontre de tous les militants syndicaux, politiques ou associatifs qui font le choix de s’opposer aux contre-réformes qui s’enchainent et défendent haut et fort une alternative politique radicale.




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