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« Frotter, frotter, il faut payer ! »

« Procès de la sous-traitance » : les Ibis Batignolles et leurs soutiens rassemblés à Paris

Depuis plus de vingt mois, les femmes de chambres de l’Ibis Batignolles sont en grève contre les conditions de travail inhumaines qu’elles subissent. Ce mercredi 7 avril, un rassemblement était appelé à l’occasion de l’assignation de leur employeur, STN, et du groupe Hôtelier Accor devant le Conseil des prud’hommes (CPH) pour exiger leur internalisation et dénoncer les discriminations sexistes et racistes du groupe.

mercredi 7 avril

Crédit photo : Révolution Permanente

Depuis maintenant vingt mois, les femmes de chambres de l’hôtel Ibis-Batignolles relèvent la tête, et se battent contre les conditions de travail inhumaines qu’elles endurent. En grève, elles dénoncent la sous-traitance opérée par le groupe Accor, et les discriminations racistes et sexistes qu’elles subissent.

Ainsi, après plusieurs mois de grève, elles ont décidé de porter plainte contre le groupe Accor afin de mettre en lumière « le caractère discriminatoire de la différence de traitement subie par les salariés de la sous-traitance ». Ce mercredi 7 avril, avait lieu le bureau de conciliation, procédure « amiable » obligatoire avant une éventuelle audience de jugement, entre les grévistes et les directions des deux groupes. A cette occasion, un rassemblement était appelé devant le Conseil des Prud’hommes (CPH) de Paris, réunissant de nombreux soutiens.

Le procès de la sous-traitance

L’un des enjeux de la grève des Ibis Batignolles, c’est la lutte contre la sous-traitance. C’est pourquoi, l’assignation du sous-traitant SNT et du groupe Accor devant la justice vise notamment à obtenir la requalification de leur contrat de travail vers une internalisation au sein du groupe Accor. L’avocat des grévistes, Me Slim Ben Achour, expliquait ainsi au rassemblement : « L’objectif c’est d’obtenir devant le juge l’internalisation des contrats de travail avec le groupe Accor. Aujourd’hui, c’est le procès de la sous-traitance, de la discrimination sexuelle et raciale : Accor externalise en toute illégalité, en termes de rémunération, de sécurité, au nom de l’opportunité économique qui est pour le groupe Accor le niveau des rémunérations extrêmement bas, des conditions de travail dégradés, et l’économie faite sur une sous-traitance qui devrait s’appeler un contrat de travail simple avec le groupe Accor. Le vrai patron c’est le groupe Accor ! »

Rachel, l’une des grévistes et figure de la grève, prend la parole au rassemblement pour décrire les conditions qu’elles vivent : « C’est nous qui nettoyons les chambres, qui faisons en sorte que des touristes puissent venir dans les hôtels. L’hôtel Ibis détient 706 chambres, pendant les vacances d’été, l’hôtel est blindé, et on nous donne parfois 50 chambres par jour. A la fin du mois, nous n’avons rien. Mais aujourd’hui, nous allons gagner. Lorsque nos patrons nous humilient, on ne baisse pas les bras ! »

Discriminations sexistes et raciales

Des conditions de travail de sous-traitance inhumaines liées à de la discrimination raciale et raciste qui ont poussé les grévistes à demander au CPH, en plus de la requalification des contrats, la reconnaissance du « préjudice moral lié à la discrimination sexuelle et raciale », ainsi que le manquement à « l’obligation de sécurité » de l’employeur, en raison de l’exposition des salariées aux violences sexuelles dans le cadre de leur travail.

Tiziri Kandi, de la CGT-HPE, rappelait ainsi au rassemblement ce mercredi matin : « A l’Ibis des Batignolles, au moins 40 femmes de chambres et gouvernantes sont issues de l’immigration. Pourquoi le gouvernement ne parle pas d’un problème de non-mixité pour ces femmes, qui nettoient les chambres, sont exposées aux plus grands dangers, à des risques de violences morales et sexuelles ? Il est temps que cette hypocrisie cesse !

De nombreux soutiens présents !

A l’occasion de cette première audience opposant les grévistes aux deux directions, de nombreux soutiens avaient fait le déplacement.

Ainsi, des membres du collectif Mcdroit qui rassemble des salariés de McDo en lutte contre les discriminations et le harcèlement avaient fait le déplacement. L’une de leurs membres prend la parole : « Vous êtes une inspiration pour tous. Merci de vous battre pour nous toutes ! »

De même, la CGT Roissy avait fait le déplacement en soutien aux grévistes : « Vous êtes entrées dans l’histoire de la lutte des classes ! Que ce soit à Paris ou dans les hôtels de Roissy, c’est l’exploitation inhumaine. Le capitalisme ne fait que des dégâts ».

Plusieurs personnalités politiques telles que Sihame Assbague, journaliste indépendante, Ludivine Bantigny, historienne, Eric Coquerelle et Danièle Obono étaient aussi présentes.

La première audience de conciliation n’a, comme prévu, pas porté ses fruits, la direction n’étant prête à rien lâcher. L’audience devant le bureau de jugement aura lieu le 13 décembre. Un procès hautement politique qui incarne l’imbrication entre sous-traitance, précarité extrême, et discriminations racistes et sexistes.




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