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Politique

Prochain quinquennat : les directions syndicales misent (encore) sur le "dialogue social"

Les directions syndicales ont rarement été aussi prolixes que durant cet entre-deux tours. Tribune CGT - CFDT dans le JDD, rencontres avec le gouvernement et le MEDEF... A l'heure où Macron doit gérer un nouveau pôle sur sa gauche, les directions syndicales cherchent à se saisir de la brèche pour revivifier le « dialogue social » en vue du prochain quinquennat, au détriment de la préparation des résistances aux attaques à venir.

vendredi 22 avril

Laurent Berger (CFDT, à gauche) et Philippe Martinez (CGT, à droite). Crédit photo : BERTRAND GUAY/AFP

« Quand Emmanuel Macron remercie le patron de la CGT pour son soutien ». Voilà le titre d’un article du Figaro qui est difficile à digérer pour tout militant qui a lutté ces 5 dernières années contre les attaques macronistes. Si le quotidien de droite tourne le titre dans le sens qui l’arrange, l’article en question ne s’appuie pas sur rien. En effet, si Macron, qui cherche à s’adresser à la gauche dans cet entre-deux tours, se permet cette manœuvre électorale, c’est que le dirigeant de la CGT lui a ouvert la voie.

Après cinq ans de casse néo-libérale, Philippe Martinez et Laurent Berger soutiennent Macron pour le 2nd tour des présidentielles

La présence de l’extrême-droite au second tour représente un véritable danger pour les travailleurs, et le risque d’une mise en œuvre encore plus brutale des mesures ultralibérales, islamophobes et autoritaires. Toutefois, est-ce à dire qu’il faille appeler à voter pour Emmanuel Macron, l’autre candidat du patronat, qui a montré tout au long de son quinquennat les violences qu’il était capable d’imposer aux travailleurs ?

C’est le choix qu’a fait le secrétaire général de la CFDT qui appelle à voter Macron « sans hésitation ». Une position qui s’inscrit dans la continuité du soutien apporté par Laurent Berger aux propositions de contre-réformes antisociales du gouvernement pendant les cinq dernières années, à l’instar de la retraite à point.

Du côté de la CGT, la direction de la confédération a publié une déclaration le 12 avril intitulée « Pas une voix du monde du travail pour l’extrême-droite ». Quelques jours plus tard, le 17 avril, son secrétaire général Philippe Martinez co-signait une tribune avec Laurent Berger une tribune dans le JDD dans laquelle les dirigeants des deux principales confédérations syndicales du pays rappelle à juste titre que « Marine Le Pen est un danger pour les travailleurs », tout en épargnant totalement Emmanuel Macron.

En effet, sous prétexte de lutte contre l’extrême droite, le texte réussit la prouesse de n’exprimer absolument aucune critique au président Macron. Les ordonnances travail, la loi sécurité globale, les cadeaux aux patrons, le projet de retraite a 65 ans, et ses attaques sociales de tout type, tout cela est oublié à la veille de l’élection.

Pire, la tribune signée par les deux dirigeants syndicaux range LREM dans la catégorie des « partis républicains, respectueux et garants de notre devise liberté, égalité et fraternité ». Si le texte dénonce l’extrême droite, il laisse entendre que les gouvernements précédents auraient été les garants de « l’égalité entre citoyens ». Faire de Macron, l’éborgneur des Gilets Jaunes, l’auteur des lois « séparatisme » islamophobes, le créateur du « passe vaccinal », un défenseur de l’égalité est osé, c’est le moins qu’on puisse dire.

Cette déclaration commune est révélatrice de la politique des directions syndicales dans l’entre-deux tours : soutenir Macron, soit directement comme la CFDT, soit indirectement pour la CGT. Une logique qui va plus loin, puisqu’au-delà de l’appel au vote, c’est le dialogue social qui est érigé en priorité absolue.

Derrière le soutien à Macron, la volonté de remettre le « dialogue social » au centre

Ce soutien au candidat des contre-réformes néo-libérales s’inscrit dans la continuité de la stratégie des directions syndicales. Mises à l’épreuve par les gouvernements Macron, pendant lesquels elle se sont retrouvées écartées par le pouvoir, elles préparent le terrain pour le futur quinquennat, et cherchent à s’assurer du retour du « dialogue social » - c’est-à-dire de leur capacité à négocier la régression sociale avec le gouvernement et le patronat.

Depuis le 5 janvier, elles ont ainsi multiplié les discussions et réunions avec le MEDEF et un accord vient d’être conclu sur la « modernisation du paritarisme ». Ouvert à signature des organisations jusqu’au 15 juin, cet accord entre syndicats et patronat entend rappeler à l’État qu’il faudra compter avec les « partenaires sociaux », les fameux « corps intermédiaires » que Macron a foulé aux pieds pendant cinq ans.

Dans cet accord, les directions syndicales expliquent vouloir un « dialogue argumenté » avec le gouvernement. Cette insistance sur la force du dialogue pacifique avec le patronat et l’État arrive à l’heure où la priorité devrait être de préparer la construction des luttes face aux offensives antisociales et autoritaires à venir.

Salaires, retraites... Il faut rompre avec le dialogue social et mettre sur pied un plan de bataille pour coordonner les colères à la base et construire le rapport de force !

On sait déjà que quel que soit le résultat du second tour, les attaques sociales, mais aussi racistes, sexistes, LGBTQIphobes et autres vont pleuvoir. Macron a encore expliqué ce jeudi sur France 2 que s’il est élu, il souhaite que la réforme des retraites entre en vigueur dès « janvier prochain ». Dans le même temps, l’inflation a provoqué une baisse fulgurante du salaire réel de nombreux travailleurs, alors que dans le secteur privé aucune négociation salariale – les fameuses NAO – ne débouche sur une augmentation atteignant l’inflation, tandis que dans le secteur public, la revalorisation du fameux point d’indice est toujours repoussée.

Cette situation et la violence des attaques à venir, ainsi que la compromissions des directions syndicales, contribue d’ailleurs à ce que de nombreux travailleurs votent Le Pen, avec la logique du « tout sauf Macron ». Pour batailler contre l’influence de l’extrême-droite dans notre propre camp, il faut bien sûr lever toute ambiguïté sur Marine Le Pen, que les grands médias fardent d’un programme prétendument « social », et rappeler par exemple qu’elle aussi compte repousser l’âge de départ à la retraite pour la grande majorité des travailleurs..

Mais cette bataille est indissociable du fait de commencer à préparer la réponse aux offensives à venir, et à montrer une disposition au combat. D’autant que de nombreux salariés ont le courage de faire grève comme à Amazon et obtiennent parfois des victoires partielles comme les grévistes de Leroy Merlin., mais restent condamnés à lutter de manière isolée dans leur boîte faut de plan de bataille.

Dans ce cadre, il faut exiger que les directions syndicales rompent avec les illusions de dialogue social et mettent sur pied un véritable plan de bataille pour construire le rapport de force en coordonnant les colères à la base pour l’augmentation générale des salaires, contre la précarité, contre la casse des retraites et des acquis sociaux, mais aussi plus largement contre toutes les offensives qui se préparent. Car en réalité, quel que soit le candidat qui sera élu président pour les cinq prochaines années dimanche soir, des attaques en série contre le monde du travail sont à prévoir.

C’est pourquoi il faut refuser de faire bloc derrière Macron face à Le Pen, et préparer les luttes à venir, comme l’a défendu le syndicat SUD-Rail Paris Nord, ou encore la figure du mouvement des Gilets jaunes Jérôme Rodrigues pendant cet entre-deux tours. Contre Le Pen, contre Macron, construisons le troisième tour social !



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