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Jeunesse

Des chiffres alarmants

Progression des idées suicidaires chez les jeunes. Autant de signes d’une société qui ne tourne plus rond

El Rostro de la Guerra (« Le Visage de la Mort »), Salvador Dali, 1940 Le dernier communiqué de l’association SOS Amitié alarme sur la progression des idées suicidaires, notamment chez les jeunes : environ 13 % d’appels supplémentaires évoquant le suicide sur les neuf premiers mois de 2016.

mardi 31 janvier 2017

Manon Véret

Si les tendances suicidaires ont augmenté de manière globale ces derniers mois, elles s’expriment particulièrement chez les jeunes. En effet, la plateforme de discussion en ligne de l’association est fréquentée à 52 % par des jeunes de moins de 25 ans, or sur cette même plateforme, 20 % des discussions tournent autour des idées suicidaires. Ces discussions sur le net ont donc augmenté de 49 % sur la période de janvier à septembre 2016.

Selon SOS Amitié, ces chiffres sont même « en augmentation continue depuis trois ans ». Les premières causes d’appels sont les souffrances psychiques (42 %) et la solitude (38 %). Que dire de ces chiffres, si ce n’est pour commencer à entrevoir l’ampleur des souffrances qui traversent la jeunesse ? Misère économique, sociale, affective, concurrence acharnée entre tous et toutes, précarité et chômage... Ces situations concrètes vécues par de nombreux jeunes, et en progression chaque année, pourraient donner des explications objectives à cette détresse. A cela certainement, il faudrait ajouter l’absence de perspective. Car à 25 ans ou moins aujourd’hui, qu’espérer de l’avenir ? Une situation sans doute moins bonne que ses parents, une société toujours plus dure, plus marchande, plus concurrentielle, où naissent les Trump, les Poutine et les Le Pen. Et si ces chiffres n’étaient que des signes de plus de la nécessité de penser une autre société ?

Car avec 26 % de chômage chez les jeunes en France, les perspectives de travailler ailleurs que dans un fast-food, ou dans une entreprise comme Amazon, sont faibles. Dans une situation d’extrême précarité, où des lycéens vivent même dans la rue comme au lycée Blanqui de Saint-Ouen, le désespoir prend de multiples formes. Car à la précarité matérielle s’ajoute une détresse affective et sexuelle qu’il ne s’agit pas de sous-estimer non-plus : l’incapacité de notre monde à créer les conditions de relations sociales et interpersonnelles profondes, ne peut que renforcer ces tendances suicidaires. Sur le coup d’un égoïsme parfois seulement créé par la volonté de survivre, d’une concurrence créée dès la primaire et le collège, et des schémas de vie et relationnels réactionnaires pour lesquels luttent toute une partie de la droite et même une partie de la gauche, il n’est pas étonnant que nombreux soient ceux qui ne veulent pas vivre dans ce monde.




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