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Prohibition de l’alcool, couvre-feu... Un pas de plus dans la gestion répressive

En plus du couvre-feu, qui s’applique sur l’ensemble du territoire, à l'initiative de Gérald Darmanin, un vaste dispositif répressif et policier est mis en place pour ce nouvel an. 100 00 policiers ont été déployés pour contrôler les déplacements et de nombreux départements ont pris des arrêtés préfectoraux interdisant la vente d'alcool.

jeudi 31 décembre 2020

CREDITS PHOTO : DANIEL COLE/ AP

Alors que le couvre-feu est en vigueur sur l’ensemble du territoire français en cette fin d’année 2020, au moins quinze départements ont pris des arrêtés préfectoraux interdisant la vente d’alcool. (Doubs, Côtes-d’Armor, Gard, Cher, Pyrénées-Orientales, Rhône,Puy-de-Dôme, Yonne, Haute-Loire, Loiret, Cantal, Manche, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et Seine-Maritime).

Les modalités de ces interdictions varient selon les territoires. Par exemple, en Ille-et-Vilaine, la restriction concerne la « vente à emporter de boissons alcoolisées[…] du 31 décembre 2020 (16 heures) au 1er janvier 2021 (14heures), dans tous les établissements de distribution alimentaire et dans les rayons alimentaires des magasins dont l’activité principale n’est pas la vente alimentaire ». Dans les Pyrénées-Orientales, la vente d’alcool est interdite depuis le 30 décembre à 20 heures, et ce, jusqu’au 1er janvier, 8 heures et concerne les alcools de plus de 18° distribués par l’ensemble des établissements et des commerçants.

Dans le Gard, l’arrêté préfectoral concerne «  les débits de boissons temporaires » comme les « buvettes » mises en place par des « associations pour valoriser certaines manifestations » D’autres départements comme le Cher ont élargi l’interdiction à la vente de « produits combustibles, d’acide et d’artifices de divertissement du 30 décembre 2020 (17 heures) au 2 janvier 2021 (6 heures). »

Pour justifier ces nouvelles dispositions restrictives, les préfets affirment notamment vouloir empêcher les rassemblements festifs sur la voie publique interdits par le couvre-feu, lutter contre l’évolution de l’épidémie et contre les accidents de la route. En effet, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a déclaré : « la consommation d’alcool peut conduire à un relâchement des gestes barrières, ce qui pourrait contribuer à accélérer la circulation du Covid-19. La Saint-Sylvestre peut par ailleurs donner lieu à des troubles à la tranquillité et l’ordre public et engendrer de l’insécurité routière provoqués notamment par une alcoolisation excessive ». Ainsi, comme depuis le début de la crise sanitaire, ces mesures visent à individualiser la responsabilité de la population face à une épidémie dont elle n’est pas responsable. On peut ainsi se demander dans quelle mesure l’interdiction de la vente d’alcool va avoir un impact positif sur l’évolution de l’épidémie.

Par ailleurs, chaque année, des dispositifs répressifs importants sont mis en place pour la nuit du 31 décembre en vue, notamment, selon le gouvernement, de limiter les accidents de la route. Cependant, la répression accrue de la part du gouvernement visant à soi-disant résoudre les comportements à risque, n’est en aucun cas une réponse durable et cohérente.

La préfecture du Gard quant à elle a déclaré que la restriction de la vente d’alcool vise à « prévenir les troubles à l’ordre public et la prise à partie des forces de sécurité ». En d’autres termes, ces dispositions visent à légitimer davantage la répression et les contrôles policiers, notamment dans les quartiers populaires et à contenir toutes formes de révoltes. En effet, la situation sanitaire et le couvre-feu sont donc un prétexte supplémentaire pour légitimer la répression de l’Etat.

Il paraît important de souligner que l’ensemble de ces mesures restrictives est mis en place dans le cadre d’un vaste dispositif répressif initié par Gérald Darmanin pour la fin de l’année 2020. En effet, dans un télégramme destiné aux préfets ce lundi 29 décembre, le ministre de l’Intérieur leur demande de prendre des dispositions ces prochains jours pour lutter contre « les rassemblements non autorisés » et « les phénomènes de violences urbaines ». Ainsi, parmi de nombreuses recommandations répressives, il préconise notamment aux représentants de l’État de mener des opérations de contrôles « visibles » dès l’entrée en vigueur du couvre-feu, sanctionner « l’organisation de fêtes clandestines », interdir la vente d’alcool ou encore de concentrer les forces de répression « dans les centres-villes et les quartiers et les zones sensibles les plus sujets à ces phénomènes ». Pour mener à bien son projet, Darmanin a annoncé la mise en place d’un déploiement massif des forces de répression ce 31 décembre, avec 100 000 policiers et gendarmes.

Ainsi, comme nous l’avions déjà écrit dans un précédent article, le réveillon sera à l’image de l’année 2020 : sous le signe de la répression, qui cible une fois de plus particulièrement les habitantes et les habitants des quartiers populaires et les personnes racisées. Par ailleurs, les recommandations du ministre de l’Intérieur pourraient encore mener à une vague de violences policières.

Le gouvernement réprime pour masquer son incapacité à prendre en charge la crise sanitaire

Ces mesures restrictives et répressives s’inscrivent dans l’offensive sécuritaire et répressives du gouvernement depuis le début de l’épidémie, avec notamment le projet de loi sur la Sécurité Globale. De plus, il reporte constamment sur la sphère privée la responsabilité de l’accélération de l’épidémie. Le gouvernement n’a cessé de nous démontrer son incapacité à gérer l’épidémie et à protéger la population.

Depuis le début de la crise sanitaire, la population est soumise à des périodes de confinement et de déconfinement qui symbolisent notamment l’échec de la gestion sanitaire de l’Etat. La seule stratégie du gouvernement est donc d’imposer de façon autoritaire un confinement et la mise en place d’un couvre-feu dès que la situation sanitaire s’aggrave et ne paraît plus maîtrisable. De plus, à l’image de l’ensemble de la gestion de l’épidémie de la part de l’Etat, les déconfinements successifs n’ont pas été accompagné de véritable stratégie sanitaire en vue d’éradiquer le coronavirus et sa transmission. Ainsi, depuis la levée du confinement le 15 décembre, on a pu observer un rebond de l’épidémie conséquent et des cas quotidiens extrêmement nombreux.

Cependant, pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, ce n’est pas d’un arsenal répressif visant la grande majorité de la population dont nous avons besoin mais d’un réel plan de bataille capable de protéger celle-ci. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui de parvenir à imposer un véritable programme de dépistage et de prévention à la hauteur de la crise face à un gouvernement qui préfère réprimer plutôt que protéger. En effet, le gouvernement aurait pu lancer un dépistage massif à l’échelle nationale dès le début de la crise sanitaire, ce qui aurait pu permettre notamment de prendre peu de risques pendant les fêtes de fins d’années. Aujourd’hui, très peu de villes ont expérimenté ce dispositif. Au lendemain du déconfinement et des fêtes de Noël, de nombreux départements sont menacés par un couvre-feu avancé à 18 heures au lieu de 20 heures.

Comment le gouvernement peut-il prétendre lutter contre la maladie infectieuse la plus mortelle de l’année avec un ensemble de mesures répressives comme l’interdiction de la vente d’alcool, plutôt que des moyens conséquents pour la santé et les hôpitaux ?




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