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Projection en ligne. L’histoire de l’usine gérée par ses ouvriers depuis 18 ans en Argentine

Il y 17 ans les travailleurs de Zanon dans la Patagonie argentine et le peuple résistaient héroïquement à la tentative d’expulsion de leur usine par la police.

jeudi 9 avril

Le 8 avril 2003, des milliers de personnes se massaient devant l’usine de carrelages Zanon à Neuquén dans la Patagonie argentine, pour défendre l’usine occupée par ses ouvriers et mise à produire sous gestion ouvrière. C’était la dernière tentative d’expulsion de la part de cet arc de forces pro-patronales : Etat, police et les matons de la bureaucratie syndicale. 17 ans plus tard, cette action héroïque rassemblant ouvriers et le soutien populaire des voisins, de toute la région et de tout le pays fait partie de l’histoire de la classe ouvrière non seulement argentine mais internationale. Un grand exemple de gestion ouvrière qui tient toujours et qui peut présenter un exemple d’alternative ouvrière et populaire face à la grave crise sanitaire actuelle.

Nous sommes le 8 avril 2003. Cela fait un peu plus d’un an que les travailleurs de l’usine céramiste de Zanon occupent leur usine et produisent sous gestion ouvrière face à la tentative de fermeture du patron de l’époque. La lutte des ouvriers de Zanon commence au milieu d’une profonde crise économique qui allait conduire au grave krach économique de 2001 en Argentine, auquel a succédé une série d’occupations d’usines et de mise en place de la production sous contrôle ouvrier dans tout le pays. Les ouvriers de Zanon occupent mais pas seulement : ils ont décidé depuis plusieurs mois de faire reprendre la production, qu’ils mettent au service de la population qui subit une terrible crise économique et sociale. Ce qui est cristallisé sous le slogan « Zanon appartient au peuple ».

Depuis fin 2001, les travailleurs subissent une féroce répression : chaque manifestation est réprimée, les travailleurs de l’usine reçoivent quotidiennement des menaces de morts, ils ont même subi l’attaque d’une milice recrutée par la bureaucratie syndicale. Les bureaucrates agissent main dans la main avec le patronat et le gouvernement, mais ne parviennent pas à venir à bout de la détermination des travailleurs de Zanon et de leurs soutiens.

C’est à la suite de ces échecs que le gouvernement argentin décide de tenter, ce 8 avril 2003, une expulsion par la force des travailleurs de l’usine. Face à cette menace, les travailleurs de Zanon comptent bien résister. Ils déploient une large campagne visant à défendre l’usine contre les forces de répression. Ils se préparent en se disant entre eux : « de acá solamente nos sacan con los pies para adelante » [ils pourront seulement nous expulser s’ils nous tuent, NDT].

Mais les forces vont bien au-delà des seuls travailleurs de l’usine. « Zanon appartient au peuple » et elle va le démontrer avec force cette journée du 8 avril. Ce jour-là, à l’appel de deux organisations syndicales, la CTA (Centrale des Travailleurs Argentins) et l’organisation d’enseignants ATEN, une grève générale est décrétée dans toute la province de Neuquén. Des milliers des personnes sont aussi présentes devant l’usine pour faire face à la police. Elles se souviennent de ce qu’on fait les travailleurs de l’usine, quand ils distribuaient des carrelages gratuits pour construire des hôpitaux, aider les familles pauvres ou lorsqu’ils sont venus soutenir les luttes des autres travailleurs de la province. Ce 8 avril, la démonstration de soutien est si forte qu’elle dissuade les forces de répression d’intervenir. Il n’y aura dès lors plus de tentative d’expulsion.

17 ans après, l’usine de Zanon fonctionne toujours sous gestion ouvrière, la production est organisée démocratiquement par les travailleuses et travailleurs eux-mêmes, sans patron. Et de l’avis de Raul Godoy, membre du Parti des Travailleurs Socialistes et figure de Zanon, la date du 8 avril a été un moment clé de ce processus.

C’est cette date historique que nous avons choisi pour diffuser, pour la première fois sous-titrée en français, la série Zanon, le fil rouge qui raconte l’expérience de la lutte des ouvriers pour obtenir l’expropriation et la mise sous gestion ouvrière de l’usine céramique. Ce vendredi 10 avril, à 17h, nous diffuserons le premier épisode.




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