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Politique

PMA pour toutes et tous

Projet Loi Bioéthique : le gouvernement tente de donner des gages à sa gauche pour 2022

Après plusieurs mois de silence sur la scène publique, la loi bioéthique fait son retour à l'assemblée nationale. L'occasion pour Olivier Véran, ministre de la santé, de déclamer à qui veut l'entendre que les couples de femmes devraient pouvoir « s'inscrire dans des parcours PMA dès la rentrée ». L'enjeu électoral est clair mais sa réalisation est incertaine.

mardi 8 juin

Crédits photo : Reuters

En février dernier, le Sénat s’est prononcé contre l’article qui se proposait de rendre la PMA accessible à toutes les femmes. Lors de cette période, on a assisté à la multiplication de discours homophobe et réactionnaire du côté des républicains et des tenants de la Manif pour Tous qui s’alarmaient sur la suppression de « la notion de père ».

Ce lundi, lors de la réintroduction à l’Assemblée Nationale du projet de loi sur la PMA ouvertes aux couples de femmes, Olivier Véran a déclaré que des bébés nés de ce procédé procréatif pourraient être possible dès la rentrée prochaine. Comme Libération le rappelle, le ministre macroniste assurait à des étudiants de science po en mai dernier que : « Le premier bébé né par PMA d’un couple de femmes ou d’une femme seule naîtra avant la fin du mandat, c’est possible ». Une vision bien optimiste de la part du ministre de la santé qui oublie volontairement à des fins de communication qu’il existe un monde entre une potentielle validation de l’assemblée nationale, son passage et son approbation au Sénat, et la mise en place des dispositifs de santé rendant possible une PMA. Coralie Dubost, présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée, déclare de façon plus réaliste qu’ : « On pourra peut-être voir une AMP démarrer avant la fin de ce quinquennat, mais un bébé, ce n’est pas garanti ».

Il est clair que l’enjeu est de faire du quinquennat Macron un quinquennat de conquête de droits formels pour les lesbiennes et les mères célibataires, mettant judicieusement sous le tapis l’accès à la parenté des personnes transgenres, mais aussi la restriction de l’accès à la santé dû au processus de privatisation des institutions hospitalières.

Les républicains, vent debout contre nos droits à procréer !

« J’ai bloqué les deux semaines dans mon agenda » a déclaré Patrick Hetzel, député Les Républicains du Bas-Rhin. Lui et ses alliés LR s’opposent frontalement au projet de PMA en faisant valoir le droit d’amendement qui donne le pouvoir de rajouter aux textes des amendements qui peuvent prendre la forme d’un simple changement de mot à la modification d’un paragraphe entier. Ces derniers sont des habitués de ce genre de méthode. En février dernier, ils avaient déposés près de 500 amendements (sur 580 au total) sur la proposition de loi sur l’allongement du délai d’IVG de douze à quatorze semaines. Pareil en Avril où le texte sur l’euthanasie s’est vu être agrémenter de près de 2300 amendements (sur 3000 au total).

Cette obstruction parlementaire qui ne dit pas son nom prend source dans les positions patriarcales défendues par les députés. En effet, le député Julien Ravier, prétexte le « problème anthropologique majeur » d’ « une société qui décide à travers la science de faire naître des enfants sans père ». Le problème central serait la dévaluation de la place du père au sein d’une parenté, argument factice qui fait l’impasse sur la réalité d’une majorité de situation familiale.

Aussi, l’enjeu est électoral. Ces députés sont aussi les signataires d’une tribune publiée dans le journal catholique La Croix qui demandait le report des débats sur la PMA en 2022. Repoussant encore et toujours l’accès à la PMA à ceux et celles qui en ont besoin alors que l’opinion publique se prononce en majorité en faveur de cette loi.

Une évolution significative dans le regard apporté à la PMA

Dans un sondage Ifop dévoilé ce lundi, on apprend qu’une majorité de la population française se déclare ouverts à la mise en place de la PMA, et ce dans plusieurs classes sociales. Pour les femmes lesbiennes, les catégories sociales les plus enthousiastes à ce projet de loi sont la jeunesse (84%) et la classe ouvrière au sens large (79% des employés et 78% des ouvriers). En ce qui concerne les femmes célibataires, là aussi une large approbation existe dans les couches de la jeunesse (82% chez les 18-24 ans) et de la classe ouvrière (79% et 73% chez les employés et les ouvriers).

Ces chiffres montrent un large changement du regard sur l’homosexualité féminine et la parenté lesbienne dans l’opinion publique en seulement 30 ans. Selon l’article de BFMTV reprenant le sondage ifop, en 1990, l’insémination artificielle pour des femmes lesbiennes étaient tout juste soutenu par 24% de la population.

Seul manque au sondage l’accès à la PMA pour les hommes transgenres alors que ces derniers étaient les laissés pour compte des débats sur l’évolution des modèles de parenté dans le pays. Une donnée importante dans un pays où les personnes trans se voyaient imposer une stérilisation forcée jusqu’en 2017. L’inclusion des minorités de genre dans la loi est l’élément qui conditionne que ce droit à la parenté soit un droit réellement accessible pour l’ensemble de la population.

Le fruit est mûr, organisons nous pour le décrocher !

Pendant que la crise sanitaire et économique a laissé une partie des LGBTI sur le carreau en les exposant à une précarité grandissante et réduisant leur accès au soin lié à la gestion catastrophique du gouvernement, ce dernier jouait sur deux tableaux. De sa main droite, il réprime des militants des quartiers populaires, des militantes anti-racistes et des ouvriers et de sa main gauche, il assure que les femmes et les minorités pourraient voir magiquement à coup de renforcement policier et de numéro vert, les violences sexistes et l’homophobie disparaître.

La réalité est autre et la PMA en est un très bon exemple. Ce droit élémentaire a été totalement subordonné aux calculs électoraux de LREM. Depuis le gouvernement Hollande, c’est la carotte pour appâter les électeurs de gauche et la caution sociale des programmes électoraux. On peut voir de manière très transparente que la loi, qui avait été laissé de côté au début du quinquennat, a été re-mobilisée par le gouvernement Macron juste après le remaniement ministériel. Une décision qui n’est pas sans lien avec la perte de base sociale à gauche et les réactions qui ont été causées par la nomination en tant que ministre de l’intérieur un homme accusé de viol.

Les chiffres exposés plus haut montrent que les efforts des militantes féministes, lesbiennes et hétérosexuelles, ont porté leur fruit pour faire changer l’opinion publique dans leur sens. Maintenant, nous ne pouvons pas compter sur les mécanismes républicains français pour nos droits, en témoigne les multiples versions des textes sur la PMA paru jusqu’à ce jour et les obstacles parlementaires réactionnaires qui s’opposent à son passage. Les organisations ouvrières, féministes et LGBTI doivent s’organiser afin d’arracher le droit de la PMA pour toutes et tous, personnes trans inclues, mais aussi exiger du gouvernement des moyens pour un système de santé qui ne sacrifie pas nos vie pour ses profits !




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