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Notre classe

Rentrée scolaire en grève

Protocole bidon face à Omicron : rejoignons dès aujourd’hui les profs et les élèves mobilisés !

Les témoignages se comptent par centaines : la rentrée 2022 dans les écoles, entre explosion des cas positifs, cas contacts et protocole fantôme, est une véritable catastrophe. Si des phénomènes de droit de retrait ou de grèves ont émergé dès la rentrée dans certains établissements, ils doivent servir de point d'appui à une massification du mouvement pour des moyens d'urgence, contre Blanquer et le mépris du gouvernement.

mercredi 5 janvier

Photo : Collège Delaune de Bobigny en lutte

Absences massives, cas positifs, pas de moyens...le protocole en carton ou l’illustration du mépris du gouvernement

Depuis lundi, la rentrée de l’Éducation nationale se déroule chaotiquement sous le signe du variant Omicron. Sur les réseaux sociaux les témoignages d’enseignants, AED ou lycéens fusent :

« Ce matin, les premiers chiffres sont déjà énormes : plus de 120 absences sans justification, 47 cas contacts ou positifs Covid-19 signalés, trois profs absents à cause du coronavirus et tout ça sans aucun moyens pour faire face. A mon avis, on n’a pas toutes les informations, mais c’est déjà un record pour un lycée de 900 élèves » raconte une AED sur la désorganisation de la rentrée dans un lycée parisien.

Face à ce qui était prévisible, dans un contexte où le nombre de contaminations n’a cessé d’atteindre des records -300.000 cas par jour à ce stade-, et notamment chez les enfants, le ministère de l’Éducation nationale propose un protocole – la veille pour le lendemain – encore en deçà des précédents, déjà largement insuffisants. Une méthode qui illustre de nouveau le mépris total du gouvernement pour le personnels et les familles, contraints de s’adapter du jour pour le lendemain. 

Lisa, lycéenne en terminale et militante au Poing Levé Lycées raconte : « ces mesures qui sont sensées nous protéger rentrent en contradiction avec la réalité que nous en tant que lycéens, et profs et AED vivons dans nos établissements ». Une rentrée catastrophique qui maintient les mêmes incertitudes pour les élèves : « la terminale c’est une année charnière, on a Parcoursup, on a les examens, c’est déjà très anxiogène, et en plus de ça on est face à l’incertitude du covid ».

Face au chaos organisationnel, enseignants et personnels refusent de subir – encore – la gestion système D

Face à l’absence de moyens alloués pour faire face à la pluie de contaminations Omicron, dans plusieurs établissements, les personnels décident de ne pas rester les bras croisés. Au lycée Auguste Delaune en Seine-Saint-Denis plus de la moitié des enseignant que compte l’établissement se sont mis en grève depuis lundi, en protestation à l’absence de mesures mises en place par le ministère, et plus largement, pour exiger plus de moyens. 

Nathalie*, enseignante au collège Delaune, bloqué depuis lundi avec l’aide des parents d’élèves, nous raconte : « Notre angle c’était les remplacements de professeurs, car il existe en réalité des problèmes bien plus profonds que la crise elle-même, qui n’ont été que mis en lumière et accentués par celle-ci : que ce soit lié à la contamination covid, mais aussi congés maternité, départ en formation... on a pas de remplacement pour tout ces enseignants ! De même, on a plus qu’un agent d’entretien qui s’occupe de la désinfection des locaux, sur quatre habituels, déjà insuffisants d’habitude, puisqu’il faudrait désinfecter deux fois par jour les locaux selon le protocole. Or ces agents s’occupent également de la cantine, ils ne peuvent pas être à deux endroits différents au même moment. Aujourd’hui ça fait un mois que ça n’a pas été désinfecté, et c’est indépendant du fait que le collège soit bloqué : on n’a pas suffisamment de personnels et moyens matériels pour suivre le protocole, déjà très en deçà des nécessités. »

Une colère qui commence à se propager dans les établissements notamment dans le 93, où les problématiques sont foncièrement identiques partout. Nathalie* nous explique leurs revendications : « Déjà le remplacement de tous les collègues absents, mais aussi des moyens humains et matériels pour faire face à la vague épidémique : on n’a pas de masques, beaucoup de personnel absent... mais aussi pour recruter suffisamment d’AED, ou encore des agents d’entretien et ce, hors covid ! On nous dit qu’il faut passer à l’ère numérique, on a aucun outil informatique qui fonctionne correctement ». Elle témoigne également de fuites d’eau dans les salles de classe, illustrant de nouveau le manque de moyens criant dans les écoles. 

Au lycée Auguste Delaune, le personnel en grève dénonce dans un communiqué les déclarations de Blanquer sur le soi-disant « absentéisme » des enseignants : « [nous sommes] choqué.e.s par la coexistence de l’interdiction de boire un café debout et la possibilité de déjeuner dans des cantines bondées ». Dans leurs revendications urgentes « pour aujourd’hui », ils et elles exigent des FFP2 ou encore des capteurs de CO2 dans toutes les salles, mais surtout, des embauches de personnel pour désinfections. « Pour demain », ils demandent des communications claires quant aux protocoles, ainsi que tout simplement des protocoles à la hauteur, une campagne de vaccination dans les milieux scolaires ainsi qu’un recrutement massif des remplaçant ; et pour après-demain, car les problèmes sont profonds, ce sont « l’indexation sur l’inflation des salaires, le recrutement des personnels éducatifs, soignants, et d’encadrement formé et en nombre suffisant », ou encore « la rénovation des bâtiments ».

Si tous les jours ont lieu depuis lundi des assemblées générales au lycée Auguste Delaune, avec des phénomènes de droit de retrait, qui est possible quand les locaux ne sont pas désinfectés, les personnels en lutte espèrent surtout une convergence pour faire coaguler la colère. Nathalie* du collège Delaune nous explique que c’est ce qu’elle espère, et que dans ce sens ils ont été à l’initiative de l’appel à une Assemblée Générale inter-établissements ce jeudi à 10H30 sur Bobigny, où le maire lui-même est attendu ainsi que des journalistes : « Beaucoup de parents sont très engagés, et viennent bloquer avec nous tous les matins, et puis on sait que dans plusieurs écoles primaires ça bouge un peu, les collèges alentours commencent à nous suivre, on espère vraiment faire passer le message, au-delà de la crise sanitaire. La question que l’on se pose c’est comment on fait pour avoir plus de poids ». 

Une préoccupation partagée par Lisa du collectif Le Poing Levé Lycées : « Ce que le covid met en évidence c’est des défaillances de l’éducation nationale mais qui existaient déjà avant, même si on s’en rend compte avec le covid, ça met en lumière la nécessité urgente de moyens pour l’éducation. On veut des moyens pour que notre avenir et notre éducation soient assurés. Et donc je pense qu’il y a une nécessité de s’organiser à l’image des grèves à Paris et dans le reste de la France où les enseignants, la jeunesse, les AED et tout le personnel se sont mobilisés ensemble »

*Le prénom a été modifié pour des raisons d’anonymat

Crise sanitaire dans l’éducation : de premières résistances qui ne doivent pas rester isolées

Droit de retrait au collège Elsa Triolet (Saint-Denis), au collège Henri Barbusse (Saint-Denis), au lycée Jean Rostand (Villepinte) … dans de nombreux établissements, la colère s’exprime par le droit de retrait, et parfois par le blocage, comme au collège Delaune, ou encore par la grève, comme au lycée Blanqui dans le 93. 

Depuis le début de la crise sanitaire, la gestion du gouvernement est criminelle. Dans les établissements scolaires, comme dans de nombreux secteurs, les personnels ont dû improviser pour y faire face, comme l’illustrent les milliers de témoignages sur les réseaux sociaux. Le manque de moyens criant dans les services publics, bien antérieur à la crise et résultat des coupes budgétaires des gouvernements successifs ont approfondi et accentué les problématiques posées avec la covid. Ouvrir grand les fenêtres en plein hiver ou les surveillants qui se la jouent infirmerie ne sont pas suffisants pour faire face à la hausse croissante de la vague épidémique, dans un contexte où le taux de contaminations des enfants est en forte augmentation. Ainsi, le protocole qui a été rendu public un jour avant la rentrée, qui plus est dans un article payant, réussit le tour de force d’être encore en-deçà des précédents, pourtant déjà largement insuffisants. Exit, les fermetures de classe et l’isolement des cas-contacts dans les écoles, dès lors que ces derniers sont vaccinés. Désormais, seuls les élèves et personnels testés positifs devront respecter une période d’isolement. Une situation catastrophique qui met en danger la santé des personnels, des élèves et leurs familles.

Mais pour l’instant, alors que la résistance s’organise dans de nombreux établissements, entre personnel vie scolaire ou corps enseignant, les centrales syndicales appellent encore timidement à la grève - un préavis ayant été déposé pour la rentrée. C’est ce que pointait Anasse Kazib, cheminot et candidat ouvrier à la Présidentielle, qui pointait dans le Space Twitter dédié à la rentrée des classes et la catastrophe sanitaire : « La réalité c’est que depuis 2 ans ils font passer leurs profits avant nos vies. Face à ça, il y a une colère importante dans l’Éducation nationale mais les directions syndicales ne bougent pas. C’est central de s’organiser pour élaborer de vrais protocoles face au Covid ».

Plus que jamais, face à la gestion criminelle du gouvernement de la crise, il est nécessaire, d’appeler à un véritable plan de bataille pour lequel il vaille le coup de se battre. Alors que Blanquer a annoncé qu’il va se pavaner à un colloque particulièrement réactionnaire contre le « wokisme » à la Sorbonne, il montre une nouvelle fois quelles sont ses priorités en pleine reprise épidémique et son mépris envers le corps enseignant et le personnel en proie à devoir gérer les établissements sans moyens, alors qu’on a atteint les 300.000 cas par jour. 

Dès maintenant, il faut construire, à partir de la base des personnels déjà en lutte dans de nombreux établissements, un plan de bataille qui puisse faire coaguler l’ensemble de ce ras-le-bol, en multipliant les AG et en faisant le lien entre les personnels et les élèves mobilisés, mais aussi en invitant les familles à rejoindre le mouvement. C’est tout le monde qui est en danger avec la politique du gouvernement, qui fait des économies et fait tout pour maintenir à tout prix les écoles ouvertes pour les bénéfices du grand patronat. pour exiger des moyens massifs pour l’éducation, pour faire face à la crise sanitaire mais aussi au déficit de moyens matériels et humains précédent la covid, qui n’a fait que le renforcer. Parce qu’on réussira à faire plier le gouvernement seulement par la construction d’un rapport de forces, il faut construire la riposte, dans laquelle les centrales syndicales doivent jouer leur rôle d’appui, comme de nombreux établissements ont déjà montré l’exemple. 




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