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Genres et sexualités

Marche des Fiertés

Provocations de l’extrême-droite, 6 blessés dans un accident... une Pride à Bordeaux au goût amer

Ce dimanche à Bordeaux, la Pride qui réunissait environ 5000 manifestant·e·s dans une ambiance festive s’est vue prématurément interrompue. En cause, un accident après la chute d’une structure métallique sur la foule faisant au moins 6 blessés et des attaques LGBTI-phobes de l'extrême droite qui ont poussé le Girofard, organisateur de la Pride, à annuler la suite de la marche.

mardi 14 juin

Crédits photo : BourgeonPauline

Ce dimanche 12 juin se tenait à Bordeaux l’édition 2022 de la marche des fiertés. Sous un soleil de plomb, différentes organisations, associations et groupes politiques ont défilé pendant près de 4 heures avant l’arrivée d’une série d’événements qui ont perturbé la suite des festivités.

En effet, il était environ 17 heures quand une structure métallique d’un char sonorisé, au passage du cours Victor Hugo, est tombée sur la foule. L’accident malheureux aura fait 6 blessés dont trois graves. Plusieurs autres manifestant·e·s se sont évanoui•e•s au vu de la scène dans une foule qui est malgré tout restée calme, évacuant les lieux rapidement pour laisser place à l’intervention des pompiers et du Samu.

Dans le même temps, comme si l’accident du char n’était pas suffisant, plusieurs individus d’extrême-droite s’en sont pris à la foule, plusieurs fois, et de manière totalement décomplexée. Sur les quais, sur le toit de la maison écocitoyenne, un groupe d’individus cagoulés a commencé à lancer des slogans LGBTI-phobes, fumigènes à la main, lançant des bouteilles en verre et brandissant une banderole « Protégeons nos enfants, stop folie LGBT ».

D’autres actes LGBTIphobes ont également eu lieu. Selon Tristan, le directeur du Girofard, « environ 4 ou 5 personnes ont arrosé de dissolvant des manifestants avec des pistolets à eau ». Après l’interpellation de neuf personnes, le Girofard à décidé d’annuler la suite des festivités prévues Place des Quinconces.

Un jeune homme, qui participé à la marche, a témoigné au micro de Révolution Permanente après avoir reçu des insultes homophobes « j’étais assis en attendant ce qui allait se passer après l’accident et deux hommes sont venus vers moi en me provoquant et en m’insultant de “sale pédé”. La police était devant moi, et n’a même pas réagi ! C’est incroyable de vivre ce genre de mauvaise expérience en pleine marche des fiertés ».

Selon des témoignages recueillis par la page Instagram Paint, un passage piéton aux couleurs du drapeau arc-en-ciel a été repeint du drapeau bleu blanc rouge juste après la Pride.

Ces attaques, trop souvent récurrentes, ne sont pas anodines. Alors que nous venons de vivre des élections présidentielles marquées par une polarisation à droite du champ politique et l’émergence de Zemmour, un des responsables de la banalisation des discours LGBTIphobes, les attaques des militants d’extrême-droite lors de la Pride de Bordeaux sont symptômatiques d’un climat politico-médiatique réactionnaire où les violences homophobes et transphobes se multiplient.

Si le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, « condamne fermement les actes homophobes commis [...] lors de la marche des fiertés » et « qu’il affirme son soutien aux personnes LGBTQIA+ » comme il l’a exprimé dans un tweet, ces déclarations sont hypocrites au vu de la politique de la ville qui, durant ce mois des fiertés, reste une vaste opération de communication. Les passages piétons repeints au drapeau LGBTQIA+ ou les drapeaux sur les transports publics ne combleront par exemple pas la totale désaffection de l’administration bordelaise de la situation du CHU, qui est un obstacle à l’accès à la santé pour les femmes et les LGBTQI+.

C’est la démonstration que les administrations d’Etat ne peuvent pas être les garantes de la lutte contre les violences systémiques qui touchent les LGBTI+, ni les partis comme EELV, qui malgré leur vernis progressiste et leurs déclarations d’intention ne mènent aucune politique sérieuse pour défendre les LGBTI+.

C’est dans ce sens que le cortège du collectif féministe et révolutionnaire Du Pain et Des Roses avec Révolution Permanente a défilé lors de cette Pride dénonçant le pinkwashing des multinationales et la cooptation par les institutions de l’État, comme en témoigne la récurrence de cortège policiers dans les Marches des fiertés. Les slogans « Pas de lutte LGBT sans soutien aux hospitaliers » et « nous obtiendrons la PMA pour les femmes trans dans la rue ! » étaient brandies sur des pancartes du cortège, qui réunissait de nombreux jeunes.

L’occasion de réaffirmer la nécessité de (re)politiser la Pride en général, une mobilisation qui se voulait apolitique alors que les droits des LGBTQ+ continuent d’être attaqués, la preuve étant les attaques de l’extrême droite ce dimanche à Bordeaux. Plus que jamais, il est nécessaire de réaffirmer haut et fort que la lutte pour l’émancipation sexuelle totale des minorités de genre se fera dans la rue, contre l’État, en dénonçant le capitalisme et sa variante « gay-friendly ».

Alors que l’hôpital public, l’éducation et nos droits les plus fondamentaux sont attaqués, il s’agit de construire une riposte en indépendance de l’État et de ses institutions, hors des jeux électoraux qui ne voient dans nos combats qu’un vivier de votants, et surtout en alliance avec les luttes menées des autres secteurs de la société comme le combat des travailleur·euse·s de la santé face au manque de moyens et la destruction de leurs emplois.

Révolution Permanente tient à apporter tout son soutien aux personnes blessées par l’accident, et appelle à rejoindre largement la Pride Radicale organisée ce jeudi 30 juin.



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