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Politique

Le retour du bulldozer

Quand Macron surfe sur la réouverture pour mettre à l’ordre du jour la réforme des retraites

Alors que la campagne présidentielle est lancée depuis plusieurs semaines, Macron a annoncé sa volonté de renouer avec son agenda néolibéral et antisocial. Au programme : la réforme des retraites, mesure phare de son quinquennat.

lundi 7 juin

Crédits photo : AFP/Hans Lucas

Alors que la campagne présidentielle est lancée depuis maintenant plusieurs semaines, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de poursuivre les réformes de son agenda néolibéral et antisocial. Profitant de la réouverture et des « jours heureux », le président cherche aujourd’hui à donner des gages forts à la bourgeoisie et à prendre du terrain sur sa droite, en faisant payer la crise aux classes populaires.

Alors que le gouvernement, avec son offensive sécuritaire, polarise les débats sur le thème de la sécurité, la gauche institutionnelle s’est adaptée au tournant réactionnaire, à l’image de la campagne particulièrement à droite de Fabien Roussel et du PCF. Tout en continuant son offensive régalienne, Macron cherche désormais à replacer le débat sur le terrain économique et social, car le jeu de la rhétorique sécuritaire bénéficie principalement à la droite et à l’extrême-droite : « il est vain de courir après Marine Le Pen ou Xavier Bertrand sur le régalien car ils iront toujours plus loin que nous sur ce terrain », affirmait ainsi un conseiller de l’exécutif au Monde.

Du « tour de France » aux cafés en terrasse en passant par les vidéos avec McFly et Carlito, l’opération est simple : renouer avec le « transformateur » de 2017, celui qui allait moderniser la Vème République, le président « cool », tout en réaffirmant son rôle de représentant de la bourgeoisie. Pour cela, une seule option : reprendre son agenda néolibéral en main, et redevenir le « bulldozer » du début de son quinquennat.

Au centre de son programme réactionnaire : la réforme des retraites. En effet, le gouvernement compte bien profiter de l’accalmie sanitaire pour remettre sur la table le projet de réforme des retraites. À ce propos, « rien n’est exclu », a ainsi affirmé Emmanuel Macron, expliquant : « je ne peux pas gérer l’été en pente douce. Je vais devoir prendre des décisions, qui seront pour certaines, comme la relance, très fortes, d’autres difficiles [...] et peut-être que certaines décisions que je prendrai ne rendront pas possible [ma candidature]. » Dans le même sens, Bruno Le Maire affirmait récemment dans le Journal Du Dimanche : « il faudra poursuivre les réformes structurelles : la priorité, ce sont les retraites ». S’il ne s’est pas prononcé sur un éventuel report de l’âge de départ à la retraite, le ministre de l’économie parle d’un « volume global de travail plus important », avant d’expliquer : « je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps sur ce sujet-là, qui est un sujet majeur et qui doit s’inscrire dans une réflexion sur le volume de travail et de qualité de travail qu’on offre aux Français ». Ainsi, cette réforme des retraites contiendrait le recul de l’âge légal de départ à 64 ans, contre 62 actuellement, ce qui permettrait de faire des économies de 20 milliards d’euros, ainsi qu’une éventuelle accélération de l’allongement de la durée de cotisation, un moyen d’économiser dix milliards d’euros. Une démonstration de plus qu’en temps de crise, l’option privilégiée de la bourgeoisie consiste à rogner sur les dépenses publiques : c’est le prix du « quoi qu’il en coûte ».

L’enjeu est double : répondre à la double exigence de la bourgeoisie en faisant passer des réformes austéritaires tout en contenant le mouvement social. La réforme des retraites est une mesure phare du quinquennat Macron, un des maillons des réformes néolibérales et antisociales contre les acquis du mouvement ouvrier et elle cristallise toutes les contradictions de la crise de représentation que traverse actuellement l’État français. Sur ce point, Macron est bien lucide : « je ne pense pas que la réforme initialement envisagée puisse être reprise en l’état. Parce que je pense qu’elle était très ambitieuse, extrêmement complexe et du coup porteuse d’inquiétudes. » Au sein même de la majorité, les opinions sont divisées : « Ça va remettre les gens dans la rue alors qu’on n’est pas certains d’être sortis du Covid. Cela veut dire grève des trains, des bus, des transports samedi après samedi. Qui a envie de ça ? », affirmait ainsi un membre de la majorité au micro de LCI. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, considère également que remettre les retraites sur la table, c’est « risquer de remettre des millions de Français dans la rue », et que la réforme serait une « excellente première réforme de deuxième quinquennat ».

Si Macron est déterminé a appliquer ses réformes antisociales, le chemin est pavé d’obstacles. Le souvenir des Gilets jaunes et celui de la grève de l’hiver 2019-2020 est encore vif. Afin de mener à bien son agenda antisocial, et pour mieux mater les explosions sociales à venir, le gouvernement renforce son arsenal répressif, comme il l’a fait avec des mesures permettant de renforcer l’impunité policière. Face au programme réactionnaire du gouvernement, il est urgent de se préparer à les combattre en construisant un plan de bataille à la hauteur des attaques.




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