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Politique

Pécresse repeint Total en vert

Quand Pécresse et la région Ile-de-France subventionnent le greenwashing de Total

Alors que Total prévoit de supprimer 700 emplois à Grandpuits (77) sous prétexte de transition écologique, le Conseil régional d’Île-de-France présidé par Valérie Pécresse a subventionné il y a quelques mois le géant du CAC40, se rendant ainsi complice de la casse sociale et du greenwashing en cours.

mercredi 27 janvier

Crédit photo : AFP

Quand le Conseil d’Ile-de-France subventionne un projet de Total

Le 27 mai 2020, la commission permanente de la région Ile-de-France attribuait une subvention de plus de 130 000€ à un projet porté par Total pour l’École Polytechnique, permettant l’installation de panneaux photovoltaïques sur le campus de l’école. Le financement, initalement attribué à Total, avait finalement été accordé à la grande école, un moyen détourné de mieux défendre la politique de greenwashing du géant pétrolier et gazier. Le collaboration entre la multinationale et l’école n’était alors pas nouvelle. Le mois précédant l’allocation de cette subvention par Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, le conseil d’administration de l’X validait la construction d’un bâtiment de 10 000 m2 comme centre de recherche pour Total. L’emplacement attribué sur le campus même avait alors été déplacé 200 mètres plus loin, après la contestation d’ONG environnementales et la remise en cause du projet par une analyse juridique commandée par la Sphynx, association d’anciens élèves polytechniciens, dont le porte-parole expliquait au Monde que cela correspondait au choix de « la parcelle la plus proche possible de l’ancienne leur permettant de ne pas être dans l’illégalité la plus totale ».

Total menace de supprimer 700 emplois à Grandpuits

Tandis que de l’argent public est octroyé à Total, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 200 milliards de dollars en 2019, ce même groupe prévoit aujourd’hui la suppression de 700 emplois à la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne. Alors qu’il assure qu’il n’y aura aucun licenciement, la plupart des CDD et des contrats des intérimaires ne seront pas reconduits, sans compter les départs en retraite anticipés, la mutation des salariés vers d’autres sites et les « mises au placard » (attributions de postes sans mission réelle ou concrète). Face aux déclarations mensongères de Total, les raffineurs de Grandpuits sont en grève reconductible depuis le 4 janvier, contre le PSE mais aussi contre la politique de greenwashing de l’entreprise.

Greenwashing comme justification de la casse sociale

Car ce plan social déguisé s’inscrit dans un projet de reconversion du site en usine de biocarburants et de bioplastiques. Un plan de reconversion loin d’être écologique comme le dénonçait Cécile Marchand, chargée de la campagne climat aux Amis de la Terre, venue en soutien aux raffineurs de Grandpuits lors de leur action au pied de la tour de Total à la Défense, mardi 26 janvier : « À côté de sa communication bien huilée sur la transition écologique, en réalité Total essaie de maintenir ses intérêts dans la filière et de continuer à faire augmenter la consommation mondiale de plastique, donc tout ça c’est un vaste enfumage ».

En effet, la production d’agrocarburants prévue émet d’une part, plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles selon une étude pour la Commission Européenne publiée en 2016, et d’autre part, risque d’augmenter la demande d’importation de soja et d’huile de palme, qui causent une déforestation massive dans de nombreux pays. De même, la production de bioplastique est une fausse solution : elle repose sur l’utilisation d’acides lactiques obtenus à partir de betteraves et de cannes à sucre - dont la culture n’a rien de bio - après de multiples étapes de transports prévues en Europe avant de pouvoir arriver sur le site de Grandpuits. Par ailleurs, les mérites de recyclage de ces bioplastiques vantés par Total ne sont encore qu’une illusion car leur caractère biodégradable n’est réel « que dans des conditions de compostage industriel » comme le précise le rapport publié mardi 26 janvier par les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la CGT, Attac et Greenpeace, analysant le projet de « reconversion au vert » de la raffinerie de Grandpuits. La plateforme zéro-pétrole vendue par la multinationale n’est donc qu’une vaste arnaque qui, sous couvert de transition écologique, justifie la casse sociale.

Derrière le greenwashing : impérialisme et pillage des ressources

Et si la société, parmi les premières capitalisations boursières du CAC 40, s’illustre déjà largement dans sa politique de greenwashing à Grandpuits, son ambition de faire toujours plus de profits par l’exploitation de l’industrie pétrolière et gazière est loin d’être freinée par une soi-disante préoccupation environnementale. En effet, la multinationale prévoit actuellement, avec le projet Tilenga, de délocaliser ses activités pétrolières avec la construction d’un immense oléoduc en plein milieu d’un parc naturel en Ouganda. Total veut ainsi profiter des restrictions environnementales réduites, l’exploitation d’une main d’oeuvre à moindre coût mais aussi sur l’évasion fiscale. Ce mégaprojet de Total en Ouganda permettrait d’exploiter 1,4 milliards de barils de pétrole et va détruire toute une région ainsi que l’eau, la terre et les récoltes des populations locales. Avec ce projet ce sont près de 100 000 personnes qui seront victimes de déplacements forcés. Derrière le discours patronal sur l’écologie, c’est donc en réalité l’impérialisme des multinationales le plus mortifère qui se cache.

Hier, afin de durcir le rapport de force et briser le silence médiatique autour de leur lutte pourtant exemplaire et de taille, ils ont manifesté, avec leurs soutiens, leur opposition au PSE et au greenwashing de Total au pied du siège de l’entreprise à la Défense. Alors que les médias bourgeois sont silencieux, et que des instances comme le conseil d’Ile-de-France, présidé par Valérie Pécresse, cautionnent la politique de Total, allant même jusqu’à financer ses projets, il est plus que jamais nécessaire de soutenir les raffineurs dans leur lutte, en relayant leur combat et en participant à leur caisse de grève afin de poursuivre le bras de fer.




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