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Débats

Université d'été

Quand le paquebot Grèce percute l’iceberg NPA

Guillaume Loïc Ce mardi 25 août se tenait, à Port Leucate, un débat très attendu. Intitulé « la lutte contre l'austérité à la lumière de l'expérience grecque », c'était le premier espace ouvert au sein de cette université d'été pour discuter de la catastrophe qui s'est actualisée mi-juillet, avec la capitulation définitive de Alexis Tsipras et de son gouvernement. Y intervenaient six membres du parti, représentant les différentes sensibilités, dans une configuration qui, ironie du sort, reproduisait celle du débat préparatoire au dernier congrès, il y a tout juste un an, dans le cadre de la précédente université d'été.

mercredi 26 août 2015

Du « Gouvernement anti-austérité »...

Encadré par introductions et conclusions, le débat s’est d’abord concentré sur la caractérisation du gouvernement grec. L’intervenant représentant l’ancienne majorité du parti a ouvert la discussion, insistant sur la spécificité dé Syriza comme force réformiste anti-austérité qui a été capable de gagner des élections, en s’y présentant de manière indépendante de la vieille sociale-démocratie gagnée au libéralisme. Pour lui, l’erreur de Tsipras et de son gouvernement a été de croire qu’il était possible de rompre avec les politiques de rigueur par la négociation avec la Troïka, mais aussi de ne prendre aucune mesure pour contrôler « l’Etat profond ». L’intervenant qui l’a suivi, issue de l’aile centre, défendait pour sa part une position plus tranchée. Elle voyait dans l’expérience grecque, qui a vu Tsipras et la majorité de Syriza faire allégeance à l’UE, une démonstration de ce que la lutte contre l’austérité ne pouvait en aucun cas se mener dans le cadre des institutions et du système. C’est un point sur lequel une majorité d’interventions sont ensuite revenues : l’échec du gouvernement grec à contrer la politique voulue par les classes dominantes ne peut pas être mis sur le dos d’erreurs tactiques ou d’un problème de volonté de Tsipras et de ses ministres. Ce dont il s’agit, c’est de la construction d’un rapport de force matériel, par l’auto-organisation à grande échelle des travailleurs et des classes populaires, seul moyen de gagner le bras de fer avec des bourgeoisies extrêmement déterminées. C’est sur la base de ces éléments que les représentants du Courant Communiste Révolutionnaire et d’Anticapitalisme et Révolution ont reproché à ceux de l’ancienne majorité d’avoir semé des illusions sur ce gouvernement, rappelant la dispute qui avait eu lieu quand il s’agissait d’admettre ou non que l’accord du 20 février dernier constituait déjà une première capitulation.

...aux « formules magiques »

Mais la discussion s’est faite plus complexe avec l’ouverture d’un autre axe de débat, autour de la question de l’euro et de l’Union européenne. Si le caractère réactionnaire, néo-colonial de l’un comme de l’autre ne fait de doute pour personne, les représentants de l’ancienne majorité, mais aussi un secteur de l’aile centre ainsi que certains représentants de l’aile gauche, avançaient ce matin la nécessité de revoir le programme du NPA pour y intégrer la revendication de sortie de la zone euro comme de l’UE. Un critère qui d’après eux devrait aussi servir de boussole au sein de la gauche grecque actuelle, le refus de toute rupture étant la clé de compréhension de l’échec de Tsipras, et devant désormais servir aux recompositions qui amèneront à l’émergence d’une nouvelle coalition anti-austérité. Pour le représentant d’une des sensibilités de l’aile gauche, la Tendance Claire, ne pas poser aujourd’hui la question de la sortie de l’euro reviendrait même à refuser de poser la question du pouvoir.

Plusieurs interventions se sont inscrites en faux contre ces positions. D’abord en expliquant qu’un bilan centré sur cette question reviendrait à mettre un pansement sur une jambe de bois, la vraie question posée par l’expérience grecque étant de savoir qui prend le pouvoir, et à partir de quel terrain, la rupture avec les mécanismes réactionnaires construits par les classes dominantes européennes n’étant qu’une conséquence d’un tel processus. Ainsi est-il clair que si les masses en révolution parvenaient à exproprier les banques et les grandes entreprises, à annuler la dette ou encore à imposer un monopole public sur le commerce extérieur, cela impliquerait non seulement une explosion de la zone euro et une rupture avec l’UE, mais encore un affrontement brutal et ouvert avec les classes dominantes. Mais, Daniela Cobet, qui intervenait pour le Courant communiste révolutionnaire, a aussi insisté sur le fait que la politique déflationniste, austéritaire, n’était pas la seule possible pour les capitalistes, qui, dans l’histoire, ont aussi eu recours aux dévaluations compétitives débouchant sur une forte inflation et la baisse des salaires réels des travailleurs, comme ce fut le cas en Argentine en 2001. Un « grexit » sous direction bourgeoise correspondrait donc à la mise en place de cette option. L’ennui étant, pour un des secteurs de l’aile gauche qui prône un « grexit anticapitalistes », que l’option de sortie de l’euro est aujourd’hui largement promue dans la gauche grecque et internationale par des courants favorables à la conciliation de classe et à la « reconstruction de l’économie », c’est à dire dans le cadre du système.

Unité populaire, comités pour le « non », nouvelle séquence électorale

Focalisé sur le bilan de la séquence qui s’est close avec la capitulation de cet été, la discussion n’en était pas moins d’ores et déjà polarisée par ce qui va faire la suite de l’aventure pour la gauche radicale et l’extrême gauche grecque, avec notamment la constitution de Unité populaire (UP) sous l’égide de l’ancienne plateforme de gauche de Syriza et avec le secteur de droite de Antarsya. A ce sujet, la gauche du parti s’est attachée à montrer l’attitude suiviste qui a été celle de cette opposition au sein de Syriza depuis la mise en place du gouvernement. Avalant les couleuvres successives en respectant les consignes de vote de l’exécutif au sein du Parlement hellénique, cette dernière s’est lancée avec UP dans la construction d’un « Syriza bis » selon les mots de Daniela Cobet. Avec elle, le représentant d’Anticapitalisme et révolution appuyait l’idée de faire des comités pour le « non » issus du referendum du 5 juillet dernier des cadres unitaires de mobilisation contre le nouveau memorandum.

Ce n’est pas l’avis des membres de l’ancienne majorité, qui se situe en soutien complet au projet de l’Unité Populaire, qui vise à transformer ces cadres en comité de base de la nouvelle coalition en vue des élections anticipées convoquées par Tsipras. Si bien que se répètent, sur ce point, les termes du débat qui avait occupé le NPA dans la période précédant les élections du 25 janvier dernier. Avec tout de même une nouveauté, qui consiste en l’adhésion d’un secteur de l’ancienne aile centre, ainsi que, même si de manière plus ambiguë, d’un courant de l’aile gauche, à un tel projet politique.

Un rebond pour le NPA ?

Le fait qu’il ait fallu que la gauche du parti bataille pour obtenir ce débat à l’université d’été constituait en soit un paradoxe et un mauvais signal. Mauvais signal car l’expérience cinglante qui vient d’être faite devrait au contraire inciter toutes et tous les militants anticapitalistes à la réflexion et au bilan, loin d’une attitude d’évitement ou de restriction du débat, malheureusement palpable dans l’introduction du représentant de l’ancienne majorité ce matin quand il disait craindre la « cacophonie ». C’est un point sur lequel est revenu Daniela Cobet dans son introduction, soulignant combien le mouvement révolutionnaire s’était construit dans le passé grâce à sa capacité à tirer les bilans, y compris dans le cas de défaites importantes ; qu’on pense aux réflexions de Marx et Engels après 1848, aux réflexions sur la révolution en Russie après 1905 ou encore à la critique radicale du stalinisme par Trotsky dès le milieu des années 1920.

Paradoxe, aussi, parce que depuis 2012 au moins, c’est beaucoup par Grèce interposée que l’on discutait stratégie et orientation au NPA. C’est en effet en s’appuyant sur la montée électorale de Syriza que l’ancienne majorité argumentait de la nécessité d’une alliance permanente, « sociale et politique » avec les forces réformistes en France. L’enjeu étant, pour ce secteur, de travailler à la concrétisation d’une « hypothèse stratégique », celle du « gouvernement anti-austérité », c’est à dire un gouvernement certes issu des urnes et dans le cadre des institutions, certes sous direction réformiste, mais dont l’opposition initiale à la rigueur était censée être le critère qui le rendrait inassimilable par les classes dominantes et mécaniquement utile à la relance de l’affrontement. Participation aux manœuvres d’unification à la gauche du PS et soutien au gouvernement de Tsipras – malgré, même, son alliance avec la formation de droite réactionnaire Grecs indépendants – consistaient donc deux conclusions issues du même logiciel politique longtemps majoritaire au NPA.

Mais il faut aussi se souvenir que c’est autour du combat contre cette orientation, et pour le réarmement du NPA comme parti pour la lutte des classes et indépendant des réformistes sur le plan du programme et de la stratégie, qu’a surgi l’opposition interne qui s’est matérialisée dans la plateforme 3, arrivée en troisième position lors du dernier congrès. Un congrès qui avait vu dans le même temps les positions anciennement majoritaires reculer pour ne plus représenter que 35% des militants de notre organisation. L’ennui étant que, depuis janvier et la mise en place de cette nouvelle configuration dans le parti, cette discussion fondamentale s’est trouvée peu à peu congelée, remplacée par des luttes de positionnement au coup par coup. Cela en grande partie du fait de l’indécision d’un secteur intermédiaire, opposé sur le papier au maintien de l’ambiguïté vis à vis du Front de gauche et qui s’était groupé autour de l’aile centre mais qui, parfois par sectarisme, parfois par recul sur le fond comme en ce qui concerne les futures élections présidentielles, a toujours refusé d’avancer avec nous dans cette refondation du NPA.

C’est donc ce NPA là que percute le naufrage de Syriza. Il s’agit d’une véritable opportunité pour faire renouer notre organisation avec l’expérience vivante, y compris adverse, en s’enrichissant des leçons que nous pouvons en tirer. Pour peu que les uns et les autres soient prêts à s’ouvrir jusqu’au bout à l’expérience grecque, y compris quand elle impose une révision critique de leurs positions, et que le piège des réponses superficielles puisse être évité, il y a là une opportunité pour le NPA pour rebondir.




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