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Notre classe

Lutte des classes et quartiers populaires

"Quartiers populaires et lutte des classes" : A. Kazib, le Comité Adama et l’Après-M s’invitent à la fête de l’Huma

A la Fête de l'Humanité, Révolution Permanente organisait un débat "Lutte des classes et quartiers populaires" avec Anasse Kazib, Youcef Brakni, Kamel Guémari et Almamy Kanouté. L'occasion de faire entendre la voix des quartiers populaires contre le racisme d'État et la précarité.

jeudi 16 septembre

A l’initiative de Révolution Permanente, Youcef Brakni, Almamy Kanouté et Assa Traoré du Comité Adama, Kamel Guemari militant des quartiers à Marseille à l’initiative de l’Après-M (un restaurant McDonald’s réquisitionné pour mettre en place des distributions alimentaires dans les quartiers nord en plein milieu de la crise sanitaire), et Anasse Kazib cheminot et militant révolutionnaire candidat à la présidentielle 2022 étaient réunis ce dimanche à la Fête de l’Humanité dans un débat sur le rapport de la gauche, de l’extrême-gauche et du mouvement ouvrier avec les quartiers populaires et la lutte antiraciste. Au cœur de la discussion également : les perspectives politiques pour les quartiers populaires en lien avec la lutte des classes et la nécessité de l’auto-organisation, loin des illusions électoralistes.

Un débat et des invités qui ont contrasté avec d’autres discussions organisées à la Fête de l’Huma comme par exemple le débat entre Gérard Noiriel, historien qui voit dans les luttes antiracistes « une obsession de la race »… et Élisabeth Roudinesco, psychanaliste transphobe notoire, qui refuse le terme « islamophobie » et fustige les militants antiracistes d’ « extrêmistes ». Ou encore Fabien Roussel qui prend fièrement la pose avec Valérie Pécresse après avoir débattu avec cette dernière.

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Rentrée politique & offensive sécuritaire et réactionnaire sur les quartiers

La discussion a démarré sur la rentrée politique de Macron qui a choisi les quartiers de Marseille pour faire lancer sa campagne sur un terrain sécuritaire et réactionnaire. Une thématique sur laquelle le gouvernement continue de surfer et qu’il cherche à imposer en vue de la présidentielle de 2022. Dernier élément en date le cadeau fait par le gouvernement aux policiers qui pourront prendre le train gratuitement. L’occasion pour les militants présents à la tribune de revenir sur ce qu’a signifié la crise du covid pour les quartiers populaires mais aussi d’analyser cette offensive sécuritaire et raciste qui touche en premier lieu les habitants des quartiers.

Youcef Brakni, militant antiraciste du Comité Adama a dans la foulée analysé l’offensive sécuritaire et réactionnaire mise en place par le gouvernement depuis maintenant un an. Une offensive qui stigmatise les musulmans, criminalise les jeunes des quartiers, renforce la police et s’attaque aux militants qui se battent contre le racisme d’État. Il a rappelé que cette offensive constitue une réponse directe de l’État aux mobilisations historiques contre les violences policières et le racisme systémique qui avaient mise en lumière le caractère fondamentalement répressif et raciste de la police, et qui a révélé toute une génération de jeunes, des quartiers et des centre urbains politisée sur ces questions.

Également membre du Comité Adama, Almamy Kanouté a dès sa première intervention remis les pendules à l’heure concernant la stigmatisation et la criminalisation qui touche la jeunesse des quartiers populaires et en particulier la jeunesse racisée : « ils nous taxent de barbares mais ce sont eux les barbares. C’est pas nos quartiers qu’il faut pointer du doigt, c’est la racaille en col blanc ». Il a ensuite abordé la question de la nécessité pour la jeunesse de s’organiser mais aussi de lui transmettre les armes pour le faire. Rappelant que le camp d’en face, le gouvernement et la bourgeoisie sont bien organisés. Il a conclu son intervention en 3 mots : « à l’action ».

Anasse Kazib, a commencé son intervention en remerciant le Comité Adama, Kamel Guemari et d’autres militants qui soutiennent le fait que ce jeune cheminot, militant révolutionnaire issu des quartiers puisse se présenter à une échéance aussi anti-démocratique que l’élection présidentielle. Puis il est revenu sur le sens de la visite de Macron à Marseille qui veut faire de la ville et des quartiers nord un « laboratoire » de la répression et de ses réformes néolibérales pour 2022, notamment dans les écoles. En ce sens il a d’ailleurs conclu les plus de 2 heures de débat dans un stand plein, par cette phrase : « nous ne voulons plus que nos quartiers soient des laboratoires de la répression, nous voulons que nos quartiers soient des laboratoires de la lutte révolutionnaire ».

Même à gauche, on fait tout pour empêcher que les quartiers populaires s’organisent

La discussion a vite porté sur la question des alliances, des liens entre les militants des quartiers populaires et la gauche, l’extrême-gauche et le mouvement ouvrier. Une discussion stratégique centrale qui a été menée au cœur d’une fête de l’Huma marquée par la campagne très à droite menée par Fabien Roussel, le candidat du Parti Communiste français qui reprend à son compte les thématiques sécuritaires martelées par le gouvernement et n’hésite pas à manifester aux côtés des syndicats de police.

Youcef Brakni a rappelé qu’il s’agissait d’une vieille discussion, dont on peut retrouver de nombreuses traces historiquement, dans laquelle les staliniens, le Parti socialiste et les directions du mouvement ouvrier ont fait la sourde oreille aux revendications spécifiques portées par les travailleuses et les travailleurs des quartiers populaires notamment en ce qui concerne l’oppression raciale. Il a notamment dénoncé le rapport électoraliste et clientéliste de la gauche traditionnelle et du PCF aux quartiers populaires en rappelant par exemple les promesses jamais tenues par le PS autour du droit de vote des étrangers. Le militant antiraciste a également rappelé aussi le rôle du PCF pour empêcher l’organisation dans les quartiers populaires et la politique anti-immigrés menée par des mairies staliniennes dans la banlieue parisienne où des foyers d’immigrés SONACOTRA ont été détruit au bulldozer par des maires communistes.

Il a enfin rappelé que les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques et qu’il existe une forte histoire de lutte dans les quartiers et des travailleurs issus de l’immigration, une histoire de lutte directement liée à la classe ouvrière et à la lutte anticoloniale. Il a mentionné les luttes menées par les ouvriers arabes à Marseille contre les crimes racistes dans les années 70 où 20 000 ouvriers se sont mis en grève contre le meurtre d’ouvriers arabes.

Anasse Kazib a partagé ce constat des trahisons successives de la gauche, et a rappelé qu’elles se poursuivent encore aujourd’hui. Il a ainsi interpellé ses camarades de lutte de la CGT et du PCF sur la campagne marquée à droite actuellement menée par Fabien Roussel et sur sa participation à une manifestation de policier. Mais à rebours de ces trahisons du stalinisme ou du PS, il n’a pas hésité à se revendiquer militant trotskyste et marxiste révolutionnaire, et à revendiquer une tradition politique qui ne rechigne pas à prendre en charge les questions d’oppression raciale et la lutte anti-impérialiste.

Contre tout discours ouvriériste et économiciste qui prétend que lutter contre le racisme ou le patriarcat « divise les travailleurs », il a réaffirmé que la lutte anticapitaliste et révolutionnaire ne peut pas remettre à plus tard la lutte contre le racisme et que celle-ci doit être prise en charge au sein même de la lutte de classe, par le mouvement ouvrier.

La discussion ainsi faisait directement écho à la situation même dans laquelle se déroulait la fête de l’Huma. Samedi soir, Darmanin, figure de proue de l’offensive sécuritaire et réactionnaire menée par le gouvernement, a exigé de la « gauche » qu’elle se désolidarise des chants « tout le monde déteste la police » chantés au concert de Soso Maness programmé à la fête de l’Huma. Ni une ni deux, les socialistes et le PCF se sont pliés aux injonctions réactionnaires et pro-flics du ministre. Fabien Roussel a ainsi condamné de vive voix un slogan pourtant scandés par de nombreux manifestants qui contrairement au candidat du PCF, n’ont pas oublié qu’on ne peut fraterniser avec la police, bras armé de l’État, ennemie de la classe ouvrière et des classes populaires.

Aujourd’hui il y a toute une génération issue des quartiers qui se mobilise et qui est entrain de taper fort

Les perspectives politiques pour les quartiers populaires sont vite venues au centre de la discussion. Anasse Kazib a ainsi tenu à souligner l’émergence d’une nouvelle génération ouvrière issue des quartiers qui s’est mobilisées notamment en 2019 et ont été à l’avant-garde de la bataille contre la réforme des retraites : « Aujourd’hui il y a toute une génération qui se mobilise et qui est entrain de taper fort, vous les avez vu avec le comité Adama mais vous les avez aussi vu sur les dépôts de la RATP en 2019, dans les chantiers de la SNCF et aujourd’hui ils sont sur les dépôts de Transdev massivement en grève reconductible »

Mais c’est aussi la jeunesse des quartiers populaires qu’on a retrouvé dans les rues contre les violences policières et le racisme l’année dernière, ou contre l’oppression et la colonisation du peuple palestinien par l’État d’Israël au printemps dernier. Le candidat à la présidentielle a ainsi relevé que cette même jeunesse était largement absente des débats organisés lors de la fête de l’Huma, et ce alors que l’évènement se déroule en plein milieu du 93 entre le Bourget et la Courneuve. Une sortie qui n’a pas manqué de susciter des cris d’orfraies du côté du côté du PCF sur les réseaux sociaux, mais qui révèlent la déconnexion totale et la coupure entre cette partie de la gauche institutionnalisée et les classes populaires.

Comme il l’a rappelé, c’est bien pour représenter cette nouvelle génération ouvrière et cette jeunesse que Anasse Kazib se présente aujourd’hui comme candidat à la présidentielle, lui aussi issu des quartiers populaires et qui a été au cœur des luttes notamment contre la réforme des retraites en 2019. Une candidature dont le sens et celui d’une candidature révolutionnaire, d’un ouvrier issu des quartiers qui puisse modestement les représenter. Ce que n’a pas manqué de rappeler le militant : « comme disait les communards, il faut qu’on puisse choisir parmi celles et ceux qui vivent les même maux, il ne faut plus qu’on ait honte. Il faut qu’on puisse se construire des perspectives révolutionnaires, pas des perspectives électorales ».




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