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Notre classe

À quand des tests massifs pour les écoles ?

Quatre personnes testées positives au Covid-19 après une réunion dans un collège de la Vienne

Le collège Gérard Philippe de Chauvigny ne rouvrira pas ses portes avant fin mai, suite à la découverte de quatre cas de Coronavirus parmi le personnel. D’après France 3 Nouvelle Aquitaine, la contamination a très probablement eu lieu lors de la préparation de la réouverture de l’établissement. Une information qui remet en cause le choix du gouvernement, qui n’envisage pas de tester massivement élèves et enseignant.e.s avant la réouverture des écoles.

dimanche 10 mai

Avec la réouverture des écoles, le risque de voir éclore de nouveaux foyers de propagation du virus

Le collège Gérard Philippe, dans la Vienne, est le deuxième foyer de propagation du virus identifié dans un département pourtant classé « vert » sur les cartes proposées par gouvernement. Au sein de cet établissement, quatre cas de contamination ont été répertoriés entre le 7 et le 9 mai. Or, pour les journalistes de France 3 Nouvelle Aquitaine, ces nouveaux cas de Coronavirus sont à mettre directement en lien avec le retour du personnel lors des journées de préparation de la réouverture du collège

Les mesures définies dans le guide publié par le ministère de l’éducation Nationale (report de la réouverture de l’établissement, mise en quatorzaine des personnels concernés, désinfection) ont été immédiatement mise en place. Toutefois, ces mesures minimales n’ont pas suffi à rassurer les personnels, familles et habitant.e.s de la commune. Le maire a ainsi annoncé qu’il n’autoriserait la réouverture des écoles qu’à condition que tous les agents municipaux et enseignant.e.s des écoles soient testés. Julien Dupont, secrétaire départemental du SNES-FSU, syndicat enseignant majoritaire, craint quant à lui que le cas du collège Gérard Philippe ne reste pas isolé « Cette situation à Chauvigny laisse penser que les problèmes vont se multiplier. […] Il faut un respect du protocole, des gestes barrières, et il faut du gel hydroalcooliques et des masques pour tout le monde. Et déjà ça pose problème car nous savons que plusieurs établissements n’ont pas été livrés. Sans ces mesures-là, on ne pourra pas ne pas être en danger et mettre en danger les enfants et les familles. » Des inquiétude légitimes alors que le ministère se félicite de la réouverture de plus de 80 % des écoles à partir de lundi.

Pour Jean-Michel Blanquer, « il ne faut pas gâcher » les tests en organisant le dépistage massif des enseignant.e.s

Si le maire de Chauvigny est parvenu, suite à l’apparition de ces nouveaux cas, à faire organiser une campagne de tests pour les personnels et enseignant.e.s dans sa commune, cette mesure de précaution ne sera pas la norme sur le reste du territoire. Au contraire, le gouvernement, qui par la voix d’Edouard Philippe, annonçait le mardi 28 avril vouloir en priorité « protéger, tester, isoler », a choisi d’ignorer les recommandations du conseil scientifique et ne procédera à aucune campagne de tests massifs des élèves et des enseignant.e.s avant la réouverture des écoles.

Pire, interrogé le 6 mai par les députés sur les raisons pour lesquels les enseignant.e.s ne seront pas testé.e.s, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, déclare : "il n’y a pas pénurie de tests, mais il ne faut pas les gâcher"
Pour le ministre, ce serait donc gâcher des tests que de dépister les personnels, alors même que ceux-ci vont multiplier les contacts avec les enfants et leurs familles, et seront donc en première ligne face au virus ! On ne peut qu’à nouveau constater le mépris du ministère pour la santé – et, dans le pire des cas, pour la vie-même – des enseignant.e.s et personnels de l’Education Nationale, mais aussi des familles et des élèves, qui seront parmi les premières victimes en cas de reprise massive de l’épidémie dans les écoles…

Dans beaucoup d’écoles, des fournitures en matériel de protection encore dérisoires

Le risque de voir ressurgir l’épidémie apparait plus grand encore lorsqu’on se penche sur les conditions et le matériel pour l’instant fourni aux établissements scolaires pour leur réouverture. Moins d’une semaine avant la date programmée pour les maternelles et primaire, l’intersyndicale de l’Education Nationale a alerté sur le fait que « Les réalités matérielles existantes (sanitaires, superficie des salles de classe et des locaux…), le nombre d’adultes effectivement présents (enseignants, AESH et ATSEM) et les équipements de protection réellement disponibles font que les conditions sanitaires d’une réouverture des écoles n’ont pas été apportées par le gouvernement pour une reprise à partir du 11 mai. ».

Des inquiétudes qui paraissent d’autant plus fondées lorsqu’on rappelle que, dans le guide sanitaire publié par l’Education Nationale, le port du masque n’est obligatoire qu’au collège et au lycée, et ce uniquement dans les situations où la « distanciation sociale » ne pourra pas être assurée… Dans les écoles où du matériel a été livré, des enseignant.e.s alertent déjà sur les réseaux sociaux de la qualité médiocre des masques donnés aux personnels et aux élèves qui ne pourront pas s’en procurer par d’autres moyens :

Exigeons des conditions sanitaires décentes, seules conditions pour le retour à l’école !

Alors que de nombreuses communes et établissements sont soumis à de fortes pressions pour une réouverture des écoles à marche forcée, il apparait de plus en plus essentiel, pour éviter une propagation encore plus massive du virus, de refuser le retour à l’école sans de véritables garanties sanitaires. S’il est évident que les écoles ne peuvent, et ne doivent pas rester fermées éternellement, nous devons lutter pour que soient prises de véritables mesures sanitaires. Une fois encore, c’est un protocole au rabais que propose le gouvernement, qui se soucie davantage de relancer l’économie que de protéger la population.

Personnels enseignants et non-enseignants, élèves, familles, exigeons donc que soit menée une campagne massive de tests, qui, loin d’être du gâchis, permettrait d’isoler les malades et d’éviter de contaminer personnels, élèves et familles. Pour nous protéger, exigeons par ailleurs que du matériel (masques, gel) de qualité soit gratuitement fourni à toutes et tous, dans les écoles, mais aussi au reste de la population, pour que ce ne soit pas, à nouveau, nos élèves les plus précaires et leurs familles qui payent le plus lourd tribut à la crise. Enfin, laissons les travailleurs de l’éducation définir le calendrier et les étapes de la reprise, qui doit se faire en fonction des moyens et de la situation locale, et pas des injonctions du ministère !




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